‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 171 sur 238 · LIVRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIÈME

" reconnaisse la nécessité d'être prudente » Les informations du journalisme n'étaient guère comparables pour l'exactitude qu'à celles qui avaient captivé la foi naïve de Son excellence M. Rouland. Le public, on le voit, était traité sans plus de respect qu'un ministre. Ainsi se forme trop souvent l'opinion de ceux que M. Guéroult appelait dans son article « les hommes crJairés^ » par allusion sans doute à ce torrent de lumières que la presse déverse sur eux.

En dehors des événements eux-mêmes et du Miracle, le centre d'attaque était rOrdonnance de l'Évêque de Tarbes. La Philosophie, au nom de l'infaillibilité de ses dogmes, s'indignait contre l'examen, contre l'étude scientifique, contre l'expérience. « Quand un halluciné envoie un mémoire sur le mouvement perpétuel ou sur la quadrature du cercle à l'Académie des Sciences, l'Académie passe à l'ordre du jour, sans perdre son temps à contrôler de telles élucubrations. 11 n'y a pas lieu à une enquête quand il s'agit de Miracle : au nom de la raison, la Philosophie passe à l'ordre du jour. Examiner les faits surnaturels, ce serait les admettre comme possibles et renier par là môme ses propres principes. En de telles matières, les preuves et les témoignages ne sont rien. On ne discute pas avec l'impossible, on hausse les épaules et tout est dit. » Tel «'tait le thème sur lequel roulait, en mille variations iiverses, la polémique ardente et irritée de la presse irréligieuse. Vainement elle s'obstinait à nier ou à dénaturer, elle avait peur de l'examen. Los fausses théo^ ries se complaisent à rester dans les ondes fuyantes et dans les brumes indécises de la spéculation pure. Par

h, Amsterdaamsche Courant du 9 septembre 1858.

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je ne sais quel instinct de conservation, elles redoutent la pleine lumière et n'osent descendre d'un pied assuré sur le ferme terrain de la méthode expérimentale. Elles devinent que la défaite les y attend.

Dans cette lutte désespérée contre l'évidence des faits et les droits de la raison, le libéralisme d'épiderme du Jcrxrnal de^ Débats s'écaillait et tombait comme un vernis de théâtre, laissant voir, presque sans pudeur, le fond d'intolérance furieuse qui se cache sous les |»hrases de parade du philosopliisme. Le Journal des Débats, par la plume de M. Prévost- Paradol, s'effrayait à l'avance de l'immense portée qu'auraient infailliblement le Rapport de la Commission et le verdict de l'Évéque, et il. partait de là pour faire appel au bras séculier et conjurer César de tout arrêter. «. 11 est « évident, » disait-il, « qu'une manifestation éclatante « de la Divinité en faveur d'un Culte dépose hautement « de sa vérité particulière, de sa supériorité sur tous « les autres et de son droit incontestable au gouverne- « ment des âmes. C'est donc un événement de nature « à amener des adhésions nombreuses, soit de la part « des dissidents, soit de la part des incrédules; en un « mot, c'est un instrument de prosélytisme. » 11 faisait ressortir en outre l'importance politique du résultat de l'enquête. « Si cette décision est favorable au Mi- « racle, elle tend jusqu'à un certain point à ron7pre « dans cette partie de la France l'équilibre entre le i pouvoir religieux et le pouvoir civil. Les ministres a d'un Culte en laveur duquel se constatent de tels • prodiges, sont d'autres personnages que ceux qu'a «prévus, organisés et réglementés le Concordat, ils « ont une autre influence sur la population, et, en cas « de conl!it, ils en disposent avec une autre autorité « que le Conseil d'État et le Préfet...

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