CHAPITRE V
LES MIRACLES DE MONTAIGU. PLACE DES SANC- TUAIRES SURNATURELS DANS L'ECONOMIE GENE- RALE DE LA RELIGION.
a croyance en Dieu, createur de Tunivers et juge des ceuvres humaines, voila 1'eternel fondement de toute religion.
Par instinct et par raison, nous croyons a 1'Intelligence sans limites, source des lois auxquelles est soumis le monde exterieur aussi bien que le monde de la conscience. Nous avonsfoi en la Bonte absolue, indefectible principe de toute perfection finie, de toute justice limitee. Nous aspirons vers la Beaute parfaite,
vivant exemplaire des formes ideales dont la nature et 1'art offrent le magique reflet.
S'il est un Dieu, il ne saurait etre dans 1'ame et dans 1'univers un etranger ni un indifferent. Quoi qu'aient feint les maitres de I'incredulite, ce sphinx que 1'Egypte placait au seuil de ses temples, egarant dans 1'espace solitaire son ceil sans regard, impassible devant 1'ironie des destinees, cet esprit egoi'ste et superbe n'est pas le Dieu de 1'ame humaine !
A I'homme, ce dernier ne de la puissance creatrice, celle-ci a du accorder de providentiels secours. Les premiers representants cle notre espece auraient peri des leur apparition ici-bas, dansl'apre lutte pour 1'existence, si la Divinite n'eut veille sur les necessites auxquelles elle-meme les avait asservis. Mais ce n'est pas tout ! Le coeur de 1'homme si vite desillusionne de la terre, immortellement epris de rinfini, ne poursuit-il pas le Createur d'une anxieuse supplication ? Son esprit n'aspire-t-il pas sans treve a trouver sur lui-meme, sur sa destinee. sur la fin des choses une doc-
trine sans tenebres et sans equivoque, un enseignement tout a la fois sur et populaire ? N'appelle-t-il pas son Pere celeste au secours de sa detresse avec une invincible esperan,ce ?
Dira-t-on que cette attente du genre humain n'est qu'un heritage de la superstition, personnifiant, dans un Etre mysterieux et dans des symboles imaginaires, ses desirs et ses terreurs ?
Mais alors, seul dans la creation, 1'homme, le plus parfait des vivants, porterait en soi une tendance trompeuse, un instinct indelebile, et^pourtant destine a n'etre satisfait jamais. Cette anomalie sans exemple serait le renversement de la plus manifesto loi du monde : de 1'harmonie que, partout, 1'observation revele entre les aspirations primitives des etres et leur destination reelle.
S'il y a un Dieu, entre lui et 1'homme doivent exister des relations reciproques : Thomme peut lui adresser ses prieres et recevoir son assistance ; Dieu doit a 1'homme 1'aliment du corps, et plus encore, 1'aliment de 1'esprit qui
est la verite et la justice. A 1'origine, il a par lui-meme reveler a sa creature de predilection, dans leurs traits fondamentaux, le sens de la foi, la sphere de ses esperances, la forme du culte.
Le supreme ordonnateur a donne a chaque classe d'etres sa nature et son activite. Le deploiement de ces energies constitue les lois de 1'univers. Ces lois, oeuvre d'une infinie raison, ne peuvent etre que constantes et uniformes. Mais qui ne voit qu'elles restent subordonnees, dans leur exercice, a Taction de la force premiere dont elles tiennent leur existence ? Pour des motifs dignes d'ellememe et de rhumanite, la Divinite peut intervenir dans la trame des agents crees, fortifier leur vertu native de sa propre toute-puissance. Le monde de la matiere n'est-il pas soumis au monde de 1'esprit? Les causes physiques ne sont-elles pas, en un sens vrai, les auxiliaires et les serviteurs de Tame immortelle ? Chaque jour, des phenomenes acquierent une intensite nouvelle; des effets inattendus naissent
SANCTU AIRES SURNATURELS
sous nos yeux, grace a 1'intervention dune force superieure. L'electricite, le magnetisme, le jeu complexe de la vie ne sont autre chose que la victoire d'une energie plus elevee sur 1'inertie des agents corporels. Quoi de surprenant si, en des cas exceptionnels, 1'infinie puissance produit, pour des raisons dignes de sa sagesse, des prodiges inaccessibles a. la nature?
La stabilite generale du monde ne souft're nulle atteinte pour cela. Eh ! les conditions normales de 1'hygiene seraient-elles perverties ou suspendues, parce que ? sur un point de respace, la Divinite s'inclinant a une priere fervente rend la vigueur a un organisme qu'elle a produit ? Les lois morales seraient-elles violees parce qua la lumineuse clarte de la grace, un cceur longtemps endurci revient a des sentiments d'h'onneur et de repentir ? Ce serait folie de le penser !
Pour avoir constitue 1'ordre du moncle, la Providence n'a pu s'interdire d'y intervenir par son action personnelle, quand son honneur ou Tutilite des hommes le conseille. C'eut ete
I So MIRACLES DE MONTAIGU
se priver d'un droit que 'n'abdique point I'homme lui-meme, dans le cycle journalier de 1'existence.
L'auteur du mouvement et de la vie, par son energie toujours active, penetre et conserve, dans leur merveilleuse evolution, les atomes de la matiere comme les germes organises. Et Ton voudrait lui defendre d'exercer cette activity sur les elements des choses, en faveur de Thomme ! Dieu ne serait plus Pere parce qull est createur ! Dieu cesserait d'etre bon parce qu'il est puissant !
II serait impossible a Dieu, s'ecrie un apologiste de genie, philosophe aussi profond qu'orateur sans egal, cle se manifester par le seul acte qui annonce publiquement et instan- .tanement sa presence, par Facte de souverainete ! Tandis que le dernier des etres a le droit de se produire au sein de la nature par 1'exercice de la force qui lui est propre, a Dieu seul il serait interdit de manifester sa force dans la mesure personnelle qui le distingue et qui en fait un etre a part ! Non
S AN CTU AIRES SURNATURELS l8l
seulement Dieu ne se serait pas manifeste, mais il lui serait impossible a tout jamais de se manifester, en vertu meme de 1'ordre dont il est le createur! Agir, c'est vivre; paraitre, c'est vivre ; se commuriiquer, c'est vivre ; mais Dieu ne peut plus agir, paraitre, se communiquer, cela lui est interdit. Relegue au fond de son eternite sourde et obscure, si nous 1'interrogeons, si nous le supplions, si nous crions vers lui, il ne peut que nous repondre, suppose .toutefois qu'il puisse nous repondre : Que voulez-vous ? J'ai fait des lois ; demandez au soleil et.aux etoiles ; demandez a la mer et aux sables de ses rivages; pour moi, mon sort est accompli, je.ne suis plus rien que le repos et le serviteur contemplatif des ceuvres de ma droite! Ah! ce n'est pas ainsi que jusqu'a present I'humanite tout entiere a compris Dieu. Elle 1'a conipris comme un etre libre et souverain; et encore qu'elle n'ait pas toujours eu de sa nature une connaissance exacte, elle ne lui a du moins jamais refuse la puissance et la bonte. Partout et- toujours,
sure de ces deux attribute de son Pere celeste, elle a fait monter vers lui son inextinguible priere; elle lui a tout demande et lui demande chaque jour, a deux genoux, la lumiere de Tesprit, la droiture du coeur, la sant6 du corps, reloignementdes fleaux, la victoire dans la guerre, la prosperite dans la paix (i).
