‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 169 sur 238 · LIVRE HUITIEME. Oi.ii · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME. Oi.ii

mieux se camper auclacieusement dans l'illogique, que de s'incliner devant l'autorité de la raison. Furieux, hors de lui-même, absurde, il se dresse contre l'évidence. Il dit : Non serviam, comme le Satan de l'Écriture. Il résiste, il refuse de plier, il se roidit, -jusqu'à ce que tout à coup la force survienne et le .brise violemment, non sans dédain.

Il restait aux ennemis officiels et ofllcieux de la ^Superstition une dernière arme à employer, une suprême lutte à essayer. Si la bataille semblait définitivement perdue dans les Pyrénées, peut-être pouvait-on i reconquérir la position à Paris, et s'emparer, en France et en Europe, de l'opinion publique, avant que le peuple cosmopolite des touristes et des baigneurs, en retournant dans ses foyers, eût répandu partout ses impressions fâcheuses et ses sévères jugements. On le tenta. Une campagne formidable fut organisée par la presse irréligieuse de Paris, de la province et de l'étranger, contre les événements de Lourdes et l'Ordonnance de l'Évêque.

Pendant que lesgénéraux de laLibre Pensée livraient sur ce vaste terrain le combat décisif, le Préfet des llautes-l'yrénées, comme Kellermann à Yalmy, eut pour consigne de maintenir, quoi qu'il advînt, sa ligne d'opérations, de ne pas reculer d'une semelle et de ne caftituler à aucun prix devant l'ennemi. On connaissait l'intrépidité du baron Massy, et on n'ignorait point que ni les arguments, ni la raison, ni les considérations morales, ni le spectacle des Miracles les plus écla-

tants, ne triompheraient de sa fermeté invincible. Il tiendrait bon sur son terrain ett'ondré. L'absurde était Lien défendu.

Le Journal des Débats, le Siècle, la Presse, Vlndepeu- (Jance belge et plusieurs feuilles étrangères donnèrent à la fois et attaquèrent avec violence. Les plus petits journaux des plus petits pays tinrent à honneur de figurer dans cette levée de boucliers contre le Surnaturel. Nous trouvons en effet, parmi les lutteurs, jusqu'à une minuscule feuille d'Amsterdam, V Àjyisterdaamsche Conranl.

Les uns, comme la Presse, par la plume de M. (îuéroult, ou le Sièck\\)av celles de MM. Bénard et Jourdan, attaquaient le Miracle en principe, déclarant qu'il avait fait son temps, qu'on ne discutait pas avec lui, et que, dans une question déjà jugée a priori par les lumières de la Philosophie , examiner n'était pas de la dignité du Libre Examen. « Le Miracle, » disait M. Guéroult, (( appartient à une série de civilisation qui est « en train de disparaître. Si Dieu ne change pas, l'idée « que les hommes s'en font change d'époque en époque, (i suivant le degré de leur moralité et de leurs lu- « mières. Des peuples ignorants, qui ne soupçonnent «pas l'importante harmonie des lois de 1 univers, « voient partout des renversements de ces lois. Tous (( les jours Dieu leur apparaît, leur parie, converse « avec eux, leur envoie ses anges, k mesure que les « sociétés s'éclairent, que les hommes s'instruisent, (( que les sciences d'observation viennent former « contre-poids aux élans de l'imagination, toute cette « mythologie s'évanouit. L'homme n'est pas moins « religieux; il l'est davantage : il l'est autrement. 11 ne « voit plus face à face les dieux ou les déesses, les anges « ou les démons. 11 cherche à déchiffrer la volonté di-

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« \ine écrite dans les lois du monde. Le Miracle, qui, à (( de certaines époques, a pu ttre la condition de la foi « et ï^ervir d'enveloppe à des vérités profondes, est de- « venu, de nos jours, l'épouvantail de toute conviction (( sérieuse'. » iM. Guéroult déclarait que, si on lui annonçait qu'un fait surnaturel, fût-il des plus frappants, s'accomplissait à l'heure même, à côté de cho/ lui, sur la place de la Concorde, « il ne se dctourne- « rait même pas pour l'aller voir. Si de telles aven- « turcs, » ajoutait-il, « peuvent prendre place \m insa tant dans le bagage superstitieux des masses « ignorantes, elles ne provoquent cliez les hommes « éclairés, chez ceux dont l'opinion devient, avec le « temps, celle de tout le monde, que la répulsion de « la défiance et [e sourire du dédain '\ »

D'autres journaux s'employaient vaillamment à défigurer les faits. En même temps qu'il attaquait le Miracle en principe, le Siècle, malgré Icvidence des choses et l'énorme jaillissement d'une Source de cent et quelques mille litres d'eau par jour, en était encore, en sa qualité de journal avancé, à la thèse arriérée de l'hallucination et du suintement. « Il nous semble (( difficile, » disait doctoralemcnt M. Bénard, « que (( d'une liallucination, vraie ou fausse, d'une fillette « de quatorze ans et d'un suintement d'eau pure dans " une Grotte, on parvienne à faire un Miracle\ «

Quant aux guérisons miraculeuses, on s'en débarrassait d'un seul mot : « Les hydropathes aussi prtv « tendent faire les cures les plus brillantes avec l'eau

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