‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 216 sur 238 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

que la sainte Vierge pourrait bien le guérir; mais elle ne fit aucune attention à ces paroles, qu'elle considéra comme un propos d'enfant.

De retour à Bordeaux, — car un peu avant cette époque j'avais reçu mon changement et nous étions venus habiter ici, — l'enfant était absolument dans le même état.

C'était au mois d'août de l'année dernière.

Tant de vains efforts, tant de science dépensée san^^ résultat par les meilleurs médecins, tant de soins perdus finirent, et certes vous le comprenez, par nous jeter dans le plus profond abattement. Découragés par l'inutilité de ces diverses tentatives, nous cessâmes toute espèce de remède, laissant agir la nature et nouè résignant au mal inévitable qu'il plaisait au Créateur de nous envoyer. 11 nous semblait que tant de souffrance avait en quelque, sorte redoublé notre amour pour cet enfant. Notre pauvre Jules fut soigné par sa mère et par moi avec une tendresse égale et une sollicitude de toutes les heures. Le chagrin nous a vieillis l'un et l'autre de bien des années. Tel que vous me voyez, Monsieur, je n'ai que quarante-six ans. »

Je regardai ce pauvre père; et, devant ce mâle visage sur lequel la douleur avait laissé ses marques, mon cœur se sentit vivement ému. Je lui pris la main et la lui serrai avec une cordiale sympathie et une profonde commisération.

f< — Cependant, reprit-il, les forces de l'enfant dimmuaient visiblement. Depuis deux ans, il n'avait pas pris un seul aliment solide. Ce n'était qu'à grands

frais, par une nourriture liquide que tout notre génie s'employait à rendre substantielle, par des soins exceptionnels, que nous avions pu prolonger sa vie aussi longtemps. 11 était devenu d'une maigreur effrayante. Sa pâleur était extrême; il n'y avait plus de sang sous sa peau : on eût dit une statue de cire. Il était visible que la Mort s'avançait à grands pas. Elle était plus que certaine, elle était imminente. Ma foi, Monsieur, quelque démontrée que fût pour nous l'impuissance de la Médecine, je ne pus, dans ma douleur, m'empêcher de frapper encore à cette porte. Je n'en connaissais pas d'autre en ce monde.

Je m'adressai au médecin le plus éminent de Bordeaux, à M. G intrac père.

M. Gintrac examina le gosier de l'enfant, le sonda et constata, outre ce rétrécissement extrême qui bouchait presque entièrement le canal alimentaire, des rugosités du plus mauvais signe.

Il hocha la tête et me donna peu d'espoir. Il vit mon anxiété terrible.

— Je ne dis pas qu'il ne puisse guérir, ajouta-t-il; mais il est bien malade.

Ce furent ses propres paroles.

Il jugea absolument nécessaire d'employer les remèdes locaux : d'abord des injections, puis le contact d'un linge imbibé d'éther. Mais ce traitement bouleversait mon fils; devant ces résultats, le chirurgien, M. Sentex, interne de l'hôpital, nous conseilla luimême de le cesser.

Dans une de mes visites au docteur Gintrac, je lui fis part d'une idée qui me préoccupait.

— Il me semble, lui dis-je, que, si Jules voulait. il pourrait avaler. Feut-être cette difficulté ne provient-elle que de la crainte, peut-être n'avale-t-il jias

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