Est-il besoin de le dire ? Cette divine intervention dont le miracle est 1'effet n'implique en Dieu ni hesitation ni changement. C'est dans un meme plan et par un seul decret que de toute eternite Dieu a fixe les lois naturelles, et les circonstances ou leur activite habituelle est suspendue, pour une raison superieure a 1'ordre physique, qui est Teternel salut des ames. Par la il garantit dans son oeuvre la subordination naturelle de la matiere a Tesprit, du monde corporel aux exigences de Tame, et il donne a Thumanite le clair temoignage de sa puissance divine, sou vent oubliee ou meconnue (2).
(1) Lacordaire : Confer. 38.
(2) La question des miracles a etc craitee a propos des
N'est-il pas clair, du reste, que s'il plait au Seigneur de tracer a Thumanite un code special de devoirs, et de proposer a sa croyance quelques-Tins des secrets de sa vie intime, il doit assurer a cette communication celeste 1'incontestable sanction de la Divinite ? Mais ou chercher excellemment ce signe, si ce n'est dans des oeuvres dont Dieu seul peut etre 1'auteur ? Qu'on y prenne garde ! Des phenomenes manifestement superieurs aux forces et aux lois constatees ne peuvent emaner de quelque source latente, cachee dans la trame obscure du monde. La nature n'est-elle pas 1'or.dre, 1'enchainement, 1'universelle harmonic? N'a-t-elle pas pour principe un Dieu dune infinie sagesse ? Des lors, quels que soient les agents inconnus de I'univers, nous sommes assures que jamais une cause creee ne sera opposee aux autres causes de fagon a devenir, aux mains de quelque thaumaturge habile, la
celebres apparitions de Lourdes, avec une grande elevation de doctrine par le savant Eveque de Tarbes, Mgr. I>aurence. Son tres remarquable Mandement se trouve dans le livre Eloquent de M. Henri Lasserre, Livre IX.
source dune erreur invincible et funeste au salut des ames. Les faits consacrent ce simple raisonnement. Depuis Adam jusqu'a nous, demande un theologien celebre, a-t-on decouvert une seule loi physique qui ait introduit un nouvel ordre moral, ou porte atteinte a la regie immuable des mceurs (i) ?
Dans desprodiges dument constates, accomplis en temoignage d'une doctrine digne de Dieu et des homines, nous sommes done autorises a reconnaitre le sceau indelebile de I'infaillible verite. L'instinct du coeur, sous ce rapport aussi, n'est que le pressentiment de la froide raison.
. Les merveilles mensongeres de 1'erreur et de la superstition ne prouvent rien contre cette foi seculaire de I'humanite. Les ebauches d'un art imparfait, les essais d'une poesie sans grandeur portent-ils atteinte au prestige des chefs-d'oeuvre immortels ?
Ceux-ci rendent temoignage du genie de rhomme. Les miracles constituent le suffrage
(i) Bergier. Diet. thfcL Miracles.
SANCTU AIRES SURNATURELS 185
personnel de Dieu en faveur de la religion qu'ils attestent. Voila leur justification et leur but. Moi'se pouvait en appeler, devant ses contemporains, aux miracles faits par le Seigneur pour accrediter sa mission et la divinite de la premiere Alliance : Interrogez, s'ecriait-il, sur les jours anciens ceux qui
vecurent avant vous Jamais chose pareille
a-t-elle eu lieu, et a-t-elle ete connue ? Que le peuple a entendu la voix de Dieu parlant au milieu du feu, comme vous 1'avez entendu et vu ? Dieu ne s'est-il pas montre ? Ne s'est-il pas choisi un peuple du milieu des nations, par des epreuves, des signes, des prodiges, des combats, par sa main deployee et son bras etendu, et des apparitions terribles, comme tout ce qu'a fait pour vous le Seigneur votre Dieu en Egypte, vos yeux en etant temoins ?
Ce n'est pas avec vos Peres qu'il a contracte alliance, mais avec nous qui existons et vivons! (Deut. iv, 32.)
Et le grand Legislateur ajoutait, en indiquant d'un seul mot le but de tons ces pro-
l86 MIRACLES DE MONTAIGU
diges : Vos yeux ont vu toutes ces grandes oeuvres que le Seigneur a faites, afin que vous gardiez toutes ses volontes, que moi je vous promulgue en ce jour. (Deut. xi, 7, 8.)
Aux jours du Testament Nouveau, le Seigneur Jesus ne disait-il pas des juifs rebelles a sa predication : Si je n'avais accompli au milieu d'eux des oeuvres que nul autre n'a accomplies, ils n'auraient point de peche ? Mais a present, ils ont vu ces oeuvres : et ils m'ont hai', moi et aussi mon pere : ils n'ont aucune excuse a leur peche. (Jean, xv.) Personne autant que Jesus n'a reprouve le gout superstitieux des evenements insolites. Pour son temps et pour le n6tre, il a signale en termes indignes la folie de substituer des faits extraordinaires a la purete du coeur, a la rectitude de la conscience. Maintes fois, il a refuse aux juifs des oeuvres qui n'etaient pour eux qu'un objet de curiosite frivole et malsaine. En proclamant Tavenement du culte en esprit et en verite, il a renda,dans les choses religieuses, la place d'honneur a la doctrine, a
I'idec. II a flagelle du nom d'incredule cette race vaine et risible d'hommes insatiables de thaumaturgie, et negligents de la verite et de la justice, qui seules nous sauvent.
Mais a c6te de cet idealisme austere, Jesus a maintenu le role vrai des faits miraculeux et leur destination providentielle pour guider jusqu'a Dieu la conscience des hommes. C'est de la sorte, ecrit un Eveque martyr, que Dieu prouve a toutes les races humaines la verite de la religion : il ne les appelle pas a discuter le fond des doctrines, sterile labeur auquel les forces de ,1'esprit et du corps se trouvent inegales, il les appelle a constater des faits, travail d'observation et de bon sens vulgaire. Si la religion n'est pas pour tous les hommes, elle n'est pour aucun d'eux : si la religion regarde tout le monde, il faut que tout le monde puisse y arriver ; voila pourquoi Dieu a trace vers elle un chemin simple, egalement facile a voir et a suivre, le chemin des faits. Car il est singulierement remarquable que. les verites qui s'imposent a la foi
se presentent non pas comme speculations metaphysiques et a titre de theories, mais comme evenements sensibles et a titre de faits, Dieu les a dites : on les a entendues, et on les repete. Ceux qui les recurent pour les annoncer a 1'univers portaient en marques eclatantes le sceau de leur mission divine (i). Ces principes admis, pourquoi s'etonner que des manifestations surnaturelles aient honore surtout les lieux sanctifies par une piete insigne? Ou done la Divinite pouvait-elle mieux manifester sa puissance que dans les sanctuaires consacres par les plus sinceres invocations de 1'esperance et de la douleur?
Pour la meilleure part, 1'histoire des temples et des pelerinages celebres est 1'histoire des graces dont le Seigneur les illustra. Que 1'incroyant ricane devant ces triomphes de la foi et de 1'amour! L'humble fidele reflechira que Dieu s'est lui-meme compare a une mere aimante, et qu'une mere doit a sa maternite
(i) Mgr. Darboy : Les Femmes de la Bible, p. 185.
de recompense!' d'une munificence inaccoutumee une tendresse plus vive.
Qu'on ne s'y trompe point, cependant !
Selon une juste estimation des choses, ces graces exterieures que raille 1'incredule appartiennent a la sphere la plus intime de la religion. Ce sont des merveilles reservees , comme les appelle un Pere de 1'Eglise latine, signa domestica!
