LIVRE SIXIÈME
documents, présente mieux que nous ne saurions le faire l'attitude des savants du pays en présence des merveilles cpéréas par l'eau de Massabielle. Cettel^ttre, écrite par un très-Lonorable médecin des environs, le docteur Lary, lequel ne croyait en rien aux explications miraculeuses, était adressée par lui à un membre de la Faculté.
« Ossun, 28 avril 1838. — Je m'empresse, mon cher (' confrère, de vous transmettre les détails que vous " me demandez sur la femme Galop, de notre com- <( mune.
« Cette femme, à la suite d'un rhumatisme de la « main gauche, avait cette môme main inhabile à la « préhension. Ainsi, voulait-elle laver ou porter uu (( verre avec cette main ? elle le laissait très-souvent « tomber ; voulait-elle puiser de l'eau? elle devait y « renoncer, parce que sa main gauche ne pouvait scr- « rer la corde du tour de son puits. Il y avait plus de (( huit mois qu'elle n'avait pas fait son lit et qu'elle « n'avait pas filé un seul écheveau de fil.
« Or, depuis son unique voyage à Lourdes, où elle « fit usage de l'eau de la Grotte intus et extus, elle file « avec assez de facilité, elle fait son lit, elle puise de « Veau, elle lave et porte des verres et des assiettes à table: «< en un mot, elle se sert de cette main à peu près comme « de l'autre.
« Les mouvements de la main gauche ne sont pas <i encore tout à fait aussi libres qu'avant la maladie ; « mais, comparés à ce qu'ils étaient avant l'usage des « eaux de la Grotte de Lourdes, i/ ij a en mieux 90 pour « 100 de différence. Au reste, cette femme se propose « de revenir à la Grotte. Je vais l'engager à [)asser « chez vous pour vous voir : vous pourrez vous-même « alors vous convaincre de ce que je vous dis ici,
2i6 NOTRE-DAME DE LOURDES.
« Vous trouverez, en examinant la malade dont il « s'agit, une ankylose incomplète de l'articulation mé- « tacarpo-phalangienne de l'index. C'est tout ce qui M reste de son affection Si l'usage réitéré de l'eau de « la Grotte fait disparaître cet état morbide, ce fait .sera « une preuve de plus de V alcalinité de cette eau^.
« Je termine en vous priant de me croire votre très- « dévoué confrère. Lary, d. m. »
Cette explication une fois admise et tenue a priori, pour certaine, les médecins furent moins revêches à constater les guérisons opérées par l'eau de la Grotte ; et, dès ce moment, ils se mirent à généraliser leur thèse et à l'appliquer presque indistinctement à tous les cas, même à ceux qui avaient un caractère de soudaineté en quelque sorte foudroyant, caractère assez peu conciliable pourtant avec l'action ordinaire des eaux minérales. Les doctes personnages du lieu se tiraient de ce mauvais pas en prêtant à l'eau de la Grotte des qualités d'une extrême puissance, d'une puissance inconnue jusque là. Peu leur importait de bouleverser dans leurs théories toutes les lois de la Nature, pourvu que ce ne fût pas au profit du Ciel. Ils admettaient volontiers Y extra-naturel pour se débarrasser du s//r-naturel.
11 se trouvait parmi les croyants quelques esprits mal faits et taquins qui troublaient par des réflexions importunes les graves explications et les théories transcendentales de la savante coterie :
— « Comment se fait-il, » venaient-ils objecter, (' que cette Source minérale, si exceptionnellement
1 . Disons en note que ceUe femme fut en effet entièrement guérie à un second voyage.