‹ Notre-Dame de Montaigu [microform] monographie religieuseChapitre 7 sur 10 · PLACE DES SANCTUAIRES SURNATURELS DANS LE PLAN GENERAL DE LA RELIGION · texte numérisé non relu

PLACE DES SANCTUAIRES SURNATURELS DANS LE PLAN GENERAL DE LA RELIGION

'est dans le cadre general de 1'oeuvre du salut qu'il convient de placer les prodiges accordes pai le Seigneur a la piete des fideles, dans les Sanctuaires ou s'assemblent les peuples.

En dehors du catholicisme, nul culte ne peut se vanter de posseder dans son sein ce signe populaire de la Divinite et de la verite de la doctrine, qui est le miracle.

Seule, ecrivions-nous ailleurs sur ce sujet capital, seule, 1'Eglise catholique a la saintete des OSuvres surnaturelles ou le don permanent des Miracles, accomplis par la vertu.

de Dieu, par dela toutes les forces des agents crees. J.-C.avait promis a ses Apotres qu'ils feraient des prodiges superieurs aux siens, et que ce serait la marque de leur apostolat.

Dans une Apologie publique, Quadrat, ce pla-

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tonicien convert!, osait inviter le stoicien couronne Adrien a s'eclairer sur les miracles de J.-C. J'en appelle, disait-il, a ceux qui ont ete gueris et ressuscites d'entre les morts lors de son Ascension, et dont plusieurs sont encore en vie! S. Irenee signale les guerisons, les exorcismes, les proprieties, les resurrections accomplies sous ses yeux, par les Chretiens de son temps, chaquefois que lebesoin des ames et de 1'Eglise le demandait. Tertullien dene les pa'iens d'egaler les prodiges realises par les disciples du Seigneur. Je consens qu'on condamne ceux-ci a mort,dit-il, s'ils sont vaincus. Ce grand et ferme esprit, qui avait vecu trente ans dans le paganisme, atteste 1'empire visible de 1'esprit du mal, en meme temps que les victoires du Christ sur son ennemi. Jules Materne, s'adressant a Porphyre, le defenseur du paganisme, lui rappelle que Serapis et les dieux sont contraints d'obeir aux Chretiens.

S. Cyprien invite le magistrat Demetrius a s assurer par lui-meme de 1'effet produit sur les idoles, par 1'ordre des exorcistes Chretiens.

Le savant Origene mentionne aussiles miracles eclatants operes par les croyants, et dont il fut le temoin : il les distingue des vains prestiges, et prend solennellement Dieu a temoin qu'il rapporte la verite. S. Athanase, dans la Preface de la vie de fabbe Antoine, note que les evenements qu'il relate ont ete accomplis sous ses yeux, et en partie certifies par un compa-

gnon assidu du saint : il ajoute qu'en toutes ses narrations, il a peint uniquement la realite. Theodoret de Cyr, dans son Histoire ascetique, raconte les miracles des saints Religieux dont il fut temoin oculaire. S. Paulin de Milan decrit jusqu'a cinq resurrections operees a 1'intercession desoncontemporain Zenobe,eveque de Florence. S. Ambroise rappelle les guerisons accomplies au tombeau des SS. Gervais et Protais,a Milan, et sous ses yeux. S. Augustin compte un tres-grand nombre de guerisons miraculeuses dues a 1'intercession de S. Etienne: toute la ville d'Hippone les a vues, dit-il, et moi comme les autres, j'en fus temoin ; parrni ces prodiges il range plusieurs faits de

resurrection. Lors de la persecution des Vandales, de nombreux confesseurs auxquels on avait ampute la langue jusqu'a la racine conserverent 1'usage de la parole. Ce fait fut verifie par Victor de Vite, 1'empereur Justinien, le Grec Procope; 1'incredule Gibbon avoue qu'il fut atteste par des temoins oculaires, durant plusieurs annees, surle theatre le plus vaste, le plus eclaire de 1'univers. Rappelons encore S. Martin de Tours dont les prodiges furent decrits par Sulpice Severe, son disciple; la delivrance miraculeuse de 1'innombrable foule accourue a Aries, pour honorer S. Genese et precipitee duhaut d'un pont dans le Rhone, fait raconte par S. Hilaire d'Arles qui s'y trouyait present. Tout le monde sait que.les miracles de S. Bernard ontete attestes sous serment par trois temoins oculaires, compagnons habituels du Saint : Arnould abbe de Bonval, Guillaume abbe de S.Theodoric etle secretaire du Saint, Godefroid.

