‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 220 sur 238 · LIVRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIÈME

(il me semble que je vous l'ai déjà dit) je ne sais quel heureux pressentiment. Ce fut une joie extraordinaire. On se groupait autour de nous pour le voir manger avec un sensible plaisir de tout ce que Ton servait sur Ja table, lui qui, la veille encore, ne pouvait avaler que quelques cuillerées de liquide. Ce temps me semblait déjà bien loin de moi.

Cette maladie, contre laquelle avait échoué la science des plus habiles médecins et qui venait d'être si miraculeusement guérie , avait duré deux ans et dix-sept jours.

Nous avions hâte de revoir la mère. Nous prunes l'express de Bordeaux. L'enfant était rompu de fatigue par le voyage, et je dirais aussi par les émotions, n'était sa paisible et constante sérénité en présence de cette guérison soudaine, qui le comblait d'allégresse, mais qui ne l'étonnait pas. Il désira se coucher en arrivant. 11 était accablé de sommeil, et ne soupa point. Quand elle le vit ainsi appesanti, brisé, refusant de manger, sa mère, qui était mourante de joie avant notre retour, fut saisie par un doute affreux. Elle était désolée. Elle me disait que je l'avais trompée, et j'avais toutes les peines du monde à me faire croire. Quel ne fut pas son bonheur, lorsque, le lendemain, notre Jules, assis à notre table, déjeuna avec nous, et de meilleur appétit que nous-mêmes! C'est alors seulement qu'elle fut tranquille et rassurée.

— Et depuis ce moment, lui demandai-je, n'y a-t il eu aucune rechute, aucun accident?

« — Non, monsieur, absolument rien. Je ne puis dire que la guérison fit des progrès ou se consolida, attendu qu'elle avait été aussi complète qu'instanla-

née. La transition d'une maladie si ancienne et si rebelle a cette guérison si entière, si absolue, s'était faite sans la moindre gradation comme sans aucune commotion apparente. iMais la santé générale s'améliora à Yue d'œil, sous l'influence d'un régime répa^ rateur, dont il était temps que mon pauvre (ils éprouvât les salutaires elfets. »

— Et les Médecins? Ont-ils constaté, par une déclaration, létat antérieur de Jules? C'était assurér-^ent de toute justice.

« — Je le pensais comme vous, Monsieur, et je pressentis à ce sujet le docteur de Bordeaux qui avait en dernier lieu soigné mon enfant ; mais il se tint dans une réserve qui excluait toute insistance de ma part. Quant au docteur Roques, de Toulouse, à qui j'écrivis aussitôt, il s'empressa de reconnaître hautement In caractère miraculeux du fait qui venait de s'accomplir et qui était tout à fait en dehors de la puissance d»; la Médecine. « En présence de cette guérison si long- <c temps désirée et si promptement obtenue, » mr disait- il, « comment ne pas quitter l'étroit horizon des a explications scientifiques, pour ouvrir son âme à la « reconnaissance sur un événement si étrange, dans !< lequel la Providence semble obéir à la foi d'un « enfant? »

Il repoussait énergiquement, cumiijc médecin, les théories qu'on ne manque pas d'invoquer en pareille circonstance : « stimulation morale, effets de l'imagination, » etc., pour proclamer avec franchise dans ce fait « Taction précise, positive, d'une existence supéu rieure se révélant et s'imposant à la conscience. » Telle était, monsieur, l'appréciation de M. Roques, ^ médecin à Toulouse, qui connaissait aussi bien que moi-même l'état antérieur et la maladie de mon fiîs.

Page 1