LIVRE QUATRIÈME
la foule? De bonnes âmes ne s'étaient - elles point laissé quelquefois tromper par de faux miracles, soit qu'ils provinssent de l'imposture, de rtiallucination ou des artifices du Mauvais ? Toutes ces questions se posaient d'elles-mêmes et lui faisaient un devoir de procéder avec une extrême prudence.
L'idée de faire une enquête officielle se présentait tout naturellement à sa pensée ; et l'opinion publique, désireuse d'une solution, pressait l'Autorité épiscopale de prendre officiellement en main l'examen de cette affaire et de prononcer son jugement. Avec une merveilleuse sûreté de vue, l'Évêque comprit que l'agitation même des populations nuirait à la maturité et à la sûreté de l'enquête. Il eut la difficile sagesse de résister à la pression universelle. Il résolut donc de laisser les choses suivre leur cours, de laisser des événements nouveaux se produire, et une évidence éclatante se faire d'elle-même dans le sens de la vérité, quelle qu'elle fût.
« — L'heure n'est point venue pour l'Autorité épiscopale de s'occuper de cette affaire. Pour asseoir le jugement qu'on attend de nous, il faut procéder avec une sage lenteur, se défier de l'entraînement des premiers jours, donner le temps à la réflexion, et demander des lumières à une observation attentive et éclairée*.»
Tel fut son langage.
11 maintint donc la défense faite au Clergé de se rendre à la Grotte. Mais en même temps, de concert avec M. le Curé de Lourdes, il prit toutes sortes de mesures pour se faire renseigner chaque jour, par des témoins
1. Paroles de l'Ordonnance rendue plus tard par Mgr l'Évêque de Tarbes.
^50 ÎTOTRE-DAME DE LOURTES.
d'une loyauté à toute épreuve et d'une capacité reconnue, sur tout ce qui se passerait aux Roches Massabielle, et sur toutes les guérisons yraies ou fausses qui pourraient encore avoir lieu.
Par suite de l'attitude pleine de réserve adoptée par Sa Grandeur, l'enquête allait pour ainsi dire se faire d'elle-même, publiquement et contradictoirement, non par une commission de quelques personnes, mais par l'intelligence de tous et par la force des choses. S'il y avait dans cette affaire quelque erreur ou quelque supercherie, le monde incroyant, si profondément animé contre la superstition populaire, ne tarderait pas à les découvrir et à les proclamer, preuves en mains. Si, au contraire, l'événement avait un caractère divin, il triompherait seul des obstacles et montrerait sa vitalité intrinsèque en se passant de tout appui. Il n'en aurait alors, aux yeux de tous les esprits droits, qu'une autorité plus incontestable.
L'Évêque prit donc le parti de demeurer, quoi qu'il advînt, et aussi longtemps que possible, au moins quelques mois, dans cette attitude d'observation, et d'attendre, pour intervenir, que les événements eux-mêmes lui forçassent la main.
Tandis que l'Évêché se renfermait dans cette extrême circonspection, l'Autorité civile, en présence de ce qui se passait à Lourdes, était dans la plus grande perplexité. La préfecture de Tarbes était occupée par M. Massy; le Ministère des Cultes, par M. Rouland.
Catholique sincère mais indépendant, M. le baron