A tous ces faits garantis par des temoins si graves, la plupart oculaires, les graces insignes

obtenues a 1'invocation de la douce Vierge de Montaigu, ajoutent leur faisceau de gloire et de celeste persuasion. Le concours de croyants, accourant depuis cinq siecles aux pieds de 1'Image de Notre-Dame du Chene, est le tresor par excellence du grand pelerinage flamand.

C'est cette piete surhumaine qui donne son veritable prix a la celebrite du temple, a la pompe qu'y revet la piete. Si la superstition guidait ces troupes innombrables ; si la vertu d'en haut ne se manifestait devant elles avec un eclat vainqueur, depuis longtemps elles auraient porte ailleurs leurs invocations. Les populations continuent d'affluer a la Montagne, les sages de la terre s'y confondent, dans leurs peregrinations, avec les ignorants sans culture. C'est que Dieu y parle a leur coeur avec 1'energie et la douceur ou se reconnait I'eternelle verite !

L'incredule peut se refuser a s'avouer les phenomenes d'illumination et de grace dont la foi demeure, a travers les ages, la source toujours renouvelee. Mais a la vue de ces legions

defideles, aux.quels la croyance de 1'Evangile et la pratique de la piete chretienne apportent, depuis des siecles, la consolation et la paix, le probleme des origines du Christianisme s'evoque comme de lui-meme devant 1'esprit.

En mettant fin a ces pages fraternelles, il semble opportun de nous arreter quelques instants devant ce debat qui domine tous les autres. Sa gravite est telle que, pour 1'eclairer, il est juste de ne negliger aucune source de lumiere. Reunissons dans un meme regard des verites rattachees par d'aussi intimes liens.

Est-il besoin de le dire ? La verite de 1'Eglise catholique qui, seule, remonte jusqu'au Seigneur Jesus dans 1'unite de la meme croyance, des memes Pasteurs et des memes Sacrements, est demontree des qu'on s'est convaincu de la divinite de son fondateur. La doctrine enseignee aux hommes par un homme-Dieu doit etre vraie, nimporte les mysteres et les dogmes impenetrables qu'elle propose a la conscience. C'est la preuve historique. de la

revelation divine qui est le fondement meme de la creance, comme 1'enseigne S. Thomas, 1'Ange de 1'Ecole, et avec lui tous les docteurs. Et un critique contemporain, M. Wallon, a pu ecrire : Toute la question religieuse peut se ramener a une question d'histoire ; la religion a sa demonstration dans les faits.

Faut-il toucher ici ces arguments ?

Les apologistes rappellent qu'au sentiment des adversaires de la foi eux-memes, les Evangiles remontent jusqu'a 1'epoque apostolique et que les lettres les plus importantes de S. Paul sont sans conteste de cet Apotre. La sont rapportes par des temoins immediats et devant des contemporains hostiles et puissants, les miracles insignes du Seigneur, et en particulier sa resurrection. Manifestement, tous ces prodiges n'avaient qu'un but : attester que le Fondateur etait le Fils du Dieu vivant, et montrer dans le Pere celeste I'mfaillible garant de cette croyance. Jesus lui-meme, par- tout 1'ensemble de ses affirmations, par la position et le role sans exemple qu'il s'attribue dans

1'histoire religieuse du monde, se declare l'egal de son Pere. C'est sous cette forme, et nullement comme un Messie juif, ni comme le revendicateur des esperances politiques de sa nation, qu'il se pose devant Israel, et que ses biograph.es le signalent a la foi des Juifs et des paiens. Ce type d'un prophete, d'un maitre, l'egal du Createur immortel, etait absolument oppose aux idees des Hebreux. D'elle-meme, Taudace d'une telle affirmation devait appeler sur J6sus et sur ses disciples Tanatheme du peuple elu.

