‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 152 sur 238 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

raie Bruat, Gouvernante de Son Altesse le Prince Impérial.

Ce terrible Jacomet avait plus que personne le sentiment des hiérarchies sociales et le respect des puissances établies. Il ne verbalisa point.

De telles scènes se renouvelaient souvent. Certains procès-verbaux effrayaient les agents du Préfet et eussent probablement effrayé le Préfet lui-même. Chose dôplorable : l'Arrêté était violé impunément par les puissants, tandis qu'on sévissait contre les faibles. Un avait deux poids et deux mesures.

La question soulevée par les faits surnaturels, parles Apparitions vraies ou fausses de la Vierge, par le jaillissement de la Source, par les miraculeuses guérisons, réelles ou controuvées, ne pouvait cependant, de l'avis de tous, demeurer éternellement en suspens. Il était nécessaire que toutes choses fussent soumises à un examen compétent et sévère. Les étrangers, qui n'étaient dans cette contrée que pour une saison rapide, qui n'avaient point assisté à l'origine de ces événements extraordinaires et qui n'avaient pu, comme les gens du pays, se former une conviction raisonnée, étaient unanimes, au milieu des récits variés et des appréciations diverses qu'ils entendaient de toutes parts, à s'étonner du silence complet et de l'apparente indifférence de l'Autorité ecclésiastique. Autant on blâmait l'intervention du Pouvoir civil, autant on condamnait l'abstention prolongée du Pouvoir religieux, personnifié dans l'Évoque.

Les Libres Penseurs, interprétant à leur gré les

longues hésitations et l'attitude du Prélat, se croyaient sûrs de son verdict. Les amis de M. Massy commençaient à crier bien haut que Mgr Laurence était d'accord avec le Préfet sur l'appréciation des événements Ils rejetaient sur l'Évêque toute la responsabilité des mesures violentes qui avaient été prises. «< L'Évrque, » disaient-ils, « pouvait d'une i)arole arrêter la Superstition. 11 n'avait pour cela qu'à porter tout haut son jugement. L'Autorité civile n'a été forcée d'agir qu'à son défaut. »

Les croyants, devant l'évidence des faits miraculeux, se considéraient également comme certains d'un jugement solennel en faveur de leur foi.

D'autres, en très grand nombre parmi les étrangers,, n'avaient point de conviction ou de parti arrêté, et demandaient à être tirés de leur incertitude par une enquête définitive. « A quoi sert l'Autorité religieuse, » disaient-ils, (I si ce n'est à juger de pareils débats et à fixer la loi de ceux qui, à cause de la distance, du manque de documents ou de toute autre cause, ne peuvent examiner et décider par eux-mêmes? «

D'incessantes réclamations arrivaient de la sorte à l'Évêché. Au murmure des multitudes se joignait la voix des classes qu'on a coutume d'appeler éclairées, bien que souvent les petites lumières de la terre leur fassent perdre de vue la Grande Lumière des Cicus. De toutes parts on demandait une enquête

Les cures surnaturelles continuaient de se produire. De cent cotés on adressait à l'Évêché les procès-verbaux authentiques de ces guérisons miraculeuses, signées par de nombreux témoins'.

1. Nous trouvons dans une leUre de M. le D"" Dozous, qui avait suivi de très-près les événements, la liste des diverses

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