II a plu au Seigneur d'assurer a notre reli-
gion sainte des fondements dont la solidite brave tous les defis des sophistes. L'enchainement des deux Testaments, les propheties accomplies dans le Christ Jesus, la resurrection du divin fondateur, son excellence morale, si grande que les insulteurs de sa divinite le proclament eux-memes la plus haute personnalite religieuse du monde, la superiorite meme de sa doctrine, la conquete du monde juif et du monde pai'en par 1'Evangile de ce Docteur crucifie et preche par des disciples illettres et grossiers ; voila, certes, des signes surnaturels qui montrent que le Christ n'a
pu etre qu'un Dieu ! Mais les prodiges subsequents ont ete realises par Dieu en vue de fortifier la croyance, non dans le dessein de la produire; pour consoler la piete fervente, plutot que pour convaincre un esprit rebelle encore. Us ont une certitude, une evidence reelle, mais qu'il convient de juger du point de vue special que reclame leur destination originelle.
Pour le chretien, ils se lient aux grandes manifestations surnaturelles dans un meme faisceau de lumiere. II serait injuste, cependant, d'assimiler leur notoriete restreinte a 1'eclat des grands miracles historiques attestant la divinite de 1'Evangile.
Ces phenomenes peuvent, dans le plan divin, servir a diriger 1'attention sur 1'examen des titres ou se fonde le christianisme. Mais leur but immediat est de confirmer le zele des croyants, et de signaler la presence permanente de 1'esprit de Dieu dans 1'Eglise de Jesus-Christ. La constatation de ces graces de choix en aura, naturellement, quelque
chose de plus intime, de moins eclatant. L'enfant qui a grand! dans les bras de sa mere n'a besoin que dun regard pour la reconnattre.
Un geste, une parole, une intuition victorieuse lui decouvrent d'un seul coup ce qu'a peine un defiant examen revelerait a Tetranger.
Les merveilles accordees a presque tous les sanctuaires fameux n'ont pas manque a Notre- Dame de Montaigu.
Deja, avec la candeur, parfois extreme de leur temps, Juste-Lipse et Henri Van de Putte, a Louvain ; Philippe Numan, a Bruxelles, en avaient reuni dans leurs- pieux recits les principaux traits. Comme Numan lui-meme, le celebre humaniste d'Isque, pouvait se reclamer, des proces-verbaux et du temoignage oculaire des personnes interessces, encore en vie pour la plupart (i).
(i) Sunt enim IIEEC miracula Divae Aspricollensis in sensibus nostris pleraque gesca : quid etiam ! ne fraus et fucus imponant, publico mandate. Illustrissimi Mechliniensis Antistitis explorata et inquisita,aReverendissimo Antverpiensi Episcopo Joanne Mirceo : qui et scripto ea cum fide et industria disserpsit et consignavit. (Ad Lectorcm.) A son tour, Henri Van de Putte (E. Puteanus) ecrivaii touchant la notoriete des miracles
se presentent non pas comme speculations metaphysiques et a titre de theories, mais comme evenements sensibles et a titre de faits, Dieu les a dites : on les a entendues, et on les repete. Ceux qui les recurent pour les annoncer a 1'univers portaient en marques eclatantes le sceau de leur mission divine (i). Ces principes admis, pourquoi s'etonner que des manifestations surnaturelles aient honore surtout les lieux sanctifies par une piete insigne? Ou done la Divinite pouvait-elle mieux manifester sa puissance que dans les sanctuaires consacres par les plus sinceres invocations de 1'esperance et de la douleur?
Pour la meilleure part, 1'histoire des temples et des pelerinages celebres est Thistoire des graces dont le Seigneur les illustra. Que 1'incroyant ricane devant ces triomphes de la foi et de Tamour ! L'humble fidele reflechira que Dieu s'est lui-meme compare a une mere aimante, et qu'une mere doit a sa maternite
(i) Mgr. Darboy : Les Femmes de la Bible, p. 185.
de recompense!' d'une munificence inaccoutumee une tendresse plus vive.
Qu'on ne s'y trompe point, cependant !
Selon une juste estimation des choses, ces graces exterieures que raille 1'incredule appartiennent a la sphere la plus intime de la religion. Ce sont des merveilles reservees , comme les appelle un Pere de 1'Eglise latine, signa domestica!
II a plu au Seigneur d'assurer a notre reli-
gion sainte des fondements dont la solidite brave tous les defis des sophistes. L'enchainement des deux Testaments, les proprieties accomplies dans le Christ Jesus, la resurrection du divin fondateur, son excellence morale, si grande que les insulteurs de sa divinite le proclament eux-memes la plus haute personnalite religieuse du monde, la superiorite meme de sa doctrine, la conquete du monde juif et du monde pai'en par 1'Evangile de ce Docteur crucifie et preche par des disciples illettres et grossiers; voila, certes, des signes surnaturels qui montrent que le Christ n'a
pu etre qu' un Dieu ! Mais les prodiges subsequents ont etc realises par Dieu en vue de fortifier la croyance, non dans le dessein de la produire; poar consoler la piete fervente, plutot que pour convaincre un esprit rebelle encore. Us ont une certitude, une evidence reelle, mais qu'il convient de juger du point de vue special que reclame leur destination originelle.
Pour le Chretien, ils se lient aux grandes manifestations surnaturelles dans un meme faisceau de lumiere. II serait injuste, cependant, d'assimiler leur notoriete restreinte a 1'eclat des grands miracles historiques attestant la divinite de 1'Evangile.
Ces phenomenes peuvent, dans le plan divin, servir a diriger 1'attention sur 1'examen des titres ou se fonde le christianisme. Mais leur but immediat est de confirmer le zele des croyants, et de signaler la presence permanente de 1'esprit de Dieu dans 1'Eglise de Jesus-Christ. La constatation de ces graces de choix en aura, naturellement, quelque
chose de plus intime, de moins eclatant. L'enfant qui a grand! dans les bras de sa mere n'a besoin que d'un regard pour la reconnaitre.
Un geste, une parole, une intuition victorieuse lui decouvrent d'un seul coup ce qu'a peine un defiant examen revelerait a 1'etranger.
Les merveilles accordees a presque tous les sanctuaires fameux n'ont pas manque a Notre- Dame de Montaigu.
Deja, avec la candeur, parfois extreme de leur temps, Juste-Lipse et Henri Van de Putte, a Louvain ; Philippe Numan, a Bruxelles, en avaient reuni dans leurs- pieux recits les principaux traits. Comme Numan lui-meme, le celebre humaniste d'Isque, pouvait se reclamer, des proces-verbaux et du temoignage oculaire des personnes interessces, encore en vie pour la plupart (i).
(i) Sunt enim hsec miracula Divse Aspricollensis in sensibus nostris pleraque gesia : quid etiam ! ne fraus et fucus imponant, publico mandate. Illustrissimi Mechliniensis AnKstitis explorata et inquisita,aReverendissimo Antverpiensi Episcopo Joanne Mirseo : qui et scripto ea cum fide et industria disserpsit et consignavit. (Ad Lectorcm.) A son tour, Henri Van de Putte (E. Puteanus) ecrivaii touchant la notoriete des miracles
Ainsi que son continuateur, il assure n'avoir relate aucun fait, dont il n'ait etabli la realite sur la foi des documents publics. Est-ce a dire que Juste-Lipse ait montre en son livre un sens critique exempt de faiblesse ? Nous sommes loin de le penser, mais pour 1'ensemble, ses informations semblent exactes et precises.
