‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 147 sur 238 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

'ij'ouvait vivement. Mais, puisque ce mal était fait, n'était-ii pas prudent d'en retirer le bien accidentel qui pouvait en résulter? N'était-il pas sage, — si par hasard il y avait erreur dans les croyances et les récits populaires, — d'abandonner le prétendu fait surnaturel à lui-même et de le laisser se débattre tout seul contre l'hostile examen et les persécutions de M. Massy, des libres penseurs et des savants, ligués ensemble pour terrasser la Superstition? Donc il fallait attendre, et ne point se hâter d'engager avec le Pouvoir civil un conflit peut-être inutile. « Je déplore « comme vous les mesures que l'on prend, » disait l'Évéque, dans son intimité, à ceux qui le pressaient d'intervenir ; « mais, n'étant point chargé de la Police, « ni consulté, je ne puis que laisser faire. Chacun ré- « pond de ses actes... » — a Je n'ai été pour rien jusqu'ici, » ajoutait-il, «dans les actes de l'Autorité civile « relativement à la Grotte; et je me félicite de m'en « tenir là. Plus tard, l'Autorité ecclésiastique verra s'il « y a quelque chose à faire *. » Dans cet esprit de prudence et d'expectative, l'Évéque ordonna au Clergé diocésain de prêcher hautement le calme aux populations, et d'employer son influence à les faire se soumettre à l'Arrêté du Préfet. Éviter tout désordre matériel, ne créer aucun embarras nouveau, favoriser même, par respect pour le principe d'Autorité, l'exécution des mesures prises au nom du Pouvoir, et voir venir les événements, paraissait à l'Évéque le plus sage do tous les partis.

Telles étaient les pensées de Mgr Laurence, ainsi qu'elles ressortent de sa correspondance de cette époque. Telles étaient les considérations qui détermi-

1 . Lettre de Mgr Laurence au Curé de Lourdes, en date du 41 juin. 19

naient son attitude et qui inspiraient sa conduite.

Peut-être, s'il avait eu en ce xïi ornent la foi puissante des multitudes, eut-il raisonné d'autre sorte. Mais il était bon qu'il raisonnât et qu'il agît ainsi : il était bon qu'il ne crût pas encore. Et en voici les raisons profondes :

Si Mgr Laurence, dans sa haute prudence d'Év 'que, se plaçait au point de vue d'une erreur possible. Dieu, dans sa clairvoyance infinie, se plaçait au point de vue de la certitude immuable de ses actes et de la vérité de son œuvre. Dieu voulait que cette œuvre subît l'épreuve du temps et s'affirmât elle-même en surmontant, sans être secourue par personne, les douloureuses traverses de la persécution. Or, si l'homme de rPglise, si IT.vêque avait cru dès le commencement à la réalité de tant d'Apparitions et de Miracles, eût-il pu résister aux généreux entraînements de son zèle d'apôtre et hésiter un seul instant à intervenir avec énergie contre les persécuteurs des Fidèles, contre les ennemis de l'œuvre divine? S'il avait eu la foi que la Mère de Dieu était véritablement apparue dans son diocèse, demandant un temple à sa gloire et guérissant les malades, eûtil pu balancer une seconde entre la volonté de cette Reine éternelle de la Terre et du Ciel et les oppositions miséreibles d'un Massy, d'un .lacomet ou d'un Rouland ? Non, certes. Avec une telle foi au cœur, l'Évêque, comme autrefois saint Ambroise à Milan, ne pouvait que se dresser, la crosse en main et la mître au front, en face du Pouvoir civil- Publiquement, à la tête des croyants, sans nulle crainte des hommes, il fût allé boire à la Source divine, ployer les genoux devant le rocher béni que la \ierge avait sanctifié en le touchant de ses pieds, et poser, en ces lieux

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