LIVRE CINQUIÈME. 2^Dr
froide, sous peine d'une complication fâcheuse de son mal ; mais, en ce moment, Henri pensait à tout autre chose qu'aux prescriptions de la Médecine. Jl enlève les bandages et la charpie qui couvrent son ulcère et ses tumeurs, et, à l'aide d'un linge qu'il imbibe dans l'eau de la Grotte, il baigne et lave ses plaies avec l'onde miraculeuse. La foi ne lui manquait point. « 11 est impossible, » pensait-il, « que la sainte Vierge ne me guérisse pas. » Il s'endort sur cette espérance. Un sommeil profond s'empare de lui.
Au réveil, son espérance était une réalité : toutes ses douleurs avaient cessé , toutes ses plaies étaient fermées ; les glandes avaient disparu ; l'ulcère n'était plus qu'une cicatrice solide, aussi solide que si la main du temps l'avait fermée lentement. La puissance éternelle qui était intervenue, et qui avait guéri, avait fait en <}uelques instants l'œuvre de plusieurs mois ou de plusieurs années. La guéri son avait été complète , soudaine et sans convalescence.
Le rapport des médecins adressé à la Commission et dans lequel nous avons puisé les termes techniques de notre récit, s'inclinait devant le Miracle manifeste survenu en cet enfant, u Toutes les affections de la na- '( ture de celle-ci, » disait l'un deux, « sont lentes à gué- «< rir, parce qu'elles se rattachent à la diathèse scrofu- " leuse et qu'elles impliquent la nécessité de modifier ( profondément l'organisme. Cette seule considéra- <( tien, mise en regard de la soudaineté de la guéri- :< son, suffit pour prouver que ce fait s'écarte de l'or- « dre de la nature. Nous le rangeons parmi les faits « qui possèdent pleinement et d'une manière évi- « dente le caractère surnaturel'. »
1 Rapport de M. le docteur Vergiz, médecin des eaux de Daréges, professeur agrégé de la Faculté de Montpellier.
2ï0- NOTRE-DAME DE LOURDES.
Le médecin ordinaire du malade, M. le docteur Subervîelle, déclarait merveilleuse et divine, comme tout le monde, cette soudaine guérison ; mais le scepticisme inquiet qu'il y a souvent au fond de l'esprit des disciples de la Faculté attendait la grande épreuve du temps.
— Qui sait, disait souvent M. Subervielle, si, à dixhuit ans, cela ne reviendra pas? Jusque là, je serai toujours tourmenté.
L'éminent médecin qui parlait ainsi ne devait pas avoir la joie de voir cette guérison confirmée par le temps. Le pays eut le malheur de le perdre ; il mourut quelque temps après.
Quant au jeune Henri Busquet, l'auteur de ce livre, suivant sa coutume de vérifier par lui-môme, a voulu le voir et l'entendre.
Henri nous a dit son histoire, que nous connaissions déjà par les rapports officiels et par plusieurs témoins. n nous l'a racontée comme une chose toute simple, sans stupeur et sans surprise. Pour le ferme bon sens de ces chrétiens du peuple, dont les sophismes n'ont pas égaré l'esprit, le Surnaturel ne paraît point extraordinaire, et moins encore contraire à la raison. Ils le trouvent conforme aux vraies notions du sens commun. S'ils sont surpris parfois qu'un médecin leur rende la santé, ils ne sont jamais étonnés que Dieu, qui a été assez puissant pour créer l'homme, soit assez bon pour le guérir. Ils voient d'un regard très-droit que le Miracle, loin de troubler l'ordre, est au contraire une des lois de l'ordre éternel. Si Dieu, dans sa miséricorde, a donné à certaines eaux la vertu d'enlever telle maladie ; s'il guérit indirectement ceux qui usent, suivant certaines conditions, de ces choses ma-