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térielles, combien, à plus forte raison, saùra-t-il guérir directement ceux qui, dit-ectement, s'adressent à Lui ? Ainsi raisonne le pauvre peuple.
Nous avons voulu voir de nos yeuxettouclier de nos mains les traces de cette terrible plaie, si miraculeusement guérie. Une Vaste cicatrice marque la place où était l'ulcère. Il y a longtemps que l'enfont a franchi la crise de la dix-huitième année, et rien n*à reparu de sa cruelle maladie. Nulle souffrance , nul écoulement, nulle tendance aux engorgements glandulaires. La santé est parfaite. Henri l3usquet est aujourd'hui un homme de vingt-ciuq ans, plein de vie et de force. 11 exerce comme son père l'état de plâtrier. Le dimatirhe, à la fanfare de l'Orphéon, il remplit, fton satts talent, sa partie de trombonne parmi les instruments de cuivre. Il a une voix superbe. Si jamais vous allez dans la ville de Nay, vous l'entendrez sûrement â travers les fenêtres de quelque maison en construction ou en réparation : car, sur ces échafaudages, il a coutume de chanter à plein cœur, depuis l'aurore jusques au soir. Vous pouvez écouter, sans craindre que Vos oreilles soient blessées par quelque chanson grossière. Ce sont de gais et d'innocents couplets, parfois même des cantiques, que module cette voix charmante. Celui qui ^liante n'a pas oublié que c'est à la sainte Vierge qu'il doit la vie.
Tandis que toUs ces Miracles s'accomplissaient do divers côtés, il survint un incident, en apparence trèsétranger à l'objet de cette histoire, mais qui devait avoir, tout insignifiant qu'il parût, les conséquences les plus décisives sur la marche des événements.
M., le Préfet des Hautes-Pyrénées trouva, vers cette époque, que ses chevaux de selle et de voiture étaient assez mal logés, et qu'il convenait de leur faire élever des écuries spacieuses et élégantes. Malheureusement le terrain faisait un peu défaut. Or M. Massy tenait, avant toutes choses, à ne point défigurer par ces constructions, soit sa cour, soit son jardin.
La Préfecture de Tarbes est toute voisine de la Cathédrale. Entre les deux édifices, se trouvait l'ancien cimetière des prêtres et chanoines de cette église. La tradition rapjiortait que plusieurs nobles familles de ce pays y avaient eu des caveaux, et que là reposaient des cendres illustres. M. le Préfet se dit en lui-même que cet enj-plac^ment conviendrait parfoitement pour ses écuries et remises. De lidée à l'exécution il n'y avait jamais loin chez le baron Massy. 11 fit donc creuser les fondations parmi les pierres et les ossements, et l'on vit bientôt s'élever sur ce cimetière les constructions nécessaires aux chevaux ofli ciels. M. le Préfet plaça ses bâtiments juste en face de l'une des anciennes portes de la Cathédrale, à trois mètres au plus, de sorte que le brouhaha de l'écurie devait forcément retentir jusque dans le temple.
Un tel oubli des convenances ne pouvait qu'- "Tvmvoir et affliger vivement l'Évcché. Mgr Laurence essavu inutilement de faire comprendre à M. xMassy que ce sol était sacré , qu'il appartenait à l'église , et que le pied des chevaux ne devait troubler ni la paix des morts ni la prière des vivants. M. le Préfet, nous l'avons dit, ne savait pas reculer. Congédier les ouvriers, choisir un autre emplacement, c'eût été reconnaître qu'il avait eu tort. Aussi, malgré le désir très-vif qu'il pouvait avoir de ménager l'Évéque , ne tint-il aucun compte des observations du Prélat. Il maintint sur
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l'ancien cimetière les triuoiiieurs qui construisaient ses écuries.
Devant cette persistante violation des tombeaux. Mgr Laurence sortit de sa réserve, et Sa Grandeur fit entendre une protestation énergique. Elle s'adressa directement au Ministre, pour qu'il eût à foire détruire ces bâtisses inconvenantes et scandaleuses.
Le Préfet fut vivement blessé de l'attitude très-ferme et très-digne prise par 1 Évéque. Suivant sa coutume, il s'obstina de plus en plus. Il courut à Paris pour argumenter auprès du Ministre ; il tacha de mettre dans son parti le Conseil général ; il se fit faire des consultations juridiques : bref, il se livra à une lutte désespérée, dont il serait sans intérêt de raconter ici les épisodes.
Cette question devait durer plusieurs mois, pour être finalement décidée conformément aux très-sages réclamations de Mgr Laurence. Sur le terrain de ces écuries démolies, l'herbe croît aujourd'hui, et un arbre funéraire, placé au milieu, marque qu'en cet endroit repose la cendre des morts.
