LIVRE SErTlÉME
tance? Était ce donc en de telles circonstances, quand Dieu intervenait et quand les persécuteurs s'élevaient, que l'Évèque, comme dans les processions, devait marcher le dernier?
Celte clameur s'élevait du sein des foules et allait grossissant. Le Clergé était accusé d'indifférence ou d'hostilité; l'Évèque, de timidité et de faiblesse.
Par la logique des événements et la pente naturelle iu cœur humain, ce vaste mouvement d'hommes et d'idées, si essentiellement religieux dans son [irincipe, menaçait de devenir anti- ecclésiastique. Les multitudes, pleines de foi envers la Vierge et la Trinité sainte , mais pleines de mécontentement, irritées contre l'abstention si prolongée du Clergé, tendaient du ^m'^me coup à courir vers l'Église, où réside la force [ivine. et à déserter la sacristie, où, sous le costume icerdotal, se rencontrent trop souvent les défaillanîs de rhonuric.
Mgr Laurence continuait cependant de demeurer ms son immobile réserve. Quelles étaient les raisons lu prélat pour résister à cette voix du peuple qui est Lielquefois la voix du Ciel? Était-ce prudence dirine? Était-ce prudence humaine? Était-ce sagesse? Était-ce faiblesse ?
Croire n'est pas facile. Malgré tant de preuves éclatantes, Mgr Laurence concevait encore des doutes ei hésitait à agir. Sa foi très-savante n'allait pas aussi vite que la foi des simples. Dieu, qui se montre pour ainsi dire tout d'un coup aux âmes naïves et ignorantes, que les études humaines ne peuvent éclairer,
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se plaît parfois à imposer une plus longue et plus patiente recherche aux intelligences cultivées et instruites, qui sont capables d'arriver à la vérité par le cliemin du travail, de l'examen et de la rétlexion. Comme l'Apôtre Tli ornas refusant de croire aux témoignages des autres Disciples et des saintes Femmes, Mgr Laurence aurait voulu voir toutes choses de ses yeux et les toucher de ses mains. Esprit précis, plutôt incliné vers la pratique que tourné vers l'idéal, nature essentiellement déliante des exagérations populaires^ le Prélat était de ceux qui, par je ne sais quel instinct particulier, se refroidissent devant les sentiments passionnés d'autrui, et qui supposent volontiers que l'émotion s'égare et que l'enthousiasme se trompe. Bien que, par moments, il fût vivement frappé de tant d'événements extraordinaires, il craignait tellement d'affirmer légèrement le Surnaturel, qu'il eût peut-être risqué de le méconnaître ou de ne le confesser que trop tard, si la grâce de Dieu n'eût tempéré en lui et renfermé dans une juste mesure cette Dente native que nous venons d'indiquer.
Non-seulement Mgr Laurence hésitait à se prononcer, mais il hésitait même à ordonner une enquête officielle. Évêque catholique, fortement pénétré de la dignité extérieure de l'Église, il avait quelque peur de compromettre la gravité de cette JMère du genre humain, en l'engageant prématurément dans le solennel examen de tous ces faits singuliers, dont il n'avait pas une connaissance personnelle suffisante et qui pouvaient, après tout, n'avoir pour base qu les enfantillages d'une petite bergère et les vaines illusions de pauvres âmes fanatisées.
Assurément, l'Évèque n'eût jamais conseillé les mesures prises po,r l'Autonté civile, et il les dosap-