Au commencement du dernier siecle, un religieux de 1'Oratoire, dont le nom est demeure inconnu, recueillit, a son tour, les faveurs surnaturelles, obtenues dans la chapelle de pierre et dans le temple qui avait pris sa place (i).
Des 1'annee 1602 a 1'annee 1631, cent trentesept faits extraordinaires arrives a Montaigu, furent constates par Jean Mireeus, Eveque
de Montaigu: Liquids veritatis sutfragio firmata sunt, diligent! et severo examine excussa, oculata testium et religiosa 1 tabularum fide roborata. (Monti, init.}
(i) Abrlgl des miracles^ des graces et merveilles, avenues d I' intercession de la glorieuse Vierge Marie, honor le a Montaigu, ville dans le duchl de Brabant, par un pretre de la Congi'egation du dit lieu. Louvain. G. Denique, 1706. Get ouvrage a etc traduit en flamand, et il s'en est fait plusieurs editions.
d'Anvers, et par 1'archeveque de Malines, Matthias Hovius (i).
Mirasus et Hovius comptaient parmi les hommes les plus lettres de leur temps. Sans
(l) Void la censure approbative qne porte VAbrlgi:
CEiNSURA.
Quae Deus inter csetera potentiae SUES mirabilia ad nominis sui gloriam, et honorem Virginis DeipM-se, per ejusckm Sacram et Aiiracu osam Imaginem Aspr.co'.lenstm operari dignatus est, hoc opusoulum pauc*s et fideliter enarrat. Qme emm a num. I usque ad 137 inclusive referuntur, ab Ordinario loci examinata, et ut vera mincula approbi.ta esse, constat. Quse vero his subjiciuntui sub titulo : Jje Gratitn en Wonderheden geschied etc. concordant cum relationibus et attettationjbus personarum fide d.gnarum a me infrascripto visis et examinatis. Quibus attentis, quamvis heec pro mirtculis haberi et vulgari non possint, quamdiu ordinarii, vel apostu'ic'fi sedis ex?men sufficiens, et approbatio non sccessit, pie tamen credi potest, ea peculiar! Dei munere, per intercess.onem Deiparse Virginis, esse concessa, ut -temporalibus istis bentficiis ejusdem s.cratissiinas Dei Matris cultus promovtretur et amor ac devotio fidelium erga ipsam m?.gis accenderetur ; et velut qusedam Dei beneficia et opitulationes, qiiibus ipse causas secundas, modis sibi placitis, movendo et dirigendo, hominum necessitatibus, sicut vult, subvenit (non tamen ut vera miracula) in lucem emitti posse censeo, accedente ordinarii consensu. Datum Lovanii, die 27 Augusti
JACOBUS PONTANUS, S. Theol. Doctor et Professor, ac Libromm Censor.
nul doute, la critique des phenomenes insolites a fait en ces derniers temps des progres inconnus a nos devanciers; mais jamais la credulite n'a ete le faible des esprits adonnes aux etudes serieuses.
Parmi les prodiges attestes par les doctes Prelats, il y en avait un assez grand nombre d'un eclat incontestable. Ceux-la n'appartenaient en rien a cette sphere d'evenements obscurs relevant de 1'imagination ou de 1'activite nerveuse, et dont jamais la science n'arrivera a delimiter les frontieres. Au xvn e siecle, aussi bien qu'aujourd'hui, il ne pouvait etre malaise de constater leur caractere surnaturel. Un theologien consciencieux, Jacques Pontanus, collegue de Hovius et de Mirseus dans la F'aculte de Louvain, n'hesite pas a nommer ces faits de vrais miracles. II accorde seulement la qualite de faveurs speciales, aux autres graces mentionnees par Tanonyme de 1'Oratoire, au nombre de cent seize (i).
(i) II convient d'ajouter .a la premiere serie les neuf miracles reconrms par 1' Archeveque de Malines, Hubert-Guillaume
La croyance de juges competents garantit a ces faits un caractere d'authenticite qu'on ne peut meconnaitre que par une injuste prevention. Les rejeter en bloc, malgre -le suffrage de savants judicieux, serait infirmer du meme coup I'autorit6 de tous les temoignages humains. Cela reste vrai, meme en presence de la credulite inoui'e de certaines epoques pour le merveilleux, et de la severite defiante qu'il faut appliquer a 1'examen de ce genre de faits.
Ajoutons-le, du reste, pour n'accrediter aucune notion inexacte : seuls, les miracles rapportes par les divines Ecritures constituent un objet de foi ; les autres prodiges ne forment point la matiere obligee de la creance. D'eux-memes, ceux-ci ne font point directement partie du dep6t de la Revelation.
Ce sera assez, croyons-nous, de rappeler ici quelques-uns de ces evenements surnaturels, pour 1'edification du lecteur, et a la gloire du
a Praecipiano, le 3 mai 1706, et attestes par le D r Herman Daemen, de 1'Univeysite de Louvain.
Seigneur Jesus, si particulierement admirable dans le sanctuaire de Montaigu, comrne parle rArcheveque Mubert-Guillaume.
Nous extrayons ceux-ci des archives de I'eglise deposees en partie a 1'Archeveche de Malines. Leurs proces-verbaux portent la signature de temoins oculaires dont 1'autorite ne saurait serieusement etre contested. De ces faits, apres un examen diligent, j'oserai dire ce que Erycius Puteanus assurait au sujet de ceux qu'il a lui-meme decrits : Ces evenements sont des miracles : ils sont vrais, dignes de la confiance de tous. Ces faveurs obtenues par la Sainte Mere de Dieu a Montaigu, en ce siecle, sont nombreuses et insignes. Celui qui les met en doute, devrait douter de la puissance de Dieu lui-meme. Elles ont ete sanctionnees par le suffrage d'une manifeste autorite, examinees avec un soin severe, confirmees par la deposition de temoins oculaires, sur la foi des instructions ecrites.
Erycius Puteanus s'etait servi pour son recit des manuscrits et des indications du pre-
SANCTUAIRES SURNATURELS IQ7
mier cure de Montaigu, -1'Oratorien Josse Bouckaert. 11 m'a ete donne de profiler des renseignements et des ecrits de M. labbe J. -G. Jonghrnans, le venire Pasteur actuel, et de ceux de" M. P.-F. Aertgeerts, son predecesseur.
PRINCIPAUX FAITS SURNATURELS TIRES DES DOCU- MENTS AUTHENTIQUES DE L/EGLISE DE M.ONTAIGU.
Bien avant que les Archiducs eussent eleve a la Vierge du Chene la chapelle de pierre, les grices celestes faisaient deji au sanctuaire de Montaigu une aureole de douce celsbrite. Entre celles-ci, mentionnons-en quelques unes auxquelles ]e temoignage contemporain de Juste-Lipse, d'Erycius Puteanus et de Philippe Numan donnent une notoriete plus eclatante.
Dans le courant du mois d'aoat 1603, Henri Visschers, de Berthem, village peu eloigne de Louvain, fut afflige, a Tage de soixante-quinze ans, de plaies cruelles aux jambes. L'inflamma-
tion, rhemorrhagie elle-meme faisaient redouter une crise fatale. Un ami conseilla au malade de se rendre a Montaigu. Mais la faiblesse de celui-ci etait devenue extreme : craignant qu'il ne succombat en chemin, les enfants du vieillard lui persuaderent de recevoir les sacrements, avant de partir. Trois fois on le conduisit a Montaigu : le mal parut diminuer d'abord,mais au troisieme pelerinage,il devint si intense qu'on attendait a chaque instant la mort du malade. Tout a coup Visschers est pris d'une syncope ; il revient a soi, et s'ecrie qu'il est gueri. II 1'etait si bien, que les plaies avaient disparu,et qu'il vecut encore plusieurs annees en excellente sante. Lui-meme se plaisait a raconter a ses visiteurs ce prodige de la clemence de Marie.