Mais du jour où l'Évéque fit entendre sa protestation, l'harmonie qui avait existé jusque là entre le hef du Département et le chef du Diocèse fut à jamais rompue. A cette harmonie succéda dans le cœur du Préfet un vif sentiment d'irritation. Il cessa d'être disposé aux ménagements: tout au contraire peut-être. De même qu'il voulait envahir sur le terrain de l'Église dans cette misérable question des écuries, de même, dans la question des Apparitions, il se sentit désormais plus porté qu'auparavant cà empiéter violemment sur le domaine spirituel de l'itvêque.
Le frein qui l'avait arrêté jusqu'à ccmcment venait
de se briser. Les petites causes produisent parfois de grands effets.
Dans le courant de ces mois de mars et d'avril, a\ant comme après la lettre du Ministre, M. le Préfet ayait employé sa \ive intelligence à troiuer en dehors du Surnaturel la clef de ces étranges affaires de Lourdes. Les interrogatoires avaient été inutilement renouvelés par le Parquet et par Jacomet. Ni le Commissaire de Police îii M- Dutour n'avaient pu prendre l'enfant en défaut. Cette petite bergère de treize ou quatorze ans, ignorante et ne sachant ni lire, ni écrire, ni même parler français, déconcertait par sa simplicité profonde les habiles et les prudents.
Un disciple des Mesmer et des Du Potet, venu on ne sait d'où, avait vainement tenté d'endormir Bernadette du sommeil magnétique. Ses passes avaient échoué contre ce tempérament paisible et peu nerveux, et il n'avait réussi qu'à donner une migraine à l'enfant. La pauvre petite se prétait d'ailleurs avec résignation aux expériences et à l'examen de chacun. Dieu voulait qu'elle fût en butte à toutes les épreuves, et que de toutes, sans exception, elle sortit triomphante.
On avait appris qu'une famille étrangère et immensément riche , ayant, comme tout le monde , subi le charme de Bernadette, lui avait proposé de l'adopter en offrant aux parents une fortune, cent mille francs, avec la faculté de rester auprès de leiir enfant. Le dé^ sintéressement de ces braves gen§ n'avait pas mémej é^é tenté, et ils avaient voulu rester pauvre?.
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Tout échouait : les pièges de la ruse, les offres de l'enthousiasme, la dialectique des esprits les plus déliés.
Quelle que fût son horreur pour le fanatisme, M. le Procureur impérial Dutour ne pouvait trouver, ni dans le Code d'instruction criminelle, ni dans le Code pénal, aucun texte qui l'autorisât à sévir contre Bernadette et à la faire incarcérer. Une arrestation de cette nature eût été illégale au premier chef, et aurait pu avoir pour le magistrat qui l'eût ordonnée des conséquences fâcheuses. Aux yeux de la loi pénale, Bernadette était innocente.
M. le Préfet, avec sa très-grande netteté d'esprit, se rendit compte de tout cela aussi bien qu'eût pu le faire
,un jurisconsulte. Il songea alors à arriver au même
^résultat à l'aide d'un autre moyen, et à procéder par mesure administrative à cet emprisonnement qui lui semblait utile, et dont la Magistrature, les codes à la
[main, ne se croyait pas le droit de prendre l'initia-
(tive.