N'est-ce pas M. Renan lui-meme qui nous en livre 1'aveu, lorsque, a propos des Nazareens, il ecrit dans son dernier ouvrage sur les Evangiles : Leur admiration pour Jesus etait sans bornes; ils le qualifiaient de prophete de la yerite par excellence, de fils de Dieu, d'elu de Dieu; ils croyaient a la resurrection, mais ils ne sortaient pas pour cela de Tidee juive, suivant laquelle un homme-Dieu etait une monstruosite. .

Ces dispositions etaient, evidemment, celles

dlsrael tout entier. De fait, c'est parce qu'il s'est dit le Fils de Dieu que la Synagogue decide la mort de Jesus. C'est pour avoir preche sa divinite que ses premiers herauts sont condamnes au supplice. La mort du Maitre ne s'explique que dans cette supposition. On ne peut des lors soupconner les disciples d'avoir cree ce que les incredules nomment 1'histoire merveilleuse ou la legende de Jesus. Jamais ils ne 1'eussent elaboree dans la forme que 1'Evangile a fixee. Qu'on y songe ! Des narrateurs juifs n'auraient eu garde, de tenter une reforme morale, au nom d'un Fondateur aussi oppose aux idees et aux traditions seculaires d'Israel, si des prodiges averes et publics n'eussent, par . leur eclat meme, accredite un si extraordinaire projet. Jamais ils n'auraient ose, a une distance si voisine des evenements, preter a un h6ros, de soi peu sympathique a leur nation, le cycle de miracles qu'ils lui attribuent, si leur realite eut pu faire 1'objet d'un soupcon. Si les Evangiles n'eussent repose sur des faits notoires, incontestables, ils n'auraient jamais

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mentionnela resurrection du Maitre supplicie, en face du Sanhedrin, et de toute la nation, auxquels il etait trop aise de percer a jour des fourberies aussi criantes.

Si vague qu'ait pu etre parmi les juifs la notion des lois de la nature; si enclins qu'ils fussent a croire aux manifestations surhumaines, un voyant fanatise n'eut jamais communique a toute une societe d'hommes hostiles a sa croyance ses vues exaltees, ni impose, comme des merveilles dignes de Dieu, des prodiges suspects. Cette conclusion acquiert toute sa force, sil'on prend garde que, des I'origine, le mouvement evangelique provoqua, dans la Judee comme dans les pays voisins, une anxiete reelle.

II suffit de parcourir les Actes des Apotres, ce document d'une incontestable authenticite, pour se convaincre de Tirritation causee par les premieres predications de S. Pierre et de ses collegues, et de la fureur inspiree aux zeles de la Synagogue par la conversion de S. Paul. Que ne 'devait pas tenter le Sanhedrin, pour

demasquer le mensonge ou 1'erreur de ce convert! illustre, assez audacieux pour enseigner que la foi des Chretiens etait vaine si le Christ n'etait ressuscite, et n'hesitant pas a se porter, par trois fois, garant de cette resurrection.

Dans leur colere centre ce messager de la foi dbnt il avait ete le persecuteur, les juifs de Jerusalem n'avaient-ils pas fait vceu de se priver de nourriture, jusqu'a ce qu'ils eussent trouve moyen de le mettre a mort? (i) A coup stir, aupres d'esprits ainsi disposes, les apotres n'ont pu songer a precher les miracles du Sauveur que parce qu'ils avaient la certitude de leur realite.

On a pretendu parfois que quelque chef secret a preside a la narration des evangelistes de Jesus. Combien n'eut-il pas ete naturel, en ce cas, de revetir le pieux roman de couleurs qui 1'auraient moins discredite aux yeux des juifs, d'expliquer les miracles et la resurrec-

(i) Acles, xxni, 21.

