‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 78 sur 238 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

— Cependant, hasardait quelqu'un, on prétend que l'eau coule.

— Pas le njoins du monde , s'écriaient plusieurs voix. Nous y sommes allés : c'est tout simplement une flaque d'eau. Le peuple, avec son exagération, prétend aujourd'hui que l'eau coule. Ce n'est pas vrai : nous avons vérifié la chose hier, dès les premiers bruits, et ce n'est qu'une mare boueuse.

Ces déclarations suffirent et prirent consistance dans le monde philosophique et savant. Ce fut la version officielle, acceptée, certaine, incontestable. Telle est même chez les incrédules la crédulité à tout ce qui semble servir leur thèse, telle est en ces matières l'absence complète d'examen chez ces sectateurs du Libre Examen, telle est l'obstination de leur parti pris contre les faits les plus patents , qu'un mois et demi après cette époque et malgré l'écrasante évidence d'une Fontaine puissante et fournissant, comme chacun peut le vérifier, plus de CENT MILLE LITRES par jour, cette négation absolue de toute source, cette version impudente de « la mare i) avait cours et s'imprimait encore audacieusement dans les journaux de la pensée indépendante. Ce serait à ne pas le croire, si au hasard nous n'en donnions en note , au bas de la page, une preuve tirée du journal officiel du département \

Quant aux guérisons , on les niait provisoirement,

\ . L'Ère impènaJe imprimait ceci sur le numéro du 1 0 avril, c'est-à-dire six semaines après le jaillissement de la Source, dans un article sur la Grotte, au sujet de la chapelle qu'il était déjà question d'y construire :

« Pour élever un saint édifice, on pourrait choisir une aulre « cause que les déclarations d'une fillette hallucinée, et un « autre heu que \A MAUE où elle fait sa toilette. »

L'auteur de ce livre a voulu se rendre un compte exact de Li

comme on niait la Source. Toutes, sans exception, étaient absolument repoussées avec des haussements d'épaules et des rires bruyants, comme Tétait celle de Louis Bourriette.

■— Bourriette n'est pas guéri, disait l'un.

— Il n'a jamais été malade, disait l'autre.

— 11 s'imagine être guéri, il croit y voir, insinuait un jeune homme de l'école de Renan.

— L'imagination a quelquefois sur les nerfs un effet surprenant, répondait un physiologiste.

— Bourriette n'existe pas, s'écriait brutalement un nouveau venu, plus radical.

Ces quatre ou cinq formules résumaient l'attitude des têtes philosophiques au sujet de ces guérisons extraordinaires, dont la pauvre multitude faisait tant de bruit.

On s'étonnait que des hommes sérieux et instruits, comme M. Dufo, à cette époque bâtonnier de l'ordre des avocats, comme le docteur Dozous, comme M. Estrade, comme le commandant de la garnison, comme l'intendant militaire en retraite, M. de Laffitte, eussent l'inconcevable faiblesse de se laisser séduire par tout ce qui se passait.

Durant ce jour si chargé d'événements, Bernadette avait été appelée dans la Chambre du Tribunal, avant ou après l'audience, et la dialectique exercée du Procureur impérial, du Substitut et des Juges, avait été aussi impuissante à la faire varier ou se contredire

puissance de cette Source miraculeuse. Il en a fait lui-même mesurer le débit sous ses yeux. Par ses trois tuyaux et par le canal qui conduit à la piscine, elle donne 85 litres par mi- Tiute, soit, par heure, 5,100 litres, et, par jour, 122,400 litres. Voilà ce qu'on eut l'incroyable impudence d'appeler un suintement et une mare 1

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