îl y a dans l'immense arsenal de nos lois et règlelentsune arme redoutable, imprudemment créée, à [notre avis, dans la pensée très-louable de protéger J'individu contre lui-même, mais qui peut, entre les [mains de la malveillance ou de l'aveuglement, donner lieu à la plus épouvantable des tyrannies, c'est-à-dire \k la séquestration arbitraire et sans appel d'un innojcent : nous voulons parler de la loi sur les Aliénés. [Sans débat public, sans défense possible, sur le certificat d'un ou deux médecins le déclarant atteint de
trouble mental, un malheureux peut être saisi brusquement, par simple mesure administrative, et jeté dans la plus terrible des prisons, dans le cabanon d'une maison de fous. Que, dans la plupart des cas, cettî loi s'applique suivant l'équité, par suite de l'honorabilité générale et de la capacité du corps médical. nous le croyons , et nous avons besoin de le croire. Mais que cette honorabilité et ce savoir autorisent à supprimer toute défense, toute publicité et tout appel ; que la décision à huis clos de deux médecins soit dispensée de cette triple garantie dont la Loi a voulu entourer les jugements de la Magistrature, c'est ce que nous avons quelque peine à comprendre. Les médecins sont capables, sans doute, et nous reconnaissons qu'en trouver deux en parfait accord rend assez probable la vérité de leur thèse commune ; mais y a-t-il là une certitude assez grave, assez évidente, assez certaine, si on nous permet ce pléonasme, pour qu'elle donne irrévocablement le droit d'enlever, sans autre forme de procès, la Uberté à un citoyen? Les m*^decins sont honorables, cela est également hors de doute, et, plus que personne, nous vénérons les hommes de cette noble profession; mais, surtout en matière de foUe, leurs idées préconçues et leurs doctrines philosophiques ne peuvent-elles pas, malgré eux, incliner parfois leur esprit vers de regrettables erreurs? Dans un livre qui a eu un certain retentissement, l'un d'eux, M. Lélut, a rangé parmi les aliénés Socrate, Newton, sainte Thérèse, Pascal et un grand nombre d'auti-es qui furent, comme ceux-là, la gloire de l'Humanité. Un tel maître et ses élèves mériteraient -ils, par exemple, qu'on les investît du droit de faire incarcérer comme fous, sans défense contradictoire, sans publicité et sans appel, sur une simple consultation, ir,\iè
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ceux qu'ils jugeraient tels? Et cependant M. Lélut est un savant remarquable, une des notoriétés médicales, il est membre de l'institut. Que dire de la garantie offerte par les individus de la plèbe scientifique, par quelques-uns de ces pauvres petits docteurs de village qui succèdent au barbier chirurgien dont se contentaient nos aïeux?
Convaincu comme il l'était de l'impossibilité actuelle du Surnaturel, M. le préfet Massy n'hésita pas, dans l'impuissance où se trouvait la Magistrature, à chercher dans cette loi redoutable une solution à la question extraordinaire qui venait de surgir tout à coup dans son dé| artement.
En apprenant que la Yicrge était apparue de nouveau et avait dit son nom à Bernadette, M. le Préfet envoya chez les Soubirous une Commission corn posée ide deux médecins. Il les prit parmi ceux qui n'admetliaient pas plus que lui le Surnaturel, parmi ceux qui [avaient leurs conclusions écrites d'avance dans leur iprétendue philosophie médicale.- Ces deux Médecins,
[ui étaient de Lourdes, et dont l'un était l'ami partipuWeT du Procureur impérial, s'épuisaient depuis trois
icmaines à soutenir toutes sortes de théories sur la icatalepsie, le somnambulisme, l'hallucination, et se (débattaient exaspérés contre l'inexplicable rayonneiment de l'extase, contre le jaillissement de la Source, j contre les guérisons soudaines qui venaient à chaque [instant battre en brèche les doctrines qu'ils avaient rapportées de la Fucsilré,
Ce fut à ces hommes et dans ces circonstances que M. le Préfet, dans sa sagesse, jugea bon de confier l'examen de Bernadette.
Ces messieurs |ialpcrent la tète de l'enfant, et n'y trouvèrent aucune lésion. Le système de Gall consulte n'indiquait nulle part la protubérance de la folie. Les réponses de l'enfant étaient sensées, sans contradictions, sans bizarrerie. Rien d'exagéré dans le système nerveux; tout au contraire, un plein équilibre et je ne sais quoi de profondément calme. TJn asthme fatiguait souvent la poitrine de la petite fille ; mais cette infirmité n'avait aucune liaison avec un dérangement du cerveau.
Les deux Médecins , très-consciencieux d'ailleurs malgré leurs préventions, consignèrent toutes ces choses dans leur rapport, et constatèrent l'état trèssain et très-normal de l'enfant.
Toutefois, comme, sur la question des Apparitions, elle persistait invariablement dans son récit, ces messieurs, qui ne croyaient point à la possibilité de pareilles visions, s'appuyèrent là-dessus pour dire que Bernadette pourrait bien cire hallud7n!e *.
Malgré leurs idées anti-surnaturelles, ils n'osèrent, devant l'état si bien équilibré et si intellectuellement normal de l'enfant, prendre une formule plus afîuN
1, Ardiives de Ja Afairie de Lourdes. Lultro d'envoi à M. k Préfet du rapport de MM. les docteurs "'* et *'•*, en date dn 26 avril Nous ne noTiimerons pas ces deux docteurs, qui ne soi'tirent qu'un instant de la vie privée pour faire ce rapport o'iiciel, et qui se trompèrent, croyons-nous, sans y mettre de méchanceté. — S'ils avaient qiielijues réclamaiions à faire au sujet de notre récit, nous sonuntis pièts, sur une lettre d'eux, à en tenir compte. {Note de la I''' édition.)