LIVRE SIXIÈME
puissante qu'elle opère des guérisons soudaines, ait été précisément découverte par Bernadette en état d'extase, à la suite (Je prétendues Visions célestes, et comme preuve de ces Apparitions surnaturelles ? Comment se fait-il d'abord que cette Source ait jailli juste au moment où Bernadette croyait entendre la Voix divine lui dire d'aller boire et se laver? Comment se fait-il ensuite que cette Source, surgie soudainement, au vu et su de toute la population, dans des conditions si prodigieusement étonnantes, donne, non pas de l'eau ordinaire, mais une eau qui, de votre propre aveu, a guéri déjà tant de malades désespérés, lesquels y ont eu recours sans aucune direction médicale et par simple esprit de foi religieuse ? »
Ces objections , répétées sous mille formes différentes, agaçaient outre mesure les Libres Penseurs, les Philosophes et les Savants. Ils essayaient de s'en tirer par des réponses si véritablement pauvres et misérables qu'elles devaient, ce semble , leur faire peu d'illusion ta eux-mêmes; mais en trouver d'autres était difficile.
(c — Que voulez-vous? » disaient-ils, « une chèvre a découvert par hasard le café. Un pâtre a par hasard trouvé les eaux de Luchon. Toujours par hasard, un paysan qui piochait a mis à jour les ruines de Pompéi. Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que cette petite fdle, i^'amusant à creuser la terre durant son hallucination, ait fait jaillir une source, et que cette source soit minérale et alcaline ? Qu'en ce moment elle ait cru précisément voir la sainte Vierge et ouïr une voix lui indiquer la source , c'est une simple coïncidence . toute fortuite, dont la Superstition voudrait faire un Miracle. Ce jour-là, comme toujours, le hasard a tout lait et a été \q seul rév(^lateur, ?
Les croyants ne se laissaient pourtant pas ébranler par une telle logique. Ils avaient le mauvais goût de trouver qu'expliquer toutes ces choses par de simples coïncidences de hasard, c'était violenter par trop la ruison, sous prétexte de la défendre. Cela irritait les Libres Penseurs, qui , tout en reconnaissant enlin les guérisons opérées, déploraient plus que jamais le caractère religieux et surnaturel que les populations s'obstinaient à donner à ces étranges événements; et, comme les gens dépités, ils inclinaient à la violence, pour arrêter le courant populaire : a Si ces eaux sont minérales, » commençaient-ils à dire, a elles relèvent de l'État ou de la municipalité : on ne doit y aller qu'avec une ordonnance de la Faculté ; et ce qu'il faut y construire, c'est un établissement de bains, et non une chapelle. »
La science de Lourdes, forcée de convenir des faits, en était arrivée à cette situation d'esprit et à ces dispositions intellectuelles , lorsque survuirent les mesures du Préfet relatives aux objets déposés à la Grotte, et cette tentative d'incarcération de Bernanadette sous prétexte de folie, tentative avortée par suite de l'interv^ention inattendue de M. le curé Peyramale-
A. toutes ces thèses de la secte médicale aux abois, il manquait un point d'appui certain et oflicieL M. Massy avait déjà songé à demander ce point d'appui à l'une des sciences les plus admirables et les plus incontestées de notre temps : la Chimie. Dans ce but, il s'était adressé, par l'intermédiaire du Maire