LIVRE SIXIEME
f^laîi* montée sur un cligne pour abattre des glands, elle avait perdu l'équilibre et fait une chute violente, qui avait causé une forte luxation au bras droit et surtout à la main. La réduction, — disent le compte rendu et le procès-verbal que nous avons sous les veux, — la réduction, opérée immédiatement et avec ïuccès par un habile médecin, avait à peu près rétabli le bras dans l'état normal, sans pouvoir cependant le guérir d'une extrême faiblesse. Mais les soins les plus intelligents et les plus suivis échouèrent contre la rigidité des trois doigts les plus importants de la main. Le pouce, l'index et le médius demeurèrent absolument recourbés et paralysés, sans qu'il fût possible ni de les redresser ni de leur faire faire un seul mouvement. Le malheureuse paysanne — encore jeune, car elle avait à peine trente-huit ans — ne pouvait ni coudre, ni liler, ni tricoter, ni vaquer aux soins du ménage. Après l'avoir inutilement traitée pendant trèslongtemps, le docteur lui avait dit qu'elle était incurable et qu'elle devait se résigner à ne plus se servir de sa main. Un tel arrêt, d'une bouche si compétente, 'tait pour cette infortunée l'annonce d'un irréparable malheur. Les pauvres n'ont d'autres ressources que le travail : pour eux, l'inaction forcée, c'est la misère inévitable.
Catherine était devenue enceinte neuf ou dix mois 1 près sa chute, et elle approchait de son terme au moment où étaient survenus les divins événements de la (jrotte de Massabielle. Une nuit, elle se sent éveillée tout à coup comme par une idée soudaine. «Un Esprit intérieur, » racontait-elle à l'auteur de ce livre, « un Esprit intérieur me disait en moi-même avec une sorte de force irrésistible ; — « Va à la Grotte ! va à la Grotte, « et tu seras guérie ! » Quel était cet être mystérieux
f?>i notke-damë dk lourdes.
qni pariait de la sorte, et que cette paysanne ignorante, — ignorante du moins de tout savoir humain, — appelait « un Esprit. » L'Ange Gardien sait sans doute ce secret.
11 était trois heures du matin. Catherine appelle ses deux entants, déjà assez grands pour l'accompagner.
— Reste au travdl, dit elle à son mari; je vais à la Grotte.
— Dans cet ét^it de grossesse, c'est impossible, reprend-il : aller à Lourdes et revenir, c'est une course de trois fortes lieues.
— Tout est possible. Je vais guérir.
Nulle objection ne la put retenir. Elle partit avec ses deux enfants. Il faisait un beau clair de lune. Le silence redoutable de la nuit, troublé de moment en moment par des bruits inconnus, la solitude profonde de ces campagnes, vaguement éclairées et peuplées de formes indécises, effrayaient les enfants. Ils tremblaient et s'arrêtaient à chaque pas, mais Catherine les rassurait. Elle n'avait nulle peur et sentait qu'elle marchait vers la Vie.
Elle arriva à Lourdes à la naissance du jour. Elle rencontra Bernadette. Quelqu'un lui dit que c'était la Voyante. Catherine ne répondit point; mais, s'avançant vers l'enfant bénie du Seigneur et aimée de .Marie, elle lui toucha humblement la robe. Puis elle continua son chemin vers les Roches Massabielle, où, malgré l'heure matinale, une multitude de pèlerins se trouvaient déjà réunis et agenouillés.
Catherine et ses enflmts s'agenouillent aussi el prient.
Et, après avoir prié, Catherine se lève et va baigner paisiblement sa main dans l'eau merveilleuse.
Et aussitôt ses doigts se redresseut. Et aussitôt ses