LIVRE QUATRIÈME
de Dieu ne pouvait point ne pas être ému. Notre Père, ce Père si invisible et si manifeste, se penchait sans doute en même temps que la Yierge sainte sur cette touchante et religieuse scène, et II bénissait cette Chrétienne, cette croyante des premiers temps.
L'enfant, durant cette longue immersion, avait gardé l'immobilité du cadavre. La Mère le replia dans son tablier et rentra chez elle en toute hâte.
Le corps était glacé.
— Tu vois bien qu'il est mort! dit le Père.
— Non, dit Oroisine, il n'est pas mort! La sainte Vierge le guérira.
Et la pauvre femme coucha l'enfant dans son berceau.
Il y était à peine depuis quelques instants , que, 'oreille attentive de la Mère s'étant penchée sur lui :
— Il respire! s'écria-t-elle.
Bouhohorts se précipita et écouta à son tour. Le petit
fustin respirait en effet. Ses yeux étaient fermés, et il lormait d'un profond et paisible sommeil. La Mère, elle, ne dormit point. Le soir et pendant nuit elle venait à tout instant écouter cette respiition de plus en plus forte et régulière, et elle attenlait avec anxiété le moment du réveil.
Il eut lieu à la naissance du jour.
La maigreur de l'enfant n'avait point disparu, mais jon teint était coloré et ses traits reposés. Dans ses reux souriants, tournés vers sa mère, brillaient les loux rayons de la vie.
Pendant ce sommeil, profond comme celui que Dieu lavait envoyé à Adam, la main mystérieuse et toute- [puissante de qui tout bien découle avait ranimé et [réparé, nous n'osons dire ressuscité, ce corps naguère [encore immobile et glacé.
L'enfant demanda le sein de sa mère , et il but à longs traits.
Lui, qui n'avait jamais marché, il voulut se lever et se promener par la chambre. Mais Croisine, si courageuse la veille et si pleine de foi, n'osait croire à la guérison et tremblait à la pensée du danger disparu. Elle résista aux sollicitations réitérées de l'enfant et se refusa à le tirer de sa couche.
Le jour se passa ainsi. A. tout instant l'enfant demandait le sein maternel. La nuit vint et fut paisible comme la précédente.
Le père et la mère sortirent dès l'aube pour aller au travail. Leur Justin dormait encore dans son berceau.
Quand la Mère en rentrant ouvrit la porte, un spectacle se présenta tout à coup à elle , qui manqua la faire défaillir,
Le berceau était vide. Justin s'était levé tout seul de sa couche : il était debout et il allait çà et là, touchant les meubles et dérangeant les chaises.
Le petit paralytique marchait!
Quel cri de joie poussa Croisine à cette vue, le cœur des mères peut seul le deviner. Elle voulut s'élancer, mais ne le put, tant elle était saisie. Ses jambes tremblaient. Elle était sans force contre son bonheur, elle s'appuya contre la porte.
Une vague terreur se mêlait toutefois, malgré elle, à sa rayonnante allégresse.
— Prends garde! tu vas tomber, cria-t-elle avec anxiété.
11 ne tomba point; sa marche était assurée, et il courut se jeter dans les bras de sa mère, qui l'embrassa en pleurant.
<( Il était guéri depuis hier, » pensait-elle , « puisqu'il