LIVRE QUATRIÈME
aiguës, tantôt simultanées, tantôt alternatives ; paupières éraillées, complètement renversées en dehors et dépouillées de cils, les deux inférieures couvertes d'une multitude d'excroissances charnues : tel était le désastreux état de cette malheureuse. Vainement se faisait-elle plusieurs fois par jour des lotions d'eau froide sur les yeux, vainement avait-elle employé tous les médicaments indiqués par la Science, vainement avait-elle demandé un soulagement quelconque aux sources de Baréges, de Gauterets et de Gazost : rien n'avait réussi. Abandonnée des hommes, elle s'était alors tournée vers la Divine Bonté qui s'était manifestée à la Grotte. Déclarée incurable par la Science, elle s'était adressée à la Foi, et elle avait demandé à la « Dame » miraculeuse de lui enlever cette cruelle maladie, contre laquelle avaient été impuissants le savoir des hommes et les agents de la nature. Dès la première lotion elle avait éprouvé un grand soulagement. A la seconde, qui eut lieu le lendemain, la guérison avait été complète : les yeux avaient cessé d'être larmoyants,, les paupières s'étaient redressées, les excroissances charnues avaient disparu; à partir de ce jour les cils revinrent.
D'après les médecins appelés à examiner ce cas, l'effet surnaturel était d'autant plus manifeste, dans cette merveilleuse guérison, que « la lésion matérielle. » disaient-ils, « était plus frappante, et que, au rétablis- « sèment rapide des tissus dans leurs conditions orga- « niques et vitales normales, est venu s'ajouter le re- « dressement des paupières. La portée de ce fait est « d'autant plus considérable que la maladie dont il « s'agit est des plus rebelles, et qu'au point où elle K était parvenue chez la dame Soupenne, elle réclau mait impérieusement l'intervention de la chirurgie
« agissante, la rescision de la muqueuse palpébrale, « ou tout au moins la cautérisation énergique des « boursouflements et des bourgeons charnus de cette « membrane * . »
Les faits merveilleux se multipliaient. Dieu faisait son œuvre. La sainte Yierge montrait sa toute-puissance.
Depuis le dernier jour de la Quinzaine, Bernadette était retournée plusieurs fois à la Grotte, mais un peu comme tout le monde, c'est-à-dire sans ouïr en ellemême cette voix intérieure qui l'appelait irrésistiblement.
Cette voix, elle l'entendit de nouveau le 25 mars dans la matinée, et elle prit aussitôt le chemin des Roches Massabielle. Son visage rayonnait d'espérance. Elle sentait en elle-même qu'elle allait revoir l'Apparition, et que, devant ses yeux charmés, le Paradis allait entr'ouvrir un instant ses portes éternelles.
Gomme on le pense bien, elle était devenue dans la ville de Lourdes l'objet de l'attention générale, et elle ne pouvait faire un pas sans être le centre de tous les regards.
— Bernadette va à la Grotte ! s'écria-t-on de l'un à l'autre en la voyant passer.
Et en un instant, sortant de toutes les maisons, accourant par tous les sentiers, la foule se précipita
4. Extrait du rapport de M. le docteur Vergez, professeur agrégé de la Faculté de Montpellier , à la Conmi ission épiscopale.