LIVRE QUATKIÈME
quant Marie, et ayant, aux yeux de ceux qui la voyaient passer, les allures d'une insensée.
Il était près de cinq heures. Quelques centaines de personnes se tenaient devant les Roches Massabielle.
Chargée de son précieux fardeau , la pauvre mère perça la foule. A l'entrée de la Grotte, elle se prosterna et pria. Puis elle se traîna à genoux vers la Source miraculeuse. Sa figure était ardente, ses yeux animés et pleins de larmes, toute sa personne en un certain désordre occasionné par l'extrême douleur.
Elle était arrivée près du bassin creusé par les carriers. Le froid était glacial.
— Que va-t-elle faire? se disait-on.
Groisine tire de son tablier le corps tout nu de son enfant à l'agonie. Elle fait sur elle-même et sur lui le signe de la Groix. Et puis, sans hésiter, d'un mouvement rapide et déterminé, elle le plonge tout entier, sauf la tête, dans l'eau glacée de la Source.
Un cri d'effroi, un murmure d'indignation sort de la foule.
— Gette femme est folle ! s'écrie-t-on de toutes parts. Et l'on se presse autour d'elle pour l'empêcher.
— Vous voulez donc tuer votre enfant? lui dit brutalement quelqu'un.
Il semblait qu'elle fût sourde. Elle demeurait comme une statue, la statue de la Douleur, de la Prière et de la Foi.
Un des assistants lui toucha l'épaule. La Mère se retourna alors, tenant toujours son enfant dans l'eau du bassin.
— Laissez-moi, laissez-moi! dit-elle d'une voix à la fois énergique et suppliante. Je veux faire ce que je pourrai : le bon Dieu et la sainte Vierge feront le reste.
Plusieurs remarquèrent la complète immobilité de l'enfant et sa physionomie cadavérique.
— L'enfant est déjà mort, dirent-ils. Laissons-la faire : c'est une mère que la douleur égare.
Nonî sa douleur ne l'égarait point. Elle la conduisait au contraire dans le chemin de la foi la plus haute, de cette foi absolue, sans hésitation et sans défaillance, à laquelle Dieu a promis solennellement de ne jamais résister. La Mère de la terre sentait au fond d'elle-même qu'elle s'adressait au cœur de la Mère qui est au ciel. De là. cette confiance sans bornes, dominant la terrible réalité de ce corps moribond qu'elle tenait en ses mains. Sans doute, tout aussi bien que la multitude, elle voyait qu'une eau glaciale comme celle où elle plongeait son enfant était faite, suivant les lois ordinaires, pour tuer infailliblem-ent ce pauvre petit être bien-aimé et achever soudainement cette agonie par le coup de la mort. N'importe! son bras demeurait ferme et sa Foi ne faiblissait point. Pendant un long quart d'heure, aux yeux stupéfaits de la multitude, au milieu des cris, des objurgations et des injures que la foule groupée autour d'elle ne cessait de lui adresser, elle tint son enfant dans cette eau mystérieuse, jaillie naguère sur un geste de la Mère toute-puissante du Dieu mort et ressuscité.
Spectacle sublime de la foi catholique ! Cette femme précipitait son fils agonisant dans le plus imminent des périls terrestres, pour y chercher, au nom de ia Vierge Marie, la guérison venant du Ciel. Elle le poussait naturellement vers la Mort, pour le conduire surnaturellement à la Vie ! — Jésus loua la foi du centenier. En vérité, celle de cette Mère nous paraît plus admirable encore.
Devant cet acte de foi, si simple et si grand, le cœur