‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 192 sur 238 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

Il y avait là quelque viande froide, un peu de vin. Mme Uizan but et mangea.

— Et maintenant, dit-elle, je veux me lever.

— Ce n'est pas possible, ma mère, dit Lubine, hésitant malgrfU^lle à en croire ses yeux, et s'imaginant peut-rtre que les guérisons venues directement de Dieu étaient soumises, comme les cures ordinaires, aux lenteurs et aux précautions de la convalescence. Elle treuiblait de voir ce miracle si inespéré s'évanouir tout à coup.

Mme Rizan insista et demanda ses vêtements. Ils étaient depuis bien des mois repliés et mis à leur place dans l'armoire d'une pièce voisine. On pensait, lidas! qu'ils ne serviraient plus. Lubine sortit de la chambre pour aller les chercher. Elle rentra presque aussitôt -, mais, arrivée sur le seuil de la porte, elle poussa un grand cri et laissa tomber à terre, tant son saisissement fut grand, la robe qu'elle portait à la main.

Sa mère, durant cette courte absence, avait sauté hors du lit et était allée s'agenouiller devant la cheminée, où se trouvait la statue de la Vierge. Elle était là, les mains jointes, remerciant sa toute-puissante hbératrice.

Lubine, terrifiée comme devant la résurrection d'un mort, était incapable d'aider se mère à se vêtir. Celle-ci ramassa sa robe, s'habilla toute seule en un clin d'œi' et retomba à genoux aux pieds de l'image sacrée.

Il était environ sept heures du matin. On sortait de la première Messe. Le cri de Lubine fut entendu dans la rue par les groupes qui passaient sous ses fenêtres.

— Pauvre fille! dit-on, c'est sa mère qui vient d'ex- ])irer. U était impossible qu'elle passât la nuit.

Plusieurs personnes, amies ou voisines, entrèrent

aussitôt dans la maison pour soutenir et consoler Lubine en cette indicible douleur. Parmi elles, deux Sœurs de Sainte-Croix.

— Eh bien, ma pauvre enfant, elle est donc morte, votre bonne mère! Mais vous la reverrez au Ciel.

Et elles s'approchèrent de la jeune fille, qu'elles trouvèrent appuyée contre la porte entr'ouverte et le visage bouleversé.

Lubine put à peine leur répondre.

— Ma mère est ressuscitée, fit-elle d'une voix étranglée par une émotion si forte qu'elle ne pouvait la porter sans défaillir.

— Elle délire, pensèrent les Sœurs en pénétrant dans la chambre, suivies de quelques personnes qui montaient avec elles l'escalier.

Lubine avait dit vrai.

Mme Rizan avait quitté son lit. Elle était habillée et priait, prosternée devant l'image de Marie. Elle S3 leva et dit :

— Je suis guérie ! Remercions la sainte Vierge. Tous à genoux !

Le bruit de cet événement extraordinaire se répandit dans la ville de Nay avec la rapidité de l'éclair. Tout ce jour et le lendemain, la maison fut pleine de monde. La foule se pressait, émue et recueillie, dans cette chambre où «venait de passer un rayon de la toute-puissante bonté de Dieu. Chacun voulait voir Mme Rizan, toucher son corps rendu à la vie, se convaincre de ses propres yeux, et graver en son souvenir tous les détails de ce drame surnaturel.

M. le docteur Subervielle reconnut sans hésiter le caractère surnaturel et divin de cette guérison extraordinaire.

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