‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 114 sur 238 · LIVRE CINQUlliME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUlliME

mative. Ils sentaient instinctivement que c'était, non leur science positive avec ses certitudes, mais leurs opinions philosophiques préconçues qui concluaient de la sorte, et qui répondaient à la question par la question.

M. le Préfet n'y regardait pas de si près, et ce rapport lui parut suflisant. Muni de cette pièce, et en vertu de la loi du 30 juin 1838, il résolut de faire arrêter Bernadette et de la faire conduire à Tarbes, ])Our être internée provisoirement à l'hospice, et ensuite, sans doute, dans une maison de fous.

Frapper cette enfant n'était pas tout ; il fallait opposer enfin une digue à ce mouvement extraordinaire ^de la population» M. Houland l'avait insinué dans sa lettre au Préfet, cela était possible sans sortir de la légalité. Il n'y avait pour cela qu'à considérer la Grotte ■ comme un oratoire, et à la faire dépouiller des ex-voto [et des offrandes des croyants.

Si les croyants opposaient de la résistance, un esca- [(Iron de cavalerie se tiendrait à Tarbes , prêt atout évét.uement. Une émeute eût comblé bien des vœux secrets.

Restait à faire exécuter, contre Bernadette et contre la population, ces diverses mesures, dont l'infaillibilité [préfectorale avait reconnu la nécessité et l'urgence pour parer à l'invasion croissante de la Superstition.

C'était l'époque du Conseil de révision. M. Massy eut lans cette circonstance l'occasion de se rendre à Lour- ;dc5, et d'v voir tous les Maires du canton.

« M. le Prél'et, » a dit depuis un iiiustre écrivain, (( i\I. le Préfet était chargé d'imposer ce jour-là à ses administres un service assez grand, assez lourd, inauguré d'une ftiçon assez répugnante : il aurait pu comprendre, s'il l'avait voulu, que quelques libertés consolantes sont nécessaires en compensation des sacrilices qu'exige la société. Or la liberté de prier en certains lieux, d'y brûler un cierge, d'y puiser une goutte d'eau, d'y déposer une offrande, ne peut pas paraître bien onéreuse à l'État, ni funeste à l'ordre public, ni offensante pour la pudeur et la liberté de personne ; cependant elle console profondément ceux qui en usent. .. Laissez donc la foi vivre ! Dans vos emplois, dans vos puissances, dans vos fortunes, songez que la plupart des hommes que vous gouvernez ont besoin de demander à Dieu le pain de cbaque jour, et ne le reçoivent que par une sorte de miracle. La foi, c'est déjà du pain : elle aide à manger le pain noir; elle aide à attendre encore patiemment, passé l'heure où il devait venir. Et quand Dieu semble vouloir ouvrir un de ces lieux de grâce où la foi coule plus abondante et donne de plus prompts secours, ne les fermez pas ! vous-mêmes, les premiers, en aurez besoin. C'est là que vous pourrez faire des économies sur le budget des hôpitaux et des prisons \ »

Telles n'étaient point les pensées, tels n'étaient point les sentiments de AL le baron Massy. Après avoir prélevé au nom du Pouvoir ce terrible impôt du sang que l'on nomme la ('conscription, il adressa aux Maires du canton un discours ofiiciel. 11 sut invoquer à la fois, à propos des Apparitions et des Miracles, l'intérêt de l'Église et celui de l'Ltat, le Pape et l'Ljiipefeur,

L Louis Vfuillot, Vidros ilu TS aoù: ISlS.

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