‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 105 sur 238 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

La question, qui était montée de M. Jacomet au Préfet, avait continué son mouvement ascensionnel et était arrivée jusqu'au Ministre.

Le 1*2 et le 2G mars, M. le Préfet avait fait ses rapports à Son Excellence, en se bornant, jusqu'à sa réponse, aux mesures que nous avons dites.

Le Ministère des Cultes était alors réuni, non point comme aujourd'hui au département de la Justice, mais i celui de l'Instruction publique. M. Rouland était ministre.

Ancien Procureur général et actuellement Ministre de l'Instruction publique, M. Rouland avait à la fois, vis-à-vis des choses religieuses, le traditionnel et ombrageux formalisme des vieux parlementaires, et le^ idées et les sentiments qui ont cours dans l'universitc. Dogmatique, convaincu de son importance, ayant en pbiiosophie un tempe ramenj: de sectaire, fanatique de sa propre sagesse, s'irritant contre tout ce qui n'entrait pas dans le cadre de ses idées systématiques, M. Houland ne pouvait admettre un seul instant la rca-

lité des Visions et des Miracles de Lourdes. Donc, à deux cent cinquante lieues des événements, sans autres documents que deux lettres préfectorales, il trancha net la question avec ce ton décisif qui donne le dernier mot des choses sans daigner même les discuter Malgré les conseils de prudence qu'il donnait au Préfet, il laissait \oir son parti pris de ne pas tolérer les Apparitions et les Miracles. Comme toujours, en pareille circonstance, le Ministre se posait d'ailleurs en défenseur de la Religion. Voici la lettre qu'il écrivait à M. Massy, à la date du 12 avril :

« Monsieur le Préfet, — j'ai examiné les deux rap- « ports que vous avez bien voulu m'adresser le 1 2 et « le 26 mars, sur une prétendue Apparition de la « Vierge qui aurait eu lieu dans une grotte, voisine « de la ville de Lourdes.

(( H importe, à mon avis, de mettre un terme à des u actes qui finiraient par compromettre les véritables « intérêts du Catholiscisme et affaiblir le sentiment « religieux dans les populations.

(( En droit, nul ne peut constituer un oratoire ou lieu « public de culte^ sans la double autorisation du pouvoir « civil et du pouvoir ecclésiastique. On serait donc fondé, <( dans la rigueur des principes, à fermer immédiatei< ment la Grotte, qui a été tranformée en une sorte de « chapelle.

« Mais il y aurait vraisemblablement des inconvé- « nients graves à vouloir user brusquement de ce droit. (( 11 convient de se borner à empêcher la jeune fille vi- (( sionnaire de retourner à la Grotte, et à prendre les « mesures qui pourront insensiblement détourner l'at- « tention du public en rendantcbaque jour les visites H moins fréquentes. Je ne pourrais d'ailleurs, Mon- (( sieur le Préfet, vous donner, en ce moment, d'ins-

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