‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 183 sur 238 · LIVRE ITUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ITUITIÈME

Toutefois, malgré les i m pératives dépêches du Maître, il esaaya encore, non de lutter, ce qui était visiblement impossible, mais de masquer sa retraite et de ne pas rendre les armes publiquement.

Par suite de quelques indiscrétions de bureau, peut être aussi par le récit des personnages qui s'étaient rendus en ambassade auprès de l'Kmpereur, on savait déjà vaguement dans le public le sens des ordres expédiés de Biarritz. Ils faisaient l'objet de toutes les conversations. Le Préfet ne confirma ni ne démentit ces rumeurs. Il enjoignit àJacomet et à ses agents de ne plus faire de procès-verbaux et de cesser toute surveillance.

Une telle abstention, venant à la suite des bruits qui couraient sur les instructions de l'Empereur, devait suffire, suivant lui, pour que les choses reprissent d'elle£-méines leur cours normal, et pour que l'Arrêté tombât, de fait, en désuétude, sans qu'il fût nécessaire de le rapporter. 11 était même probable que les populations, rendues à la liberté, s'empresseraient d'arracher elles-mêmes et de jeter dans le Gave les poteaux qui portaient défense d'entrer sur le terrain communal et les barrières qui fermaient la Grotte.

M. Massy fut trompé dans ses calculs, assez plausibles d'ailleurs. Malgré l'abstention de la Police, malgré les bruits qui circulaient et qu'aucun personnage ofiiciel ne démentait, peut-être même à cause de tout cela, les populations craignirent quelque piège. Elles continuèrent d'aller prier sur la rive gauche du Gave. Les infractions eurent généralement, comme auparavant, un caractère isolé. Nul ne toucha aux poteaux ni aux barrières. Au lieu de tomber de lui-

même, comme l'avait espéré le Préfet, le statu qno se maintenait obstinément.

Étant donnés le caractère de Neapoléon III et la netteté des ordres expédiés de Biarritz, une pareille situation devenait périlleuse pour le Préfet. Le baron Massy était trop intelligent pour ne pas le comprendre. A chaque instant, il devait craindre que l'Empereur ne fût instruit tout à coup de la façon dont il essayait de louvoyer. A toute heure sans doute, il tremblait de recevoir quelque missive terrible qui le briserait à jamais et qui le rejetterait dans le néant, c'est-à-dire hors des sphères lumineuses du fonctionnarisme, dans ces ténèbres extérieures où s'agite le monde infortuné qui n'est pas officiel.

On était arrivé à la fin de septembre.

11 se trouva que, durant ces perplexités, M. Fould eut encore occasion de venir à Tarbes , et même de passer à Lourdes. Augmenta-t-il, en lui parlant du Maître, la terreur du Préfet? Le baron reçut-il quelque nouveau télégramme plus foudroyant que les deux autres? Nous ne savons. Toujours est-il que le 3 octobre, sous le- coup de quelque cause inconnue, M. Massy devint souple comme un roseau foulé sous le pied d'un passant, et que sa raideur arrogante parut faire place à une prostration soudaine et complète.

Le lendemain, au nom de l'Empereur, il donna ordre au maire de Lourdes de rapporter publiquement l'Arrêté et de faire enlever les poteaux et les barrières par Jacomet.

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