LIVRE DIXII-ME
Voici l'original de sa lettre ; elle est datée du 24 février.
Au reste, les faits que je viens de vous raconter étaient d'une notoriété telle, que personne ne s'aviserait de les contester. Il reste surabondamment établi que la Science a été radicalement impuissante contre l'étrange maladie dont Jules était atteint. Quant à la cause de la guérison, chacun peut l'apprécier et la juger suivant le point de vue où il se place. Pour moi, qui, avant ce fait extraordinaire, ne croyais qu'à des actions purement naturelles, j'ai bien vu qu'il me fallait chercher des explications dans un ordre plus élevé; et chaque jour je fais remonter ma reconnaissance vers Dieu, qui, en mettant d'une façon inespérée un terme à une longue et cruelle épreuve, m'a saisi par le côté le plus sensible pour me faire incliner vers Lui. »
— Je comprends là-dessus votre pensée et votre sentiment, et il me semble, comme à vous, que tel était le plan de Dieu.
Après avoir dit ces mots, je demeurai un long moment silencieux et absorbé dans mes réflexions.
La conversation revint d'elle-même sur l'enfant miraculeusement guéri. Le cœur du père se tournait toujours de ce côté, comme vers le Nord l'aiguille de la boussole.
« — Depuis cette époque, me dit-il, il est d'une piété angélique. Vous allez le voir. La noblesse de ses sentiments se lit sur son visage. Il est bien né, sa nature est droite et élevée. Il est incapable d'un mensonge ou d'une bassesse. Mais sa piété a développé au piqs hau^ degré ses qualités natives, V fait ses études
dans une pension voisine, chez M. Conangle, dans la rue du Mirait. Le pauvre enfant a rattrapé bien vite le temps qu'il avait perdu. Il aime l'étude. 11 est le premier de sa classe. A la dernière distribution, il a eu le prix d'excellence. Mais avant tout il est le plus sage, le plus doux, le meilleur. Il est le bien-aimé de ses maîtres et de ses camarades. Il est notre joie, notre consolation.... »
En ce moment la porte s'ouvrit, et Jules entra avec sa mère dans la pièce où nous nous trouvions. Je lui pris la tête et l'embrassai avec attendrissement. La tlamme de la santé rayonne sur son visage. Son front, large et haut, est magnifique; son attitude a une modestie et une fermeté douce qui inspirent un secret respect. Ses yeux, très-grands et très-vifs, reflètent une intelligence rare, une pureté absolue, une belle ame.
— Vous êtes un heureux père, dis-je à M. Lacassagne.
— Oui, monsieur, bien heureux. Mais nous avons bien souffert, ma pauvre femme et moi.
— Ne vous plaignez pas, lui dis-je en nous éloignant un peu de Jules. Ce chemin de douleurs était la voie qui vous conduisait des ténèbres à la lumière, de la mort à la vie, de vous-même à Dieu. A Lourdes, la sainte Vierge s'est montrée deux fois la mère des vivants. Elle a donné à votre fils la vie temporelle pour vous donner, à vous, la Vie véritable, la Vie qui ne doit point finir.
Je quittai cette famille bénie de Dieu ; et, sous l'impression de ce que j'avais entendu et vu, j'écrivis, le cœur tout ému, ce que je viens de raconter.