LIVRE ONZIÈME
Retournons à Lourdes.
Le temps avait marché. L'activité humaine s'était mise à l'œuvre.
Les abords de la Grotte où la Vierge était apparue avaient changé d'aspect. Sans rien perdre de sa grandeur, ce lieu sauvage et abrupt avait pris une physionoîiiie gracieuse, douce et vivante. Encore inachevée, mais peuplée d'ouvriers en travail, une église superbe, fièrement jetée sur le sommet des Roches Massabielle, s'élevait joyeusement vers le ciel. Le grand tertre escarpé et inculte, par où jadis les pieds montagnards avaient peine à descendre, était revêtu de gazon vert, planté d'arbustes, semé de fleurs. Parmi les dahlias et les roses, parmi les marguerites et les violettes, à l'ombre des acacias et des cytises, un vaste sentier, large comme un chemin, serpentait en lacets sinueux, et allait de l'église à la Grotte.
La Grotte était fermée d'une grille, à la façon d'un sanctuaire. A la voûte était suspendue une lampe d'or. Sous ces roches agrestes, que la Vierge ayait foulées
de son pied divin, des faisceaux de cierges brûlaient nuit et jour.
Hors de cette enceinte close, la Source miraculeuse alimentait trois forts tuyaux de bronze. Une piscine, cachée aux regards par une petite construction, permettait aux malades de se plonger dans l'onde bénie.
Le ruisseau du moulin de Sâvi ava:i changé de place. On l'avait repoussé en amont, du côté du Gave. Le Gave lui-même avait reculé, pour laisser passer une' belle route qui conduisait à ces Roches Massabielle, naguère si complètement inconnues, aujourd'hui si illustres. En aîal, sur les rives du fleuve, le sol avait été aplani, et formait, sur toute l'étendue d'une longue pelouse, une magnifique promenade bordée d'ormes et de peupliers.
Tous ces changements s'étaient accomplis et s'accomplissaient encore au milieu de l'incessante affluence des croyants. Les gros sous jetés dans la Grotte par la foi populaire, les ex-voto reconnaissants de tant de malades guéris, de tant de cœurs consolés, de tant dames ressuscitées à la vérité et à la vie, faisaient seuls les frais de ces labeurs gigantesques, dont le devis général approchait de deux millions de francs. — Quand Dieu, dans sa bonté, daigne appeler les hommes à coopérer directement à quelqu'une de ses œuvres, il n'emploie ni soldats, ni gariiisaires, ni gendarmes pour lever ses impôts, et il n'accepte de la cr(''ature de ses mains qu'un concours entièrement volontaire. Le Maître du monde répudie la contrainte, car il est le Dieu des âmes libres: et il ne consent à recevoir d'autres tributs que les dons spontanés qui lui sont offerts, d'un ctiur heureux et avec une pleine indépendance, par ceux dont il est aimé.
Ainsi s'élevait ré2:lise. ainsi se déplaçaient îe ruis-