Au mois de septembre de cette meme annee, Leonard Stocquay, passant par la foret de Soi-
gnies, fut attaque par un voleur, roue de coups et laisse pour mort. II lui resta de cette lache agression une plaie s'etendant de la jambe au genou, et que tout 1'art des chirurgiens
fut impuissant a fermer. Se trainant sur des bequilles, il quitta Thopital de Bruxelles, pour retourner pres de Huy ou il demeurait. Mais son mal, chaque jour plus menagant, envahissait le corps presque entier. Stocquay vint a Montaigu, y fit une neuvaine et se lava avec 1'eau de la source. Le neuvieme jour, il ne lui restait de sa blessure qu'une profonde cicatrice ; ses jambes avaient retrouve leur vigueur premiere, et sa sante etait parfaite.
Vers la meme epoque, il y avait a -Heverle, pres de Louvain, une religieuse celestine agee de soixante-troisans, et tourmentee depuis dixhuit annees deja d'atroces douleurs de tete.
Anne Laurence disait qu'il lui semblait que de lourdes roues d'horloge s'engrenaient continuellement dans son cerveau. La pauvre religieuse avait du etre eloignee de ses consceurs, et menait dans son couvent la vie la plus penible. Le bruit des miracles de Notre-Dame de Montaigu parvint jusqu'a la malade. Elle se traina dans un edicule construit en 1'honneur de la Vierge du Chene, au fonddu jardin.Trois
jours durant, elle vint la demander sa guerison a la douce Consolatrice des affliges. Apres la troisieme journee, un sommeil calme et profond survint, et, le lendemain, toute trace de la maladie avait disparu pour ne revenir jamais. Une grace assez semblable fut accordee a Barbe Van Berg, fille d'un medecin bien connu, et religieuse de 1'ordre de Saint -Augustin a Anvers. Vers 1'Age detrente-six ans,elle s'etait vue atteinte d'une sorte de chancre, complique d'une surexcitation nerveuse tellement aigue qu'on ne pouvait pas meme toucher le bois de son lit, sans lui occasionner des convulsions. Les douleurs nerveuses avaient contracte la jambe gauche jusqu'a la raccourcir d'un pied. Elle vecut plus de six ans en proie a cette torture. A cette epoque, un pieux chanoine dAnvers lui promit de dire une messe a son intention, dans 1'eglise de Montaigu. Le cure de la paroisse, Volmar Schet, voulut servir de compagnon de pelerinage a cet ami devoue.
A Theare meme ou ces ecclesic.stiques offraient 1'auguste sacrifice, la malade se sentit un peu
soulagee. Le lendemain elle s'habille, va a la chapelle et se montre a toute la communaute ! Cette guerison inesperee fit une sensation extreme dans toute la cite.
Au mois de juillet 1604, Jean Courtois, d'Anvers, recut, dans la citadelle d'Hoogstraeten, pendant une escarmouche, un coup de sabre qui lui fendit le poignet jusqu'au coude. La gangrene se mit a la main, et la situation du blesse devenait des plus graves. II fit le pelerinage de Montaigu en passant d'abord par Hal.
Dans ce sanctuaire deji si populaire, sa blessure perdit son caractere aigu, mais la main resta comme nouee et toute raide. Arrive a Montaigu, le malade fait toucher son chapelet a la statue miraculeuss, et. au. moment ou le pret "e le lui rend, il sent que la contraction et la rigidite ont disparu comme par enchantement.
Peu de temps apres, un suisse du nom de Clement arriva en Belgique, a la suite des troupes du prince Ernest d'Autriche. Ce malheureux n'avait presque plus la forme hu-
maine : les douleurs nevralgiques lui avaient donne une apparence monstrueuse. Ses bras et ses jambes s'etaient atrophies ; il pouvait a peine se trainer, au moyen d'une petite potence de bois. Dans cet etat, Clement osa esperer dans le secours de Notre-Dame de Montaigu.
On le conduisit dans une voiture au celebre pelerinage; il s'y confessa et regut la sainte communion. A ce moment, il palit, et deja Ton croyait que le malheureux, epuise par le trajet, allait mourir, lorsque tout-a-coup il se leve, se met a marcher sans difficulte autour de 1'autel, et entonne a haute voix un cantique de louange en Thonneur de sa liberatrice. Phenomene non moins surprenant! Ses bras et ses jambes, que le mal avait desseches, reprirent une vigueur nouvelle. J'ai entendu nos plus celebres praticiens, dit Juste-Lipse, confesser hautement le caractere miraculeux de cette guerison.
Nous avons dit qu'apres Juste-Lipse, Erycius Puteanus, humaniste de Louvain, continua le recit des saintes merveilles dont le temple de
Montaigu fut temoin. Je ne lui emprunte que quelques faits parmi les quarante-six prodiges de son recueil.
Le 4 juillet 1604, dans le canton de Herve, Egide Griffens, voulant separer des gens en querelle, regut en pleine poitrine un violent coup de couteau. Les soins de plasieurs chirurgiens ne purent soulager le blesse. Dix-huit mois apres 1'accident, son corps n'etait plus qu'une plaie. Au moment ou tout espoir de guerison semblait s'evanouir, un ami conseille au malade un pelerinage a Montaigu. On se recrie sur Timpossibilite du voyage, mais Griffens se range a 1'avis de son camarade.
Arrive a Montaigu, par une sorte d'inspiration, il decide d'aller a pied, jusqu'a la Montagne sainte. Arrive la, il se sent soudainement delivre de ses douleurs. A partir de cette heur.e, la suppuration de la plaie devint reguliere et rapide, et, quelques semaines apres, les cicatrices de la blessure attestaient seules 1' imminence du peril passe.
Le 5 fevrier 1605, Jean Beauliers, de la gar-
nison de Lierre, commencait une neuvaine en 1'honneur de Notre-Dame de Montaigu. Ce soldat soulrait d'une ulcsration profonde du palais. La parole lui etait devenue impossible, et les msdecins 1'avaient aban donna. Des le premier jour, lesdouleurs seporterent de la bouche a la partie superieure de la tete. Le patient crut a ce moment qu'on lui perforait le cerveau. Puis le mal s'apaisa, et la neuvaine finie, Beauliers avait recupere une sante parfaite.
Au mois de juillet da cette m^me annee, un jeune Ecossais, Jean Cabrel, fut envoye par un noble bienfaiteur, le chevalier Guillaume Sempels, a Montaigu, pour s'-y recommander a Marie. Encore enfant, cet infortune avait perdu Tusage de la parole et de 1'ouie, a la suite d'un coup de foudre. Le jeune homme songea que les bains de Spa, deja frequentes a cette epoque, lui feraient plus de bien. II s'y rendit, mais n'y arriva qu'atteint d'une fievre ardente. On le soigna a I'hopital de Spa, qu'il quitta pour se rendre aupres de Notre- Dame-du-Chene. La il tombe a genoux, invo-
SANCTU AIRES SURNATURELS
que la Vierge, et sent que la voix et 1'ouie lui sont rendues. Devant la foule emue, il raconta le prodige, et vecut encore treize ans sans plus rien ressentir de sa double innrmite
Le 5 decembre de la meme annee, on fut temoin d'un evenement plus extraordinaire encore. Le jeune enfant de Gaspard Rupoeus, jurisconsulte de Liege, avait joui jusqu'alors d'une sante et d'une fraicheur parfaites.
