‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 154 sur 238 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

affectait tantôt de ne point s'apercevoir de ces scènes étranges, de ces extases, de ces infractions à l'Arrêté, tantôt d être absent quand elles se produisaient. De CCS surprenantes allures du très-habile et très-perspicace Commissaire, chacun avait conclu à une de ces roueries ténébreuses dont on croit capables, trop souvent peut être, les hommes de la Police et môme ceux de l'Administration. i< M. le baron Massy, » disait- on, '( vo>ant l'opinion publique se retirer de lui, et convaincu, par expérience, de l'impossibilité d'arrêter de front les événements à l'aide de la violence, essaye de les déshonorer dans leur principe en fomentant de faux visionnaires, dont il fera ensuite grand bruit dans les journaux et auprès du Gouvernement. îs fecit cui prodest »

Quoi qu'il en fîit de la valeur de ces soupçons, trèsprobablement injustes, de telles scènes pouvaient troubler les espritâ. M. le Curé de Lourdes, ému de ces scandales, se hâta de chasser honteusement du catéchisme les enfants visionnaires, en déclarant que, si de pareils faits se renouvelaient une seule fois, il saurait faire, lui même, une enquête sévère et en découvrir les véritables instigateurs.

L'attitude et la menace du Curé produisirent un effet suliit et radical. Les prétendues visions cessèrent uet, et il n'en fut plus question. Elles n'avaient duré que quatre ou cinq jours.

L'abbé Peyramale instruisit TÉvêchéde cet incident* Quant à M. .lacomet, il adressa de son côté aux autorités compétentes un rapport hyperbolique et romanesque, dont nous courons plus tard l'occasion de parler.

Cette audacieuse tentative de l'esprit ennemi , essayant de dénaturer et de déshonorer le mouvement.

venait s'ajouter à toutes les raisons péremptoires qui pressaient l'Évêque d'agir. Tout se réunissait pour inontrer que le moment d'intervenir était arrivé, et pour mettre l'Autorité religieuse en demeure d'examiner et de se prononcer.

Des hommes considérables dans le monde chrétien, tels que Mgr de Salinis, archevêque d'Auch; Mgr Tliibaud, évêque de Montpellier ; Mgr de Garsignies, évêque de Soissons; M. Louis Yeuillot, rédacteur en chef du journal lUnivers; des personnages moins connus, mais d'une haute notabilité, M. de Rességuier, ancien député; M. Yène, Ingénieur en Chef des Mines, Inspecteur général des eaux thermales de la chahie des Pyrénées, et un grand nombre de catholiques éminents se trouvaient alors dans ces contrées. Tous avaient étudie les faits extraordinaires qui font l'objet de cette histoire ; tous avaient vu et interrogé Bernadette; tous avaient cru ou inclinaient à croire. On citait un Évêque, des plus vénérés, qui n'avait pu contenir son émotion au récit si vivant, si naïf et si éclatant de vérité, de la jeune Voyante. En contemplant cette petite enfant sur le front de laquelle l'ineffable Vierge, Mère de Dieu, avait reposé ses regards, le Prélat n'avait point su résister au premier mouvement de son cœur attendri : il s'était prosterné, lui, prince de l'Église, devant la majesté de cette humble paysanne.

— Priez pour moi, bénissez-moi, moi et mon troupeau, lui dit-il d'une voix étouffée, et se troublant au point de plier les genoux.

— Relevez -vous, Monseigneur! C'est à vous de bénir cette enfant, s'écria le Curé de Lourdes, présent à cette scène, et prenant vivement l'Évoque par la main pour l'aider à se remettre debout.

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