‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 196 sur 238 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

à laquelle les bienfaisantes puissances du Ciel ne résistent jamais.

Tous prii-rent en commun, dans la chambre de II. Moreau, devant une image de la sainte Vierge. La mère, la jeune malade et sa petite sœur se levèrent successivement pour se retirer et se coucher; mais le père resta à genoux.

11 se crut seul, et sa voix s'éleva a\ez une ferveur dont l'accent arrêta derrière lui sa famille pn'ta à sortir, sa famille qui nous a fait ce récit, et qui ne peut se souvenir de ce moment solennel sans frissonner encore d'émotion.

— - Sainte Vierge, disait le père, très-sainte Vierge Marie, vous devez guérir ma fille! Oui. en vérité, vous le devez. C'est pour vous une obligation, et vous ne pouvez pas vous y refuser. Songez donc, ô Marie, songe/, que c'est malgré tous, que c'est contre tous que j'ai voulu vous choisir pour être sa patronne. Vous devez vous rappeler quelles luttes j'ai eu à souffrir pour lui donner votre nom sacré. Eh bien ! sainte Vierge, pouvez-vous oublier tout cela? Pouvez vous oublier qu'alors je défendais votre nom, votre puissance, votre g'.oire. contre les insistances et les vaines raisons de ceux qui m'entouraient? pouvez-vous oublier que je mis publiquement cette enfont sous votre protection, disant et répétant à tous que ce nom, votre nom, à vous, sainte Vierge Marie, lui porterait bonheur?... C'était ma fille, j'en ai fait la vôtre. Pouvezvotis l'oublier? Kst-ce que vous n'êtes pas engagée par là. sainte \ ierge? Est-ce que vous n'êtes pas engagée d honneur, — maintenant que je suis malheureux, maintenant que nous vous prions pour notre (ille, ]i0ur la vôtre, —à venir à notre secours et à guérir sa maladie? La laisserez- vous devenir aveugle après la

foi que j'ai montrée en vous?... Non! non! c'est impossible, et vous la guérirez !

Tels étaient les sentiments que laissait éclater à voix haute le malheureux père, faisant appel au cœur de la sainte Vierge, la mettant en quelque sorte en demeure, et la sommant de payer sa dette de reconnaissance.

Il était dix heures du soir.

La jeune fille, au moment de se coucher, imbiba d'eau de Lourdes un bandeau de toile et le plaça sur ses yeux, en le nouant derrière la tête.

Son âme était agitée. Sans avoir la foi de M. Moreau, elle se disait qu'après tout la sainte Vierge pourrait bien la guérir; que, bientôt peut-être, à la fin de la neuvaine, elle aurait recouvré la lumière. Puis le doute venait, et il lui semblait qu'un miracle n'était pas fait pour elle. Toutes ces pensées roulant dans son esprit, elle eut grand'peine à s'enuormir, et ce ne fut que fort tard qu'elle trouva enfin le sommeil.

Le lendemain matin, à son réveil, son ijremier mouvement, mouvement de vague espérance et d'inquiète curiosité, fut d'enlever le bandeau qui recouvrait ses yeux.

Elle poussa un grand cri.

Tout autour d'elle, la lumière du jour naissant inondait la chambre. Et elle voyait clairement, nettement, distinctement. L'œil malade avait recouvré la santé; l'œil qui était mort était ressuscité,

— Marthe! Marthe! cria-t-elle à sa sœur, j'y voisi j'y vois ! Je suis guérie !

La jeune Martbe, qui couchait dans la même chambre, se jette au bas du lit et accourt. Elle voit les yeux de Marie entièrement débarrassés de leur voile sanglant, ses yeux noirs et brillants, dans lesquels resplendissaient la force et la vie.

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