Soudain il se mit a languir, et apres peu de semaines, il ressemblait a un petit squelette. Les parents desoles envoient un pretre de leurs amis a Montaigu, pour y celebrer une messe eh faveur de leur pauvre fils. Le jour meme, et a Theure ou le sacrifice saint etait offert, Tenfant se leve : Teclat d'autrefois reparait dans ses yeux, sur ses joues; mais la poitrine contractee par les douleurs restait difforme. On juge de la douleur des parents, en presence de cette demi-guerison qui leur laissait un fils deagure. On continue de supplier Notre-Dame-du-Chene. Un matin Tenfant demands a etre porte dans la chambre mater-
nelle.Toute difformite avait disparu.Luicependant : Cette nuit, dit-il.mamere de Montaigu ma apparu, dans un eclat surhumain. et m'a dit que je ne souffrirais plus de mon mal !
Au college des Peres Jesuites d'Ypres, vivait en 1613 un jeune religieux hollandais, Jean Claerhout, atteint depuis longtemps d'hemorrhagies auxquelles les soins assidus de plusieurs medecins celebres n'avaient pu apporter le moindre soulagement. Deja Tagonie etait proche. Le dernier medecin c'etait Emmanuel Gomez prenait ses dispositions pour examiner, aussit6t apres le deces, la poitrine, siege d'un mal qu'il ne parvenait pas a bien definir. Mais le moribond ouvre les yeux : il se penche vers le R. P. Recteur. . Avec votre permission, mon Reverend Pere, lui dit-il, je fais voeu d'aller a Montaigu, si la Vierge me rend les forces. Que refuser au desir d'un mourant?
Avec ragrement de son superieur, le P. Claerhout fait son voeu. Voici que 1'agonie s'arrete, le malade revient a la vie, et avec elle la sante lui est rendue, plus vigoureuse qu'aux jours
de sa florissante jeunesse. Le docteur n'en peut croire ses yeux : au nom de la science, il reconnait le doigt de Dieu, dans cette guerison desesperee.
A Fumay, sur la Meuse, vivaient deux epoux d une grande piete, Jean Siber et Marguerite Lardinois. Bateliers de leur etat, ces braves gens goutaient dans leur mediocrite le bonheur d'une affection mutuelle. Un charmant enfant de quatre ans etait la perle de ce menage beni. Un jour d'avril 1617, ce fils bien-aime s'appuyait contre une fenetre mal fermee et donnant sur la rue. Le poids du corps entraine la frele creature, qui va rebondir sur de larges dalles, quinze pieds plus bas. Affoles d'horreur, les parents se precipitent. L'enfant n'a pas perdu de sang, mais il est mort sans doute sur le coup. Le pere le releve et le porte dans la maison : le petit Noel ouvre les yeux en souriant. II y avait la des estampes saintes, et parmi celles-ci, une image de Notre-Dame de Montaigu. C'est elle, c'est elle, s'ecrie vivement 1'enfant, qui m'a soutenu pendant ma chute!
N'est-ce pas quelque autre? hasarda la mere.
Cest celle-ci, c'est celle-ci, repete Noel :
elle a ouvert son manteau sous moi, et m'a laisse glisser doucement a terre. Cependant la foule s'etait rassembles, et le chof de la commune s'etait joint a elle. On se .acontait les paroles de 1'enfant : du regard, on mesu r ait 1 e.frayante hauteur de la chute. Dans leur joie, les bons bateliers fonderent une messe anniversaire en 1 honneur de la clemente Vierge de Montaigu. En outre, ils firent porter au cher sanctuaire une tablette votive racontant la signalee protection de Marie aux generations a venir.
Je ne terminerai pas cet extrait du livre d'Erycius Puteanus, sans rappeler le miracle da resurrection que Dieu se plut a perpetrer a Montaigu.
Au bourg d'Estree, pres d'Hervensart, dans le Hainaut, une brave femme, Marguerite Pretre, epouse de Jean Clercq, avait donne le jcur a une petite fille mort-nee. Dans son .
desespoir, le pere courut a Hervensart et porta
S/VNCTU AIRES SURNATURELS
la chere petite morte a 1'eglise, suppliant le Seigneur d'avoir pitie de sa douleur. Pendant quatre jours, la corps dam sura dans une piece contigue au Templa. En!in le cure pria ce pauvre pere d'avoir du courage et de la raison, et d'enlever ce depot devenu genant. Clercq obeit ; mais avant de rentrer chez lui, il depose le precieux fardeau devant une image de Marie, faite du bois du chene de Montaigu. Seslarmes et son ame parlent seules au Seigneur. Une foule assez nombreuse avait suivi 1'infortune. Voici que Fenfant rouvre les yeux, et qu'une faible rougeur colore son teint de cire : sa bouche se desserre. Une femme qui se trouvait la s'empresse de lui coni : erer le saint Bapteme. Souddin on voit les couleurs de 1'enfant disparaitre de rechef, ses petites levres se clore, et le frisson de la mort passer sur ses membres. Comme a Tabitha, reveillee pour quelques heures par saint Pierre du supreme sommeil, la petite fille des bons vi.Uageois d'Estree revint a la lumiere mortelle, afin de meriter une feJicite plus parfaite encore que les pures joies reser-
vees a tous les enfants morts au seuil de la vie.
Mais il est temps de signaler quelques graces insignes de date plus recente, obtenues a rintercession de Notre-Dame de Montaigu.
Le 3 avril de 1'annee 1818, Anne-Catherine Buyens, de Lichtaert, village campinois, vint en voiture, a Montaigu, avec les pelerins de sa commune. Depuis onze ans, cette femme etait dans 1'incapacite de marcher, et son infirmite etait notoire dans son village et dans les environs. Les soins des medecins n'avaient en rien ameliore son etat. Elle entre a 1'eglise, fait ses devotions, puis se leve, laisse la ses bequilles et sort du temple. Le soir elle revint chez les siens, avec le cortege des pelerins de Lichtaert, au milieu de la foule ebahie qui s'etait portee a sa rencontre. La municipality de Lichtaert temoigna de la realite de ce prodige, dont le souvenir vit encore dans la localite.
Le 13 septembre 1819, arriva dans le sanctuaire Pierre-Joseph Coveliers de Thielen, en Campine, age de 43 ans. Depuis plus d'un an,
SANCTU AIRES SURNATURELS 211
le malheureux souffrait d'une plaie a la jambe
.que les chirurgiens ne reussissaient pas a
guerir. Durant cinq mois, il avait frequente
les eaux thermales d'Aix-la-Chapelle, sans
eprouver le moindre soulagement. II se con-
fessa et communia dans 1'eglise deMontaigu, et
sollicita sa guerison de la Vierge puissante.
Lui-me'me a certifie, sous la foi du serment,
qu'au moment ou il implorait cette grace, son
mal fut gueri comme par enchantement. Une
enquete ouverte sur les faits en confirma
1'exactitude, et le 18 mai, Coveliers vint lui-
meme offrir a Marie les bequilles qu'il n'avait
plus quittees depuis dix-huit mois environ.
Cette meme annee, le 24 mai, deux enfants aveugles, Theodore Nicolai', de Gulphen, et Pierre Huet, de Koningshoyck, ages tous les deux de sept mois environ, furent portes a Montaigu par leurs parents. Leur cecite etait complete. Devant une assistance nombreuse, ecrit M. le cure Aergeerts, les petits aveugles recupererent lavue, qui depuis ce jour resta bonne.
