‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 219 sur 238 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

mort. L'épreuve était décisive, et je ne pouvais affronter ce spectacle.

Je fus bientôt tiré de cette angoisse poignante.

La voix de .Iules, une voix joyeuse etdouce, me cria:

(( — Papa! j avale, je puis manger: j'en étais sûr, j'avais la foi ! »

Quel coup, monsieur! Mon enfant, déjà la proie du tombeau, était sauvé, et cela soudainement. Et moi, iiioi, son père, j'assistais à cette éclatante résurrection.

Eh bien! monsieur, pour ne pas troubler la foi de mon nis, j'eus la force de ne pas paraître étonné.

— Oui, mon Jules, cela était certain et il n'en pouvait être autrement, lui dis-je d'une voix que toute l'énergie de ma volonté parvint à rendre calme.

Et cependant, monsieur, il y avait en moi toute une tempête. Que l'on eût ouvert ma poitrine, et on l'eût trouvée toute brûlante, comme si elle eût été pleine de feu.

Nous renouvelâmes l'expérience. Il mangea encore quelques biscuits, non-seulement sans difficulté, mais avec un appétit croissant. Je fus obligé de le modérer.

J'avais besoin de crier mon bonheur, de remercier Dieu.

— Attends-moi, dis-je à Jules, et prie la bonne Vierge. Je monte à la Chapelle.

Et, le laissant un instant agenouillé à la Grotte, je courus annoncer au prêtre cette heureuse nouvelle. J'étais dans une sorte d'égarement. Outre ma félicité, si inattendue et si brusque qu'elle en était terrible, outre le bouleversement de mon cœur, j'éprouvais en mon ame, en mon esprit, un trouble inexprimable. Une révolution se faisait dans mes pensées, confuses, agitét'S, tumultueuses. Toutes mes idées philosophiques chancelaifcnl ou s'écroulaient en moi-même.

43A NOÎTRE-DÀME DE LOURDES.

Le prêtre descend en toute hâte, et il aperçoit Jules achevant son dernier biscuit. L'Évoque de Tarbes se trouvait précisément ce jour-là h la Chapelle : il voulut voir mon fils. Je lui racontai la cruelle maladie qui venait d'avoir un si heureux terme. 'J'out le monde caressait l'enfant, tout le monde se réjouissait avec moi.

Moi, cependant, je pensais à la mère et au bonheur qu'elle allait avoir. Avant de rentrer à l'hôtel, je courus au télégraphe. Ma dépêche ne contenait qu'un seul mot : (( Guéri ! »

A peine était-elle partie que j'eusse voulu la ressaisir: (( — Peut-être, me disais-je, que je me suis trop hâté. Qui sait s'il n'y aura pas de réduite ? »

Je n'osais pas croire au bonheur qui m'arrivait; et quand j'y croyais, il me semblait qu'il allait m'échapper: '• -

Quant à l'enfant, il était heureux sans le moindre mélange d'inquiétude. Il était éclatant dans sa joie et dans sa pleine sécurité.

— Tu vois bien, papa, me répétait-il à chaque instant, il n'y avait que la sainte Vierge qui pouvait me guérir. Quand je te le disais, j'en étais bûr.

A l'hôtel, il mangea d'un excellent appétit. Je ne pouvais me lasser de le regarder manger.

Il voulut revenir et revint à pied à la Grotte remercier sa libératrice.

— Tu seras bien reconnaissant envers la sainte Vierge ? lui dit un prêtre.

D'un geste il montra l'image de la Vierge, puis le Ciel.

~ Ah î je ne l'oublierai jamais ! s'écria-t-il.

A Tarbes, noiis nous arrêtâmes à l'hôtel où nous étions desceiidus la veille. On nous attendait. On avait

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