‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 224 sur 238 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

— Celle qui de ce roc stérile a fait jaillir la Source vive, saura bien rendre généreux les cœurs des croyants, répliqua le Prêtre. Allez, et ne craignez point. Pourquoi tremblez-vous, chrétiens de peu de foi?

Le temple s'éleva dans les proportions marquées par l'homme de Dieu.

Souvent le curé Peyramale, considérant ces divers travaux :

— Quand donc, disait-il, me sera-t-il donné d'assister, au milieu des Prêtres et des Fidèles, à la première procession qui viendra inaugurer en ces lieux bénis le culte public de l'Église catholique? Ne devraije pas chanter en ce moment mon Nnnc dimittk et n'expirerai-je point de joie à cette fête?

Ses yeux se remplissaient de larmes à cette pensée. Jamais désir ne fut, au fond d'une âme, plus ardent et plus caressé que ce vœu innocent d'un cœur tout épris de Dieu.

Parfois, aux heures où il y avait le moins de monde aux Roches Massabielle, une petite fille venait s'agenouiller humblement devant le lieu de l'Apparition et boire à la Source. C'était une enfant du peuple, pauvrement vêtue. Rien ne la distinguait du vulgaire, et, à moins que quelqu'un parmi les pèlerins ne la connut ou ne la nommât aux autres, nul ne devinait que ce fût là Bernadette. La privilégiée du Seigneur était rentrée dans l'ombre et le silence. Elle allait toujours à l'école des Sœurs, où elle était la plus simple et aurait voulu être la plus effacée. Les visites innombrables qu'elle y recevait ne troublaient point cette âme paisible, où vivaient pour toujours le souvenir du cielentr'ouvertet l'image de la Vierge incompa-

r;ible. Bernadette conservait ces choses en son cœur. Les peuples cependant accouraient de toutes parts, les miracles s'accomplissaient et le temple s'élevait. Et Bernadette, de même que le saint curé de Lourdes, attendait comme le plus fortuné des jours après ceux de la visite divine, celui où elle verrait de ses yeux les Prêtres du vrai Uieu conduire eux-mêmes les Fidèles \a croix en tête et bannières déployées, à la Roche de l'Apparition.

Malgré le mandement de l'Évêque, l'Église, en effet, n'avait encore pris possession, par aucune cérémonie pubhque, de cette terre à jamais sacrée. Cette prise de possession eut heu solennellement le 4 avril 1864, par l'inauguration et la bénédiction d'une superbe statue de la sainte Vierge, qui fut placée, avec toute la pompe usitée en pareil cas, dans cette niche rustique, bordée de plantes sauvages, où la Mère de Dieu était apparue à la fille des hommes*.

Le temps était magnitique. Le jeune soleil du printemps s'était levé et s'avançait dans un dôme d'azur, que ne ternissait aucun nuage.

La ville de Lourdes était pavoisée de fleurs, d'oriflam-

1 . Celte statue, en beau marbre de Carrare, de grandeur naturelle, fut olTerte à la Giotte de Lourdes par deux nobles et pieuses sœurs du diocèse de Lyon, mesdames de Lacour. Klle hit exécutée, sur les minutieuses indications de Bernadette, par M. Fabii-h, 1 éminenl sculpteur lyonnais. La Vierge est représentée telle que l'a décrite la Voyante, avec un scriiî»uleux respect des moindres détails et un rare talent d'exécution.

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