LIVRE SEPTIÈME
Le Clergé continuait à ne pas se rendre à la Grotte et à se tenir entièrement en dehors du mouyement. Les ordres de Mgr Laurence à ce sujet étaient strictement observés dans tout le diocèse.
Les populations, cruellement agitées par les persécutions administratives, se tournaient avec anxiété vers les Autorités ecclésiastiques chargées par Dieu de la conduite et de la défense des Fidèles, et elles s'attendaient à voir l'Évoque protester énergiquement contre la violence faite à leur liberté religieuse.
Attente vaine. Monseigneur gardait un silence absolu, et laissait faire le Préfet. Bien plus, M. Massy faisait imprimer dans ses journaux qu'il agissait de concert avec l'Autorité ecclésiastique; et, à la stupéfaction générale, l'Évéque ne démentait point une telle assertion L'ame des peuples était troublée.
Déjà, dès les commencements, la foi ardente des multitudes avait peu compris l'extrême prudence du Clergé. Au point où en étaient les événements, après tant do preuves de la réalité des Apparitions de la Vierge, après le jaillissement de la Source, après tant
de gucrisons et de miracles, cette réserve excessive de l'Éveque en présence d'un Pouvoir persécuteur leui' paraissait une inexplicable défection. Le respect qu'on avait pour son caractère ou pour sa personne ne suflisait pas complètement pour contenir l'expression des murmures populaires.
Pourquoi ne pas se prononcer sur ie fait, alors que les éléments de certitude afiluaient de toutes parts"? Pourquoi au moins ne pas ordonner une enquête, une étude de la question, un examen quelconque, pour guider la fci de tous et l'empêcher de s'égarer? Les événements qui suf lisaient pour bouleverser le Pouvoir civil et pour soulever d'innombrables populations n'étaient-ils donc pas dignes de l'attention de l'Évèque? Le silence obstiné du prélat n'autorisait-ii pas le Préfet à agir comme il le faisait? Si l'Apparition était fausse, l'Évèque ne devait-il pas éclairer les Fidèles et arrêter l'erreur à son début '( Si elle était vraie, ne devait-il pas s'piiposer à la persécution des croyants et, défendre avec courage l'œuvre de Dieu contre la malice des hommes? Une simple démarche de l'Évèque, une enquête n'eùt-elle pas empêché le Préfet d'entrer dans la voie des persécutions où il s'était enfin engagé? Les Prêtres et l'Évèque étaient-ils donc sourds à tant de prières et de cris de reconnaissance qui s'élevaient autour de cette Roche à jamais célèbre où la Mère du Dieu crucifié avait posé son pied virginaP La Lettre ^ avait elle tué l'Esprit? Étaient-ils, comme les prêtres pharisalques dont parle l'Évangile, aveugles à la splendeur fulgurante de tant de Miracles? Ltaient-ils si occupés à administrer les choses de l'Église et si absorbés par leurs fonctions cléricales, que la main toute-puissante de Dieu, apparaissant hors du temple, fut pour eux un fait inaperçu ou un événement sans impor-