‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 210 sur 238 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

ordinaire; et, puisque tu crois aux miracles et que tu as foi en ta religion, n'es-tu pas déjà frappé qu'un tel recours à la sainte Vierge te soit conseillé, et avec cette insistance, par deux protestants? Je te le déclare à l'avance : si tu es guéri, ce sera là, contre moi, un terrible argument.

Mme de *** joignit ses instances à celles de son mari ; M. et Mme P., qui sont tous deux catholiques, insistèrent non moins vivement. J'étais poussé dans mes derniers retranchements.

— Eh bien! leur dis-je alors, je vais vous avouer toute la vérité et vous ouvrir le fond de mon cœur. La foi ne me .manque point; mais j'ai des défauts, des faiblesses, mille misères, et tout cela tient, hélas! aux fibres les plus vivantes et les plus sensibles de ma malheureuse nature. Or, un miracle comme celui dont je pourrais être l'objet m imposerait l'obligation de tout sacrifier et de devenir un saint ; ce serait une responsabilité terrible, et je suis si lâche qu'elle me fait peur. Si Dieu me guérit, que va-t-il exiger de moi? tandis qu'avec un Médecin, j'en serai quitte avec un peu d'argent. C'est odieux, n'est-ce pas? mais telle est la triste pusillanimité de mon cœur. Vous supposiez ma foi chancelante? vous imaginiez que je craignais de voir le miracle ne pas réussir? Détrompez-vous : j'ai peur qu'il réussisse!

Mes amis cherchèrent à me convaincre que je m 'exalterais d'un côté la responsabilité dont je parlais et que je la diminuais de l'autre.

— Tu n'es pas moins obligé maintenant à la vertu que tu ne le serais à la suite de l'événement que nous supposons, me disait M. de***. Et d'ailleurs, quand même ta guérison se ferait par les mains d'un Médecin , ce n'en serait pas moins une grâce de Dieu, et

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alors tes scrupules auraient les mêmes raisons d'élever la voix contre tes faiblesses ou tes passions.

Tout cela ne me semblait point parfaitement juste, et M. de***, esprit logique s'il en fut jamais, se rendait probablement compte de ce que son raisonnement avait d'inexact; mais il voulait, autant que possible, calmer les appréhensions que je ressentais si vivement et me décider à suivre le conseil qu'il me donnait, sauf ensuite à me rappeler lui-même '.ette grave responsabilité sur laquelle il essayait a' ors de me rassurer.

Vainement je tentai encore de medél/attre contre L'insistance de plus en plus pressante le mon ami, de sa femme et de ses hôtes. Je finis, de guerre lasse, par leur promettre de faire ce qu'ils désiraient.

— Dès que j'aurai un secrétaire, leur dis-je j'écrirai à Lourdes; mais je suis arrivé d'aujourd'hui seulement,etjen'ai pas eu encore le temps d'en chercher un.

— Mais je t'en servirai! s'écria mon ami.

■— Eh bien , soit ! demain nous déjeun 3rons ensemble au café de Foy; je te dicterai une l3ttre après déjeuner.

— Pourquoi pas tout de suite? me dit-il vivement. Nous gagnons un jour.

Il y avait dans la chambre voisine du papier et de l'encre. Je lui dictai une lettre pour M. le Curé de Lourdes, et elle fut mise à la poste le soir même.

Le lendemain, M. de *** vint chez moi.

— Mon bon ami, me dit-il, puisque le sort en est jeté et que tu vas décidément tenter la chose, il faut la faire sérieusement et te mettre dans les conditions requises pour qu'elle réussisse, sans quoi l'expérience serait absolument vaine. Fais les prières nécessaires,

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