Verslam^meepoque, Ang'elineVanDoninck, d'Herenthals, fille de braves cultivateurs, avait atteint 1' ge de dix ans, lorsqu'une paralysie generals la reduisit a une inertie complete. Le savant docteur De Roy, si connu dans la Campine ; 1 habile chirurgien Verlinden avaient en vain prodigui a 1'enfant tous les soias de leur art. Sur la proposition des parents, Angsline est conduite a Montaigu. Elle y prie avec ferveur pour sa guerison. Tout-a-coup, elle se leve, fait le tour de 1'eglise a la stupefaction de Tassemblee. Depuis ce temps, Angeline n'a jamais manque de visiter le sanctuaire, au jour anniversaire du prodige que Marie accomplit en sa faveur.
Une grace presque semblable fut accordee le 18 septembre de 1'annee 1833 a Anne-Marie Beeckman, de Moorsel pres d'Alost. Cette personne souftrait, a 1'age de vingt-quatre ans, d\ine anemie, dont 1'intensite faisait craindre un denouement fatal. Le 17 septembre, Monsieur le cure de Montaigu lui fit toucher la tete avec la sainte Image. Le lendemain, le
SANGTUAIRES SURNATURELS 213
pere de la malade demanda la celebration d'une messe chantee, en 1 honneur de Marie, et Anne-Marie, incapable de marcher, futconduite par sa soeur dans le choeur du temple. Un peu apres, la pauvre infirme se leve, abandonne ses bequilles et va s'agenouiller a cote de son pere, au milieu de 1' emotion de tous les assistants. L'anemie et la paralysie avaient disparu du meme coup.
L'annee 1836, le 25 mai, partit pour le venere sanctuaire un paralytique age de trente-quatre ans : Francois Bolly, de Louvain. Tous les habitants de laparoisse de Saint-Jacques, encette ville, connaissaient Tinfirmite inveteree de ce malheureux. Arrive a Montaigu, il se fait conduire a I'eglise, en s'aidant de ses bequilles et soutenu par sa femme . II passe en prieres pres de deux heures et demie, aux pieds de la Vierge du Chene. Puis, cethomme,qui depuisdes annees etait incapable de se lever, se dresse sur ses deux pieds, fait le tour de Tautel de Marie et retourne a Louvain, radicalement gueri.
En 1'annee 1838, une jeune fille de sept ans,
Regine Van Eyde, native d'Herenthals, etait depuis trois annees en proie a une paralysie complete. Ses pieux parents la conduisirent" au sanctuaire renomme. L'enfant se prosterne a cote de sa mere, et sur 1'instant, son mal disparait. Le juge de paix, M. J. Lepaige, et le bourgmestre de la ville attesterent,par un acte authentique, cette merveilleuse guerison.
Le 2 juinde 1'annee 1844, arriva a Montaigu, avec la procession des pelerins d'Oeleghem, Charlotte PeetersdeVremde, anemique depuis son enfance, et confiee vainement aux soins d'habiles praticiens. Tout le monde jugeait qu'elle n'aurait pu suivre ses compagnons de route, par une distance de plus de dix lieues. L'enfant eprouva une si grande faiblesse a Montaigu, qu'on s'attendait a la voir rendre le dernier soupir devant 1'autel de Marie.
Le jour suivant, 4 juin, Charlotte se trouvait dans le meme etat. Elle voulut pourtant communier avec les autres pelerins. L'heure du depart avait sonne. Tout a coup, comme un choc puissant ebranle son corps. Char-
lotte se sent guerie, se met a reciter a haute voix le rosaire, et sort sans aucune aide de 1'eglise. Sa sante se soutint constamment depuis ce moment. MM. F. Verpoten, bourgmestre de Vremde, Paul Bosschaerts, receveur communal et les autres membres de la municipalite rendirent un temoignage public a la verite de I'evenement.
Chaque annee, pendant 1'octave de Pentec6te, part de Lierre pour Montaigu le pelerinage dit de Saint-Gommaire. En 1845 arriva avec ces pieux suppliants un enfant de dix ans, frappe d'une cecite que les medecins avaient fini par declarer incurable. Le petit malheureux que ses parents avaient amene sur ses instances aupres de la sainte Image, croit cons.tater une sensible amelioration, des qu'on fut en vue du Sanctuaire. Le lendemain, apres la grand'messe, il se leve de sa chaise et fait lentementle tour du maitre-autel, au milieu d'une foule emerveillee dont il etait fort bien connu. Chaqu e annee , en signe de reconnaissance , 1'heureux favori de Marie revint remercier 1'auguste
2l6 MIRACLES DE MONTAIGU
Bienfaitrice, dans son temple de predilection. Quelques annees plus tard, le 23 mai 1854, Marie-Therese Couwels d'Oeleghem souffrant d'un mal de jambes deja ancien,se vit, en outre, atteiate d'une cecite presque complete. Les secours de Tart ne lui avaient guere profite. L'excellente enfant, desireuse d'apporter par son labeur quelque soulag^ment a la pauvrete de ses parents, voulut accompagner les deux cents pelerins qui,chaque annee,se rendent de son -village a Montaigu. Elle arriva au sanctuaire dans un etat alarmant,mais sa confiance etait telle qu'elle se rendit sans retard aupres de rimage de Notre-Dame. Apres une ardente priere, elle sortit peniblement de Teglise, et en fit le tour a genoux aidee par une compagne.
Avec des peines infinies, elle parvint a rentrer dans le temple, deja encombre de monde.
Mais quelle ne fut pas sa joie quand elle distingua clairement la statuette de la Vierge, au dessus de 1'autel. La vue lui etait revenue comme par enchantement,et resta, depuis cette epoque, meilleure qu'auparavant Ce n'est pas
tout : la faiblesse et les plaies de la jambe avaient disparu sans laisser de trace. La procession d'Oeleghem ramena la protegee de la Vierge sainte au chant des cantiques d'actions de graces, et tout le village accourut au devant de I'humble croyante, que sa foi avait preparee a une grace aussi eclatante.
Une annee plus tard, c'etait une demoiselle d'une des premieres maisons d'Anvers qui recueillait, a son tour, les faveurs de Marie.
Adelina V souffrait d'un mal de langueur
que la science des medecins les plus renommes demeurait impuissante a soulager. Son pere faisait chaque annee le pelerinage de Montaigu. II propose a Adelina de commencer de concert une neuvaine en 1'honneur de la Vierge. Le cinquieme jour, la jeune fille qui depuis cinq mois n'avait pas quitte le lit, se sentit si bien portante qu'elle voulut accompagner ses nobles parents a 1'eglise, pour remercier le ciel de sa guerison inesperee. Huit jours plus tard, elle revint, avec toute sa fa-
mille, offrir ses hommages a Marie, dans le
2l8 MIRACLES DE MONTAIGU
sanctuaire de la montagne. L'etat de sante de
Mademoiselle V n'a fait que s'ameliorer
depuis cet evenement.
Terminons ce long recit par un fait contemporain. Nous avons sous les yeux une lettre qu'un fonctionnaire de 1'Etat adressait a M.
le cure de Montaigu, le 24 Janvier de cette annee. Dans ce document, M. V. ecrit au venerable pasteur que deux de ses petits enfants etaient sur le point de succomber, le premier a une meningite, 1'autrea une maladie cle reins. Le medecin jugeait leur etat desespere. Les parents promirent de faire don au temple de Montaigu du portrait des deux jeunes infirmes, si la clouce Vierge daignait les guerir. Le jour qui suivit notre voeu, ecrit M. V., amena un peu de calme, et peu apres, les deux malades se trouverent si bien que les hommes de Tart n'en pouvaient croire leurs yeux. Depuis, leur sante alia en s'ameliorant ; ce sont aujourd'hui deux enfants robustes et sains, leur guerison a ete regardee ici comme un prodige manifeste.
