‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 218 sur 238 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

Cette foi si pleine et si entière était d'autant plus extraordinaire, que nous n'avions pas élevé notre enfant dans les habitudes d'une dévotion exagérée. M& femme accomplissait ses devoirs religieux, mais c'était tout ; et, quant à moi, j'étais, comme je viens de vous le dire, dans des idées philosophiques tout à fait différentes.

Le 1 2 février, le temps s'annonça comme devant être magnifique. Nous prîmes le train de Tarbes.

Pendant toute la route, l'enfant fut gai, plein d'une foi absolue en saguérison, d'une foi... renversante.

— Je guérirai, me disait-il à chaque instant. Tu verras. Bien d'autres ont guéri : pourquoi pas moi? La sainte Vierge va me guérir.

Et moi, monsieur, j'entretenais, sans la partager, cette confiance si grande, cette confiance que je qualifierais d' «étourdissante,» si je ne craignais de manquer de respecta Dieu, qui la lui inspirait.

A Tarbes, à l'hôtel Dupont, où nous descendîmes, on remarqua ce pauvre enfant si pâle, si malingre et en même temps d'un aspect si doux, si charmant. On l'aima rien qu'en le voyant. J'avais dit à l'hôtel le but de notre voyage. Dans les vœux que firent pour nous ces braves gens, il se mêlait comme un heureux pressentiment. Et quanl nous partîmes, je vis bien qu'on attendait notre retour avec impatience.

A tout événement et malgré mes doutes, je pris avec moi une petite boîte de biscuits.

Quand nous arrivâmes à la crypte qui est au-dessus de la Grotte, la Messe se disait. Jules pria avec une foi qui était visible sur tous ses traits, avec une ardeur vraiment céleste. Il était tout transfiguré, ce pauvre ange !

Le prêtre fut frappé de sa ferveur; et. quand iî eut

quitté l'autel, il ressortit presque aussitôt de la sacristie et s'avança vers nous. Une bonne pensée lui était venue en voyant ce pauvre petit. Il m'en lit part, et, se retournant vers Jules, encore agenouillé :

— Mon enfant, lui dit-il, voulez-vous que je vous consacre à la sainte Vierge?

— Oh! oui, répondit Jules.

Le prêtre procéda aussitôt à cette très-simple cérémonie et récita sur mon fils les formules de IT.glise.

— Et maintenant, s'écria l'enfant, avec un accent dont la parfaite confiance me frappa; et maintenant, papa, je vais guérir.

Nous descendîmes à la Grotte. Jules s'agenouilla devant la statue de la Vierge et pria . Je le regardais, et je vois encore l'expression de son visage, de son attitude, de ses mains jointes.

Il se leva : nous allâmes devant la fontaine.

Ce moment était terrible.

Il lava son cou et sa poitrine. Puis, il prit le verre et but quelques gorgées de l'eau miraculeuse.

Il était calme, heureux; il était gai, il était rayonnant de confiance.

Pour moi, je tremblais etfrémissais à défiiillir devant cette épreuve suprême. Mais je contenais, quoique avec peine, mon émotion. Je ne voulais pas lui laisser voir mon doute.

— Essaye maintenant de manger, lui dis-je en lui tendant un biscuit.

Il le prit : et je détournai la tête, ne me sentant pas ia force de le regarder.

C'était, en effet, la vie ou le trépas de mon fils qui allait se décider. Dans cette question, formidable pour le cœur d'un père, je jouais en quelque sorte ma dernière carte- Si j'échouais, mon bien-aimé Jules était

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