‹ Notre-Dame de LourdesChapitre 85 sur 238 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

ment une grande qualité, mais à la condition de ne jamais faire erreur et d'être toujours dans le bon chemin. Quand on a ie malheur de s'engager étourdiment dans une impasse, cette qualité devient un grand vice et on finit par se casser la tête contre les n^urs.

Jusqu'à cette époque le Préfet et l'Évêque avaient vécu en parfaite entente. M. Massy était catholique, non-seulement dans ses croyances , mais encore dans ses pratiques Tout le monde rendait justice à la régularité de ses mœurs, à ses vertus domestiques, et l'Évêque l'appréciait. Le Préfet , de son côté, ne pouvait s'empêcher d'admirer et d'aimer les éminentes qualités de Mgr Laurence. La prudence de ce dernier, unie à sa connaissance des hommes, avait toujours évité les occasions de conflit entre l'Autorité spiri^ tuelle et l'Autorité temporelle, de sorte que nonseulement la paix, mais la plus cordiale harmonie, régnaient entre le chef du Diocèse et le chef du Département.

M. Massy, tenu au courant des événements de Lourdes par les rapports de M. Jacomet, en qui il avait une foi véritablement aveugle , n'imita pas la sage réserve de l'Évêque. Il se laissa aller à sa première impression; et, ne croyant en rien à la possibilité de telles Apparitions et de tels Miracles, s'imaginant en lui-même qu'il pourrait arrêter dès qu'il lui plairait ce débordement populaire , il se prononça nettement, et résolut d'étouffer dans son berceau cette superstition nouvelle qui , à peine née , semblait menacer de grandir si rapidement.

— Si j'avais été préfet de l'Isère lors des prétendues Apparitions de la Salette, disait-il souvent, j'en aurais bien vite eu raison, et il en eût été de cette légende comme il en sera bientôt de celle de Lourdes. Toute cette fantasmagorie va rentrer dans le néant.

Au lieu d'attendre que l'Autorité religieuse, qui seule était compétente, jugeât opportun de prendre en main l'examen de cette affaire extraordinaire, M. le Préfet décida donc par avance la question dans le sens de ses préventions antisurnaturelles. L'Évêque, en sa patience, prenait du temps pour dénouer le nœud gordien ; M. Massy, dans son impétuosité, trouvait préférable de le trancher brusquement. Ces tours de force ont réussi parfois à l'épée d'Alexandre; mais l'épée de parade d'un Préfet risque de s'y trouver impuissante. A un pareil labeur, celle de M. Massy devait s'émousser d'abord et se briser ensuite»

Quoi qu'il eût résolu à ce sujet dans son esprit, il ne pouvait cependant s'empêcher de comprendre que le fond même de la question relevait de l'Autorité épiscopale et nullement du Pouvoir civil, et il ne voulait en rien blesser le Prélat vénéré qui conduisait, avec une sagesse si universellement reconnue, les affaires du Diocèse. Tout en laissant percer ses sentiments hostiles contre les « miracles » de la Grotte et tout en les soumettant par ses agents à une enquête, il se borna extérieurement à certaines mesures, qui pouvaient à la rigueur avoir pour prétexte l'immense concoure de peuple que le bruit de ces événements attirait dans la ville de Lourdes.

11 commença, nous ne savons trop dans quelle espérance , par faire surveiller secrètement la Grotte nuit et jour, comme si quelque manœuvre humaine eût pu être complice de ce jaillissement étrange de la

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