SANCTU AIRES SURNATURELS 219
Cependant, voici que peu de jours plus tard, le dernier enfant de ces heureux parents, age de quelques mois a peine, est pris de convulsions violentes. Onn'attendaitplus que la mort. Le pere, au milieu de la desolation de tous, court a Hal ; il y fait, avec un ami, le chemin de la croix, et part pour Montaigu, ou il supplie Marie, deja si misericordieuse pour les siens, de prendre en pitie sa peine. Get hornme de foi se sent exauce. Je revins chez moi, dit-il, le coeur plein d'une assurance singuliere.... L'enfant n'etait plus reconnaissable : tout danger avait disparu, et il est aujourd'hui en parfaite sante. J'ai voulu vous communiquer ces details, dans un sentiment de gratitude que vous comprenez, et afin que tous les serviteurs de, Marie, apprenant notre bonheur, sentent croitre leur ferveur et leurconflanceen sa protection puissante.
Sans doute, a la lecture de ces graces de choix, un sourire de mepris passera sur les levres de 1'incredule, si, par hasard, il pouvait s'en trouver un qui tombat sur ces pages.
Eh, n'est-ce pas cette commiseration qui meriterait la pitie ? Ce n'est pas a de pareils esprits que s'adressent nos simples recits.
La premiere loi de la recherche, de la discussion, c'est 1'enchainement logique des problemes. Nous 1'avons dit : ce n'est point par les signes miraculeux dont le ciel recompense la foi fervente de ses enfants, que 1'incroyant fait d'ordinaire son entree dans le sanctuaire de la religion. Qu'il commence par debarrasser son ame des opinions precongues, des vains prejuges, de ceux du rationalisme aussi bien que de ceux de la superstition ! Qu'il examine les fondements de la Revelation evangelique, dans la conscience individuelle et dans 1'histoire des peuples. Alors, il sera temps de se demandersi les evenements contemporains realises sous nos yeux, dans la pleine lumiere d'une enquete severe, telles qu'en requierent la science et 1'figlise, ne forment pas pour les faits anciens une triomphante presomption, et si la conviction de tant d'esprits affranchis de tout fanatisme . ne vaut pas mieux que ce mepris de
SANGTUAIRES SURNATURELS 221
commande, auquel la sympathie d'une epoque sceptique assure une popularite facile.
Pour nous, croyants, nous jugeons sage d'accepter la garantie de cinq siecles d'unanimite. Nous ne pensons pas qu'il soit de bonne critique de prononcer, avec J.-J. Rousseau, Eusebe Salverte et leur ecole, que la constatation personnelle et directe des miracles ellememe ne devrait pas faire croire! Certes, ily a une nuee de faits etranges > acclames comme des prodiges par le vulgaire, dans lesquels il ne faut voir que des troubles fonctionnels ou des effets de 1'imagination, si puissante en certains etats d'organisme. C'est sur ce terrain, nomme assez bien par les Allemands le domaine 'crepusculaire de Tame, que, de tout temps, s'est donne carriere la credulite enthousiaste. C'est la que naissent les illu- sions bientot parees, par la fantaisie, de toutes les nuances d'un prisme merveilleux, incarnees ensuite dans des legendes naives.
Mas il serait insense, dans un grand nombre de cas, d'attribuer aux influences nerveuses
une vertu sans limites. Comment rendre raison, par leur seule efficacite, de la guerison subite de faiblesses constitutionnelles, de cecites et de surdites inveterees, de plaies aigues
et profondes? Comment expliquer ces prodiges chez de jeunes enfants? Parhasard, 1 imagination des parents se transmettrait-elle, a distance, au cerveau des petits malades ? C'est toujours le cas de Pascal : Incredules des plus credules !
Les recits des anciens apologistes de Montaigu furent attaques avec vivacite. La brochure du reforme ecossais G. Thomson et celle du moineapostat Gerard Lievens, contre lelivre de 1'humaniste de Louvain, trouverent de bonne heure des vengeurs victorieux dans le docteur de Sorbonne Anastase Cochelet, du Carmel de Reims, et surtout dans Claudius Dausques, chanoine de Tournai, un des lettres les plus distingues de son temps. La piete du peuple et les persistantes faveurs du ciel sont restees la meilleure reponse a ces attaques.
Nous avons voulu rappeler a 1'honneur de la
Vierge sainte, et pour la consolation de ses enfants, quelques-unes des merveilleuses graces obtemies a 1'invocation de Notre-Dame de Montaigu. Mais qui comptera les miracles invisibles operes dans le sanctuaire bien-aime ? La combien d'ames rnortes a 1'amour da Seigneur sont ressuscitees a la verite et a la justice. La que de jeunes Chretiens ont enfin trouve la force de reparer par la virilite de leurs vertus 1'echec d'une premiere defaillance ! Que de resolutions gen ere uses mises a execution devant cet autel, aupres de ces tombeaux, melancolique avei tissement du temps qui s'envole et de 1'eternite qui attend! La combien de nobles adolescents , de femmes magnanimes ont forme le proposde se vouer pour toujours au seul amour qui ne change jamais, et ne laisse derriere lui ni regrets, ni remords! Combien de Moniques en pleurs y sont venues prier pour un Augustin egare,pour un Patrice injuste! Que d'esprits troubles par d'intimes angoisses, poursuivis de doutes cruels, ont reporte de ces murs un plus clair temoignage de leur foi !
Secrets de la clemence celeste, vous resterez ensevelis dans le fond des coeurs! Ceux-la du moins vous beniront a jamais qui ont appris, par leur propre experience, combien le Seigneur est doux, et quel sacerdoce de misericorde Marie exerce en faveur de ses enfants, dans ses temples de predilection.
Le pieux Oratorien, narrateur des miracles de Montaigu constates par les Pontifes d'Anvers et de Malines, ne craint pas de ranger parmi ces graces de choix le sentiment d'extraordinaire piete et de presence sensible du Seigneur, qu'on eprouve aux pieds de la Madone du Chene. De fait, rien d'etrange comme ce sentiment! La parole ne saurait decrire cela! Le Pere Faber, le mystique profond de notre siecle, a raconte quelque part 1'impression singuliere et profonde que causaient a certaines ames saintes la divine Eucharistie, le. Cenacle auguste de 1'autel. A Montaigu, on ressent une emotion analogue. On est la sous une influence speciale qui attendrit, calme, subjugue tout rhomme, et le prepare
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aux mysterieuses communications avec Dieu.
A ce vif sentiment de Unflni, 1'intelligence le proclame, le coeur 1'atteste et 1'adore. Ce qui agit avec une telle intensite, ce qui illumine aux heures des tenebres interieures, touche une ame d'elle-meme aride, console au sein de Tuniversel affaissement, cela ne peut etre un vain reve!
Ah ! ce n'est pas uniquement par des raisonnements abstraits que se demontre la Divinite !
Au peuple, a ces humbles qu'il aime, que la dispute ne peut convaincre parce qu'ils ne sauraient 1'entendre, a ces fatigues de la vie qui, comme Elie, en fuite devant Tinique Jezabel, n'implorent plus que le repos de la tombe, (III Reg. xix, 4) Dieu a prepare, dans sa surnaturelle vertu, une demonstration triomphante, meilleure que tout argument.
C'est la, excellemment, que se decouvre la raison des sanctuaires surnaturels, dans le plan general de la redemption.