‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 195 sur 238 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

par prendre un caractère tout à feit inquiétant. Le médecin ordinaire de ia maison jugea nécessaire d'appeler en consultation un oculiste distingué de Bordeaux, M. Bermont.

Ce n'était point un coup d'air, c'était une amaurose.

— Le mal est très-grave, dit M. Bermont. L'un des deux yeux est tout à fait perdu et l'autre bien malade.

Les parents furent immédiatement avertis. La mère accourut à Bordeaux et ramena son enfant pour lui faire suivre, au sein de la famille et avec une sollicitude attentive, le traitement que le médecin oculiste avait ordonné, sinon pour guérir l'œil qui était perdu, du moins pour sauver celui qui restait encore, et qui était déjà assez atteint pour n'apercevoir les objets qu'à travers une brume absolument confuse.

Les médicaments, les bains de mer, tout ce que conseilla la Science fut inutile. Le printemps et l'automne se passèrent en ces vains efforts. Cet état déplorable résistait à tout et s'aggravait lentement. La cécité complète était imminente. M. et Mme Moreau se décidèrent à conduire leur fille à Paris pour consulter nos illustrations médicales.

Comme ils se disposaient en toute liâte à ce voyage, redoutant qu'il ne fût déjà trop tard pour conjurer le malheur qui menaçait leur enfant, le facteur de la poste leur apporta le numéro hebdomadaire d'un petit journal de Bordeaux auquel ils étaient abonnés, le Messager catholique.

C'était dans les premiers jours de novembre.

Or c'était précisément ce numéro du Messager catholique qui contenait la lettre de M. l'abbé Dupont et le récit de la miraculeuse guérison de Mme veuve Rizan, de Nay, par l'emploi de l'eau de la Grotte.

M. Moreau l'ouvrit machinalement, et ses regards

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tombèrent sur cette divine histoire. Il puliten la lisant.

L'espérance venait de s'éveiller dans Vùitq du père désolé, et son esprit ou plutôt son cœur avait eu un trait de lumière.

— Voilà, dit-il, la porte où il fout frapper. 11 est évident, ajouta- t-il avec une merveilleuse simplicité, dont nous tenons à conserver l'expression textuelle, il est évident que, si la sainte Vierge est apparue à Lourdes, elle a intérêt à y opérer des guérisons miraculeuses, pour constater et prouver la réalité de ces Apparitions. Et cela est vrai surtout dans les commencements, tant que cet événement n'est pas encore universellement accrédité.... Hâtons-nous donc! Là comme partout, ce seront les premiers arrivés qui seront les premiers servis. Ma femme ! ma lille ! c'est à Notre-Uame de Lourdes qu'il se faut adresser.

Les seize années qui s'étaient écoulées depuis la naissance de sa liile n'avaient point attiédi, on le voit, la foi de M. iMoreau.

Une neuvaine fut résolue, à laquelle s'associèrent, dans le voisinage, les compagnes et les amies de la jeune malade. Par une circonstance providentielle, un prêtre de la ville avait en ce moment chez lui une bouteille d'eau de la Grotte, de sorte que la neuvaine fut commencée presque immédiatement.

Les parents, en cas de guérison, firent vœu d'aller en pèlerinage à Lourdes et de vouer pour un an la jeune fille au blanc et au bleu, à ces couleurs de la sainte Vierge qu'elle avait déjà portées pendant trois ans, quand elle était une toute petite enfant, venant d'entrer dans la vie.

La neuvaine commença le lundi soir, 8 novembre.

Faut-il le dire? la malade ne croyait guère. La mère n'osait espérer. Le père seul avait cette foi tranquille

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