‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 148 sur 238 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

déserts, la première pierre d'un temple magnifique à .Marie Immaculée.

Mais en détendant de la sorte l'œuvre de Dieu dans le présent, le Prélat l'eût infailliblement affaiblie pour l'avenir. L'appui qu'il lui aurait prêté à l'origine l'eût compromise plus tard et rendue suspecte d'émaner, non de Dieu, mais des hommes. Plus l'Evéque se tenait en dehors du mouvement, plus il était rebelle un même un peu hostile à la foi populaire, et plus l'œuvre surnaturelle montrait sa force en triomphant sans aucune aide extérieure, par elle-même, par sa vérité intrinsèque, par sa puissance propre, et malgré l'animositéou l'abstention de tout ce qui, en ce monde, porte le nom de Pouvoir.

La Providence avait résolu qu'il en fût ainsi, et que le grand lait de l'Apparition de la Très-Sainte Vierge au dix-neuvième siècle traversât, comme le Gliristianisme naissant, les épreuves et les persécutions. Elle voulait que la foi universelle commençât par les petits et les humbles, de iacon que là, comme au Royaume du Ciel, les derniers fussent les premiers, et les premiers, les derniers. 11 était donc nécessaire, dans la pensée divine, que l'Évéque, bien loin d'avoir riniative, fût des plus longs, j'allais dire des plus durs à se rendre, pour ne céder eniin. après tous les autres, qu'à la gravité irrécusable des témoignages et à l'irrésistible évidence des faits.

Lt voilà pourquoi Dieu avait, dans ses secrets desseins, placé sur le siège épiscopal du diocèse de Tarbes l'humme éminent et réservé dont nous avons tracé le portrait. Voiià pourquoi il Lui avait plu de ne pas donner tout d'abord à Mgr Laurence la foi en 1 Apparition et de le maintenir dans le doute, malgré tant de faits éclatants. 11 entrait dims son céleste plan de

confirmer en cette circonstance, dans le Prélat, cet esprit de temporisation et de prudence qu'il lui avait ai largement départi, et de laiss^ à son épiscopale sagesse ce caractère de longue hésitation et de lenteur extrême qu'au milieu de l'effervescence générale leb multitudes pouvaient ne pas comprendre, mais dont l'avenir devait manifester aux yeux de tous les admirables résultats et la providentielle utilité.

Le peuple avait la vertu de Foi, mais son ardeur impatiente eût voulu pousser le Clergé à une intervention prématurée. L'Évêque avait la vertu de Prudence, mais ses yeux n'étaient point encore ouverts à la vérité de l'œuvre surnaturelle qui s'accomplissait devant lui et qui frappait tous les regards. La sagesse complète et la juste mesure de toutes choses étaient comme toujours en Dieu seul, qui dirigeait les événements, et dont la main toute-puissante faisait servir à son but et inclinait également à l'ordre immuable de ses desseins la fougue des multitudes et les hésitations du Prélat. — Dieu voulait que l'Église, dans la personne de l'Évêque, s'abstînt de tout rôle actif, et que, se tenant constamment en dehors de la lutte, elle n'apparût au moment suprême que pour juger souverainement ce grand débat et proclamer la Vérité.

Moins calmes et moins patientes que l'Évêque, emportées par l'enthousiasme des grandes choses qui se passaient sous leurs yeux et par l'émouvant spectacle des guérisons miraculeuses qui se multipliaient , les populations cependant ne se laissaient nullement arrêter par les mesures \iolentes de l'Administration.

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