LIVRE CINQUIÈME
VU
Une circonstance singulière, qui passa peut-être inaperçue à cette époque, fut relevée par la suite et lraj>pa beaucoup de personnes. Noup ne pouvons nous empêcher de la faire remarquer.
Un des plus beaux privilèges de la Souveraineté , c'est le droit de faire grâce ; et, quand un roi veut fêter son avènement, il amnistie les coupables.
La Reine du Ciel pouvait plus et fit plus : Elle voulut qu'il n'y eût pas même de coupables. Les Apparitions qui avaient eu lieu déjà et celles qui eurent lieu plus tard se trouvèrent réparties sur deux trimestres judiciaires. Or, pendant ces deux trimestres, il n'y eut dans le département ni un seul crime, commis, ni un seul criminel condamné. C'est un fait peut-être sans précédent. La session des asssises de mars n'eut à examiner qu'une seule affaire antérieure à la période des Apparitions, et qui se termina par un acquittement. La session suivante, qui devait avoir lieu en juin, n'eut que deux affaires à juger, lune et l'autre relatives à des événements antérieurs à cette même période * .
Cette coïncidence étonnante, cette marque mystérieuse de l'invisible influence qui planait sur toute la contrée, cette preuve tout extérieure, ce prodige moral, ce miracle diocésain, nous semblent faits pour donner h réfléchir aux esprits les plus frivoles. Comment, pendant un aussi long temps, les criminels ont-ils eu le bras arrêté? Est-ce imposture, hallucination ou cata-
1. \o\r VhUérét public dos 6 mors et f> juin, et l'Ère impériale de la môme épo(iiie.
204 NOTiîH damp: de lourdes.
lepsie ? Coiiinient le glaive de la justice n'a-t-.il pas eu à sévir? D'où venait cette paix, cette trêve de Dieu, précisément en ce moment ? Kn dehors de la raison que nous indiquons, nous invitons l'incroyance à essayer de trouver la cause de ce foit surprenant et de cette étrange coïncidence. Elle le tentera vainement.
La Reine du Ciel avait passé, la Reine du Ciel avait béni.
YIII
Bernadette était constamment visitée par les innombrables étrangers que la piété ou la curiosité faisaient aflluer à Lourdes. 11 y en avait de toutes les classes, de toutes les professions, de toutes les philosophies. Nul ne prit en défaut cette parole simple et loyale ; nul, après avoir vu et entendu la Voyante , n'osa dire qu'elle mentait. Au milieu des partis agités et des discussions sans nombre, cette petite enfant, par un privilège inconcevable, inspirait à tous le respect, et elle ne fut pas une seule fois en butte à la calomnie. L'éclat de cette innocence était tel, que sa personne ne fut ni atteinte ni attaquée : une invisible égide la protégeait.
D'une intelligence très-ordinaire en toutes choses, Bernadette était au-dessus d'elle-même toutes les fois qu'elle avait à rendre témoignage de l'Apparition. Aucune objection ne la troublait.
Elle avait des réponses profondes. M. de Rességuier, conseiller général et ancien député des Basses-Pyrénées, vint la voir ; il était accompagné de plusieurs dames de sa famille. 11 se fit raconter les Visions dans