‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 194 sur 238 · LIVRE NEUVIEME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIEME

Mais M. Moreau était chrétien. Il savait que le lil de nos existences est entre les mains d'un Maître suprême devant lequel on peut toujours en appeler de la décision des docteurs de la Science. Quand l'homme a condamné, le Roi des cieux, comme les souverains de la terre, s'est réservé le droit de grâce.

— La sainte Vierge, pensa le malheureux époux, daignera peut-être écouter ma prière.

Et il s'adressa avec confiance à la Mère du Christ.

Le péril qui avait paru tout d'abord si menaçant, s'éloigna peu à peu comme un nuage noir que, dans les hauteurs de l'atmosphère, chassent et dissipent les souffles de l'air. L'horizon s'éclaircit, se rasséréna, et ne tarda pas à devenir rayonnant. Une petite fille venait de naître.

Assurément, cette heureuse délivrance n'avait rien d'extraordinaire. Le mal, quelque alarmant qu'il eût paru à M. M jreau, n'avait jamais été tel que les médecins eussent absolument désespéré. L'issue favorable de la crise pouvait donc être tout à fait naturelle. Le cœur de l'époux et du |)ère se sentait cependant pénétré de reconnaissance envers la sainte Vierge. 11 n'était pas de ces âmes rebelles à ki reconnaissance, qui ne demandent pas mieux que de douter du bienfait pour se dispenser de la gratitude.

— Comment allez-^vous nommer votre fille ? dit-on ù M. Moreau.

— Klle s'appellera Marie, répondit-il.

— Marie ? Mais c'est le nom le plus commun que nous ayons ici. Toutes les femmes du leuple, toutes les ser\antes s'appellent Marie. Et puisMuieil/o/'eau, c'est peu euphonique- Ces deux M, ces deux M ne se peuvent supporter.

Mille raisons de même valeur furent alléguées. Ce

380 NOTRZ-DAMB DE LOURDES.

fut un tulle générai. M. Moreau de Sazenay était un homme très-facile, très-accessible, et habituellement fort défèrent aux avis qu'on lui donnait ; mais, en cette circonstance, il résista à tout, aux supplications comme aux conseils : il brava les bouderies, et sa ténacité fut extraordinaire. Il se souvenait que, dans ses récentes alarmes, il avait invoqué ce nom sacré et que c'était celui de la Reine du Ciel.

— Elle s'appellera Marie : je veux qu'elle ait pour patronne la sainte Vierge. Je vous le dis en vérité, ce nom lui portera bonheur.

Oïl s'étonnait autour de lui de son obstination ; mais elle ne cédait pas plus que celle de Zacliarie, quand il voulut, comme le raconte l'Évangile, que son fds s'appelât Jean.

Vainement les obsessions redoublèrent de tous cotés; il fallut en passer par cette volonté inflexible.

La première-née de cette famille porta donc le nom de Marie.

Le père voulut en outre que, pendant trois années, elle fût vouée au blanc, la couleur de la Vierge.

Et cela futfoit ainsi.

Plus de seize ans s'étaient écoulés depuis ce que nous venons de raconter. Une deuxième enfant était née, qu'on avait appelée Marthe.

Mlle Marie Moreau faisait ses études chez les Dames du Sacré-Cœur de Bordeaux.

Vers le commencement de janvier 1858, elle fut atteinte d'une maladie d'yeux qui 1 1 força rapidement d'interron p:"e tout travail. Elle supposa que c'était quelque coup d'air, qui passerait comme il était venu; mais ses espérances furent trompées, et son état finit

Page 1