LIVRE HUITIÈME
« Nous avons sufllsamment constaté, » continuait l'écrivain des Débats, <( l'importance que doit avoir, à « divers points de vue, la décision de la Commission « épiscopale de Tarbes. Or il est ici une vérité dont il K fautse souvenir et que M. de iMorny vient de rappeler « avec une juste insistance au Conseil général du Puy- « de-Dôme. C'est que rien d'importan'o ne peut léga- « lement se faire en France sans l'autorisation préa- (' iahle de l'Administration. Si l'on ne peut, comme <' dit fort bien M. de Morny, remuer une pierre ou «( creuser un puits sans l'aveu de l'Administration, à « plus forte raison ne peut-on sans son aveu constater « un Miracle et fonder un pèlerinage. Quiconque s'est « occupé des affaires religieuses, et particulièrement de « l'ouverture des temples ou des écoles de communes « dissidentes, sait parfaitement que l'Autorité admi- « nistrative a. non pas un moyen, mais dix, non pas (( un article de loi, mais vingt ou trente qui lui con- (( fèrent la toute-puissance en ces matières. La réunion « de la Commission du diocèse de Tarbes peut être (( prévenue ou dissoute en cent fîiçons par le Concor- « dat, par le Code pénal, par la loi de 1824, par le dé- « cret de février 1852, par l'autorité centrale, par l'au- « torité municipale, par toutes les autorités imagina- (i blés. Bien plus, une fois prise, la décision de cette « Commission peut être annulée en fait par l'opposition « légale de l'Autorité administrative à l'érection d'une u chapelle ou au débit de l'eau merveilleuse. La même 0 A utoritéïjeut interdire etdissiper tout rassemblement '< et en poursuivre les auteurs, » etc. Parvenu à ce point, ayant a\ erti César et crié avec éclat son cavcant cunsnlcs. l'habile écrivain reprenait, pour la forme, son manteau de libéralisme. — « Où voulons-nous en venir,» disait-il hypocritement, « en constatant ce droit préventif de
« l'Administration? Est-ce pour l'exhorter à s'en servir I (( A Dieu ne plaiseM » Et il rentrait de la sorte, par une porte dérobée, dans les rangs des amis de la liberté.
Dans les départements, les journaux se faisaient l'écho des feuilles parisiennes. La bataille se livrait partout et par tous. Les sergents de lettres, les caporaux et les simples soldats allaient de l'avant, sur les pas des maréchaux de la Libre Pensée. ATarbes, VÈre impériale, inspirée par le Préfet, bourrait son escopette des arguments venus de Paris, et tirait à bout portant, tous les deux jours, contre le Surnaturel. Le petit Lavedan lui-même avait retrouvé quelques brins de poudre, — fortement mouilles, il est vrai, par l'eau de la Grotte, — et il s'efforçait, aidé, dit-on, par Jacomet, de diriger contre le Miracle son pistolet hebdomadaire, qui ratait tous les sept jours.
L'Univers, VUnioîi, la plupart des journaux catholiques, soutinrent vaillamment le choc universel. De puissants talents se mirent au service de la Vérité, plus puissante encore. La presse chrétienne rétablit la réalité de l'Histoire et dissipa les misérables arguties du fanatisme philosophique.
« Devant les faits inexpliqués auxquels la foi ou la t crédulité de la multitude attribue un caractère «surnaturel, l'Autorité civile,» disait M. Louis Veuillot, « a tranché , sans information, mais aussi « sans succès, par la négative. L'Autorité spirituelle « intervient à son tour : c'est son droit et son devoir., « Avant de juger, elle informe. Elle institue une
1 . Journal des Débats du 3 septembre 1838, article de M. Pré-vost-Paradol.