‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 110 sur 238 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

le plus grand détail. Lorsque Bernadette lui dit que l'Apparition s'exprimait en patois béarnais, il se récria :

— Tu ne dis point la vérité, mon enfant ! Le bon Dieu et la sainte Vierge ne comprennent pas ton pafois et ils ne savent pas ce misérable langage.

— S'ils ne le savaient pas, monsieur, répondit-elle, comment le saurions-nous nous-mêmes? Et s'ils ne le comprenaient pas, qui nous rendrait capables de le comprendre ?

Elle avait des réparties spirituelles.

— Comment la sainte Vierge a-t-elle pu t'ordonner de manger de l'herbe ? Elle te prenait donc pour une béte? lui disait un jour un sceptique.

— Est-ce que vous pensez cela de vous quand vous mangez de la salade ? lui répliqua-t-elle en souriant finement.

Elle avait des réponses naïves. Ce même M. de Rességuier lui parlait de la beauté de l'Apparition de la Grotte.

— Était-elle aussi belle que les personnes que voici? lui demanda-t-il.

Bernadette promena son regard sur le cercle charmant des jeunes (illes et des dames qui avaient accompagné le visiteur, puis elle eut comme une moue de uédain :

— Oh ! c'était bien autre chose que tout cela ! fitelle.

« Tout cela, n c'était l'élite de la société de Pau,

Elle déconcertait les subtihtés de l'esprit par lesquelles on cherchait à l'embarrasser.

200 NÛTniï-DAMlî DE LOUHDES.

— Si M. le Curé vous défendait formellement d'aller à la (irotte, que feriez-vous ? lui disait quelqu'un.

— Je lui obéirais.

— Mais si vous receviez en nir^me temps de l'Apparition l'ordre d'y aller, que feriez-vous alors entre ces deux ordres contraires?

L'enfant tout aussitôt, sans hésiter le moins du monde, répondit :

— J'irais demander la permission à Monsieur ie Cun'-.

Rien, ni à cette époque ni plus tard, ne lui fit perdre sa simplicité pleine de grâce. Jamais, à moins d'être interrogée, elle ne parlait de l'Apparition. Kllese considérait toujours comme la dernière à l'école des Sœurs. On avait de la peine à lui apprendre à lire et à écrire. L'esprit de cette enfant était ailleurs ; et, si nous osions pénétrer dans cette nature exquise et visitée par la grâce, nous dirions peut-être que son âme, peu curieuse sans doute de ce savoir humain, faisait l'école buissonnière dans les halliers du Paradis.

Aux récréations, elle se confondait avec ses compagnes. Elle aimait à jouer.

Quelquefois un visiteur, un étranger venu de loin demandait aux Sœurs de lui montrer cette Voyante, cette privilégiée du Seigneur, cette bien-aimée de la Vierge, cette Bernadette dont le nom était d'jà si célèbre.

— La voilà, disait la Sœur en la désignant du doigt parmi les autres enfants.

Le visiteur regardait, et il voyait une petite fille chétive et misérablement vêtue, jouant aux barres, à cache-cache, à pigeon vole, sautant à la corde, tout entière aux innocents plaisirs de l'enfance. Mais ce qu'elle

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