LIVRE SIXIÈME
de Lourdes, à un chimiste assez renommé dans le département, M. Latour de Trie.
Faire constater, — non en détail par l'examen de chaque cas particulier, mais en général et en bloc,— que toutes ces guérisons qui se multipliaient et se dressaient comme des objections formidables étaient absolument naturelles de par la constitution intime de la Source nouvelle, lui parut un coup de maître ; et il crut en cela bien mériter de la Science, de la Philosophie, et , pour ne rien oublier, de l'Administration supérieure, représentée par le ministre Rouland.
Envoyant qu'il était décidément impossib-le de faire .irrêter Bernadette comme folle, il pressa l'analyse qui devait établir officiellement , en tace des guérisons, les propriétés minérales et thérapeutiques de l'eau de la Grotte. 11 devenait urgent de se débarrasser de ce Surnaturel envahissant qui, après avoir fait jaillir la Source, guérissait maintenant les malades , et menaçait de forcer toutes les portes. Tout en laissant malheureusement ce maudit Surnaturel assez fort par bien des côtés , une analyse véritablement of ticielle pouvait rendre de grands services.
Le chimiste de la Préfecture se mit donc à l'œuvre pour faire cette précieuse étude de l'eau jaillie à Mas-
ibielle; et, avec une conscience entière, sinon avec une science complète, il trouva au fond de ses cornues une solution absolument conforme aux explications des Médecins, aux thèses des Philosophes et aux désirs de M. le Préfet. La Vérité était-elle aussi satisfaite de cette analyse que le pouvaient être la Préfecture, la Philosophie et la Faculté ? C'est une question que l'on ne songea peut-être pas tout d'abord à se poser, mais que l'avenir devait se charger de résoudre.
Quoi qu'il en soit, voici l'analyse sommaire que
M. Latour de Trie, chimiste de l'Administration, adressa olficiellement, à la date du 6 rriai. à M. le Maire de Lourdes, et que ce dernier transir.it aussitôt au baron Massy :
Examen chimique.
(t L'eau de la Grotte de Lourdes est très-limpide, « inodore et sans saveur tranchée. Sa pesanteur spé- « ci fi que est très-voisine de celle de l'eau distillée. Sa « température à la Source est de 15" cent.
« r Chlorures de soude, de chaux et de magnésie : « abondants;
« 2° Carbonates de chaux et de magnésie :
« 3" Silicates de chaux et d'alumine ;
« 4° Oxyde de fer;
« 5" Sulfate de soude et carbonate de soude
« 6° Phosphate : des traces;
« 7° Matière organique : ulmine.
« Nous constatons dans la composition de cette eau « une absence complète de sulfate de chaux ou sélénite.
« Cette particularité , assez remarquable , est tout (( à son avantage, et doit nous la faire considérer (( comme étant très-légère, facile à la digestion et (( imprimant à l'économie animale une disposition « favorable à l'équilibre de l'action vitale.
i( Nous ne croyons pas trop pr^éjuger en disant^ vu l'cn-^ « semble et la qualité des substances qui la constituent, « que la science médicale ne tardera peut-être pas à luit (( reconnaître des vertus curatives spéciales, qui pourront] « la faire classer au nombre des eaux qui forment la ri- « chesse minérale de notre départenient.
« Daignez agréer, etc.
« A. Latour de Trie. »