‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 131 sur 238 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

doigts s'assouplissent et revivent. La Vierge divine venait de guérir l'incurable.

Que tait Catherine? Catherine n'est point surprise. Catlierine ne pousse pas un cri, mais elle retombe à genoux et rend grâces à Marie et à Dieu. Pour la première fois depuis dix-huit mois, elle prie à mains joiiites, et croise avec ses autres doigts ses doigts ressuscites.

Elle resta ainsi longtemps, absorbée dans un acte le reconnaissance. I:e tels moments sont doux; l'âme ^0 complaît à s'y oublier, et il semble qu'on soit dans le Paradis retrouvé.

De violentes souffrances rappelèrent brusquement à Catherine qu'elle était encore sur la terre, sur cette terre de gémissements et de pleurs où la malédiction portée à l'origine contre la femme coupable, mère du genre humain, n'a pas cessé de peser sur son innombrable postérité. Nous avons dit que Catherine était au dernier terme de sa grossesse. Comme cette pauvre femme était encore à genoux, elle se sentit prise tout à coup par les premières, par les horribles douleurs de l'enfantement. Elle tressaille, elle comprend que le temps lui manque pour se rendre jusqu'à Lourdes, et que la délivrance va s'accomplir devant cette multitude qui l'environne. Et elle regarde un instant cette foule avec une terreur pleine d'angoisses.

Mais cette terreur ne dura pas.

Catherine se retourna vers la Yicrge souveraine à qui la Nature obéit.

— Bonne mère, lui dit-elle avec simplicité. Vous qui venez de m'obtenir une si grande grâce, épargnezmoi cette honte d'accoucher devant tout le monde, et faites au moins que je puisse rentrer chez moi avant de mettre au monde l'enfant que je porte.

2h6 NOTRE-DAME DE LOURDES.

Et aussitôt toutes les douleurs s'apaisèrent ; ei TEsprit, cet Esprit intérieur dont elle nous pariait et que nous croyons être l'Ange Gardien, lui dit :

— Sois tranquille. Pars avec con(iarce, tu arriveras sans accident.

— Levons-nous maintenant et partons, dit Catlierine à ses deux enfants.

Et voilà qu'elle reprend, en les tenant par la main, le chemin de Loubajac, sans laisser soupçonner à personne la crise imminente et sans manifester aueime inquiétude, non-seulement aux assistants, mais même à la sage-femme de son village, qui par hasard se trouvait là, et qu'elle aperçut au milieu des pèlerins. Heureuse plus que nous ne saurions le dire, elle parcourut paisiblement et sans se hâter la longue route et les mauvais chemins qui la séparaient de sa maison Les deux enfents n'avaient plus p^ur comme durant la nuit : le soleil s'était levé et leur mère était guérie.

Arrivée chez elle, Catherine voulut prier encore; mais aussitôt les douleurs la reprirent. Un quart d'heure après, sa délivrance était accomplie. Un troisième iils lui était né*.

{. Le lecteur sera peut-être bien aise de voir par lui-m/îme les couclusious de la Coiumissiori épiscopale sur ce fait. Elle ne fait que reproduire les rapports des médecins. Les voici :

« A peine Catherine Latapie-Cliouat euL-elle plongé sa main dans l'eau q\\ instantanément elle se sentit entièrement guérie; que S'js doigts reprirent leur souplesse ^ leur élasticité natu- 1 elles; qu'elle put soudain les ouvrir, les fermer, s'en servir avec autant d'aisa^c^^ qu'avant l'accident d'octobre 1856.

« Dnpui- ce moment, elle n'a plus éprouvé «le douleur.

« Que la difformité de la main de Catherine Latapie, que i'im[K)S'*ibiIité de s'eu servir provinssent d'une ankylose aux articulations des doigts, d'une lésion foncièie des nerfs ou )*îs 1en'1'"^s néchi''seurs, il demeure indubitablement arqiiia

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