‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 225 sur 238 · LIVRE ONZIÈME. 4i · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME. 4i

mes. de guirlandes, d*arcs de triomphe. A la haute tour de la paroisse, à toutes les chapelles de la cité, à toutes les églises des environs, les bourdons, les cloches et les campaniles sonnaient à toute volée. Des peuples immenses étaient accourus à cette grande fête de la Terre et du Ciel. Une procession, comme on n'en avait jamais vu de mémoire d'homme, se mit en marche pour aller de l'église de Lourdes à la Grotte de l'xApparition. Des troupes, avec toutes les richesses et tout l'éclat de l'appareil militaire, tenaient la tête. A leur suite, les confréries de Lourdes, les Sociétés de secours mutuels, toutes les Corporations de ces contrées, portant leurs bannières et leur croix; la Congrégation des Enfants de Marie, dont les traînantes robes avaient l'éclat de la neige ; les Sœurs de Nevers, avec leur long voile noir; les Filles de la Charité, aux grandes coiffes blanches; les Sœurs de Saint- Joseph, enveloppées dans leur manteau sombre; les ordres religieux d'hommes, les Carmes, les Frères de l'Instruction et des Écoles chrétiennes; des multitudes prodigieuses de pèlerins, hommes, femmes, enfants, vieillards; cinquante à soixante mille hommes, rangés en deux interminables liles, serpentaient le long du chemin fleuri qui conduisait aux Roches illustres de Massabielle. D'espace en espace, des ch<i"urs de voix humaines et d'instruments faisaient entendre des fanfares, des cantiques, toutes les explosions de l'enthousiasme populaire iùisuite, fermant ce cortège inouï, s'avançait solennellement, entouré de quatre cents prêtres en habit de chœur, de ses grands vicaires, des dignitaires et du chapitre de son église cathédrale, tres-baut et très- < minent Prélat, Sa Grandeur Monseigneur Bertrand- Sévère Laurence, évêque de Tarbes. la mitre au front, revêtu de son costume pontillcal, d'une main béni /

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sant les peuples, de l'autre s'appuyant sur son grand bâton d'or.

Une émotion indescriptible, une ivresse comme en connaissent seules les multitudes chrétiennes assemblées sous le regard de Dieu, remplissait tous les cœurs. 11 était enlln venu, après tant de peines, tant de luttes, tant de traverses, le jour du triomphe solennel. Des larmes de bonheur, d'enthousiasme et d'amour coulaient sur les visages émus de ces peuples, remués par le souffle de Dieu.

Quelle joie indicible devait, au milieu de cette fête universelle, remplir le cœur de Bernadette, marchant sans doute en tête de la Congrégation des Enfants de Marie! Quels sentiments d'écrasante félicité devaient inonder l'âme du vénérable Curé de Lourdes, chantant sans doute, à côté de l'Évoque, YHomnna de la victoire divine! Ayant été tous deux à la peine, le moment était pour eux venu d'être tous deux à la gloire.

Hélas! parmi les Enfants de Marie, on cherchait en vain Bernadette; parmi le Clergé qui entourait le Prélat, on cherchait en vain le Curé Peyramale. 11 est des joies trop fortes pour la terre et qui sont réservées pour le Ciel. Ici-bas, Dieu les refuse à ses fils les plus chers.

A cette heure où tout était en fête, et où le soleil heureux éclairait le tiiomphe des fidèles et des croyants, le Curé de Lourdes, atteint d'une maladie que l'on jugeait mortelle, était en proie à d'atroces souffrances physiques. 11 était étendu sur son lit de douleur, au chevet duquel veillaient et priaient nuit et jour deux religieuses hospitalières. Il voulut se faire lever pour voir passer le grand cortège ; mais les forces lui manquèrent , et il n'eut même pas la vision fugitive de

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