LIVRE SIXIÈME
à M. Poueymiroo , toutes les fois qu'elle Je rencontrait.
— Vous guérirez quand le bon Dieu voudra, répondait invariablement le docteur, qui était loin de bc douter, en s'exprimant ainsi, qu'il prononçait un mot prophétique.
« Pourquoi ne croirais-je pas cette parole et ne m'adresserais-je pas directement à la bonté divine ? » ^e dit un jour la vieille paysanne, en entendant parler de la Source de Massabielle.
Elle envoya quelqu'un à Lourdes chercher à la Source même un peu de cette eau qui guérissait.
Lorsqu'on la lui apporta, elle fut prise d'une grande émotion.
— Sortez-moi de mon lit, dit-elle, et tenez-moi debout.
On la leva, on l'habilla en toute hâte, presque fié-
jours après, a développé, fait progresser cette amélioration, avancé cette cure déjà commencée, et que, sans le secours d'aucun autre remède, ces deux lotions ont amené, par un progrès rapide et graduel , en un petit nombre de jours, une ^uérison compièle.
tt Or le liquide dont l'emploi a procuré ce prompt résultat est toujours la même eau ,.sans vertu spéciale, sans analogie ni corrélation avec l'affection vaincue; laqu(;lle, du reste, si elle en eut eu quelqu'une, aurait depuis longtemps i)roduit cet ellet, par l'usage quoti<lien qu'en faisait la malade pour son alifnentation et sa propreté de chaque jour.
« Oïl ne peut donc attribuer cette cure à l'elTicacité propre de l'eau de Massabielle; et tout concourt, ce semble, ici, ténacité, activilé envaliissante de l'affection darlreuse, ])roinptitu(le de la guérison, inapj)n)pria'tion de l'élémen! qui l'a produite, pour y faire reconnaître une cause étrangère et supérieure aux actifs naturels. »
{Extrait du \o^ Proccs-vcrhal de la Commission.)
vreusement. Les spectateurs et les acteurs de cette scène étaient troublés.
Deux personnes la soulevèrent et la tinrent debout en la soutenant sous les épaules.
On lui présenta un verre d'eau de la Grotte.
Marie étendit sa main tremblante vers Teau libératrice, et y plongea ses doigts. Puis elle fit sur ellemême un grand signe de croix, après lequel elle porta le verre à ses lèvres et en but lentement le contenu, absorbée sans doute en quelque fervente prière qu'elle faisait tout bas.
Elle était pâle, si pâle, qu'on crut un instant qu'elle allait s'évanouir.
Mais, tandis qu'on faisait effort pour prévenir une chute, elle se redressa , tressaillit et regarda autour d'elle. Puis elle poussa comme un cri de joie triomphale :
~ Lâchez-moi! lachez-moi vite ! Je suis guérie.
Ceux qui la soutenaient retirèrent leurs bras à moitié et en hésitant. Marie s'élança aussitôt et se mit à marcher avec assurance, comme si elle n'eût jamais été malade.
Quelqu'un qui conservait , malgré tout , quelque crainte, lui présenta un bâton pour s'appuyer.
Marie regarda le bâton' en souriant. Puis elle I9 prit, et, d'un geste dédaigneux, elle le jeta au loin, comme un objet désormais inutile.
A partir de ce jour, elle retourna aux rudes travaux des champs.
Quelques visiteurs, étant venus la voir pour vérifier le fait, lui demandèrent si elle pourrait marcher en leur présence.
— Marcher? messieurs, £'écna-t-elle ; mais je vais courir !
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Et, disant ces mots, elle prit sa course devant eux.
Ceci se passait au mois de mai. Au mois de juillet suivant, on se montrait de l'un à l'autre, comme un phénomène, Marie , la vigoureuse octogénaire, qui fauchait vaillamment les blés et qui était loin d'être la dernière dans la fatigante besogne des moissonneurs.
Son médecin , l'honorable docteur Poueymiroo . louait Dieu de ce miracle évident, et plus tard , il signait, avec la Commission d'examen, le procès- verbal des faits extraordinaires que nous venons de raconter, et devant lesquels il n'hésitait pas à reconnaître « l'action directe et évidente de la puissance divine * . »
La presse de Paris et de la province commençait à s'occuper des événements de Lourdes; et, bien audelà des contrées pyrénéennes, l'attention publique se tournait peu à peu vers la Grotte de Massabielle.
Les mesures du Préfet étaient vivement louées par les journaux de la Libre Pensée, non moins vivement critiquées par les feuilles catholiques. Ces dernières, tout en se tenant sur la réserve au sujet de la réalité des Apparitions et des Miracles, prétendaient qu'une telle question devait être jugée par l'Autorité ecclésiastique, et non tranchée prématurément par l'arbitraire préfectoral.
Les guérisons innombrables qui s'accomplissaient, soit à la Grotte, soit même au loin, attiraient à Lourdes une foule immense de malades et de pèlerins. L'analyse Latour de Trie et les prétendues propriétés