LiVRE QUATRIÈME
voulait se lever et marcher; et moi, comme une impie, dans mon manque de foi, je Tai empêché. »
— Tu vois bien qu'il n'était pas mort et que la sainte Vierge l'a sauvé, dit-elle à son mari lorsqu'il rentra.
Ainsi parlait cette mère bienheureuse.
Françonnette Gozos, celle qui avait assisté l'avantveille à l'agonie et préparé le linceul pour l'ensevelissement du petit Justin, était survenue et en croyait à peine ses yeux. Elle ne pouvait se lasser de regarder l'enfant, comme si elle eût voulu s'assurer de son identité.
— C'est bien lui ! s'écriait-elle. C'est pourtant lui I pauvre petit Justin !
Ils se mirent à genoux.
La mère joignit, pour les tourner vers le ciel, les deux mains de son enfant; et, tous ensemble, ils re- Imercièrent la Mère des miséricordes.
La maladie ne revint pas. Justin grandit et n'eut point de rechute. Yoilà de cela dix ans. Celui qui écrit ices pages a voulu le voir ces jours derniers. Il est fort, ■il est bien portant ; seulement sa mère se désole de ce qu'il fait parfois l'école buissonnière et elle lui reproche d'aimer trop à courir.
M. Peyrus, le médecin qui avait soigné l'enfant, .convint avec la plus entière bonne foi de l'impuissance [radicale de la Médecine à expliquer l'événement extraordinaire qui venait de s'accomplir.
MM. les docteurs Vergez et Dozous examinèrent séparément ce fait, d'un si haut intérêt pour la science et pour la vérité, et, pas plus que M. Peyrus, ils n'y [purent voir autre chose que l'action toute-puissante [de Dieu. Les uns et les autres constatèrent trois cir-
constances remarquables qui donnaient très-évidemment à cette guérison le caractère surnaturel : — la durée de l'immersion, — son effet immédiat, — et la faculté de marcher manifestée dès que l'enfant fut •sorti du berceau.
Les conclusions du rapport de M. Yergez étaient formelles à cet égard :
Un bain d'eau froide au mois de février, d'une durée d'un quart d'heure, infligé à un enfant épuisé, agonisant, devait, selon lui et d'après toutes les données théoriques et expérimentales de la Science , amener une mort immédiate. « Car, » ajoutait l'habile praticien , « si les affusions d'eau froide , surtout « quand elles se répètent, peuvent rendre de grands « services dans les affections adynamiques graves, « ce moyen est soumis à des règles dont la transgres- (( sion n'a pas lieu sans des dangers réels pour la vie. M En thèse générale, la durée de l'application de l'eau « froide ne doit pas aller au-delà de peu de minutes, « parce que la dépression occasionnée par le froid « détruirait tout pouvoir de réaction dans l'orga- « nisme.
(( Or, la femme Ducouts, ayant plongé son enfant « dans l'eau de la Fontaine, l'y a maintenu pendant « plus d'un quart d'heure. Elle a donc demandé la (( guérison de son fils à des procédés absolument « condamnés par l'expérience et par la raison médi- « cale, et elle ne Fen a pas moins obtenue immédia- :< tement : car, quelques moments plus tard, il s'en- « dormait d'un sommeil calme et profond, qui ne « cessait qu'environ douze heures après.
« Et afin que la plus vive lumière vînt éclairer ce « fait, pour qu'aucune incertitude ne pût planer sur « sa réalité et sur l'instantanéité de sa production,