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tion dans un sens figure et allegorique, a la mode des Esseniens, secte fort enfaveur a cette epoque.

Quel but, d'ailleurs, assigner a ce mensonge premedite? La morale prechee par les Apotres, et appuyee sur leurs recits, repugnait au temperament hebreu, exclusif, superbe, superstitieux. L'Evangile presentait d'une part un idealisme eleve, peu sympathique a ces juifs formalistes, amateurs de rites et de minuties ceremonielles. D'autre part, il ajoutait a 1'idee sublime du Royaume de Dieu, du culte en esprit et en verite, 1'affirmation de la Divinite de son Fondateur, de 1'autorite des Ap6tres et de la suprematie de leur chef. Qui ne voit que tous ces caracteres n'eussent jamais ete reunis, dans une vue commune, par des reformateurs de Judee, s'ils n'eussent ete que simplement fanatiques ?

Ceux-ci eussent fait la part plus grande aux esperances messianiques, pour lesquelles les plus sages rabbins mouraient encore un siecle plus tard, avec une confiance inebranlee.N'est-

ce pas avec ce caractere d'apre juda'isme et de zele politique que nous apparaissent S. Paul lui-meme, avant sa conversion, et le savant rabbin Akiba crucifie sous Adrien, et 1'auteur in-.' connu du livre de Judith? Les juifs amateurs d'idees plus liberates, comme Gamaliel qui le premier peut-etre repandit en Palestine les idees hellenes, auraient concu et transmis aux Ap6tres, aux Evangelistes un type religieux moins dogmatique, et jamais ils n'y eussent introduit la notion de la divinite du Fondateur, si clairement formulee dans les ecrits de S. Paul, dont les rationalistes eux-memes proclament 1'authenticite.

La predication de 1'Evangile, au temps de Cams Tibere et de Cai'us Neron, ne pouvait aboutir qu'a la rnort, au martyre de ses missionnaires, et cela dura ainsi trois cents ans.

Qu'on ne parle en cette occurrence ni d'enthouslasme, ni d'hallucination ! Des disciples qui fuient leur maitre et le renient, selon leur propre aveu, semblent des gens peu enthousiastes ! L'hallucination n'eut pas envahi tout j

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le corps apostolique. Elle eut epargne S. Paul, ce Pharisien instruit a la fois dans la doctrine de Gamaliel et dans celle des professeurs de Tarse, le centre des traditions les plus raffinees de la philosophic classique. Du reste une illusion n'eut fait que compromettre davantage les recits evangeliques. Elle n'aurait pas evite a ceux-ci le dementi d'une epreuve officielle que la gravite des conjonctures rendait aussi aisee qu'inevitable.

Le monde paien, cependant, a fini par seconvertir a la predication des apotres : il a accueilli la divinite de Jesus-Christ. Le monde juif a suivi sur ce point les paiens. La morale essenienne si aimable, si commode, avec son theisme substituant des allegories aux phenomenes surnaturels, n'a laisse dans 1'histoire qu'une trace ephemere. Les stoi'ciens ont passe comme elle. La gnose d'Alexandrie n'a pas resiste au choc des systemes. Bieri avant que les Cesars la protegeassent avec plus de calcul que de piete, seule. une doctrine autoritaire avec sa morale precise, odieuse a 1'orgueil dans

ses applications de detail, autant que par son organisation hierarchique personnifi.ee dans une Eglise de Docteurs et de disciples, avec ses apotres deplaisants et incultes, avec son Fondateur crucifie comme un malfaiteur et preche comme un Dieu ; seule cette doctrine, si deconcertante pour la raison, si antipathique a la nature, est devenue la religion de 1'humanite! N'est-il pas vrai que voila un phenomene absolument contraire aux lois accoutumees des evenements humains? Le doigt de Dieu est la!

Qu'on ne vante, pour echapper a cette conclusion, ni 1'excellence de la loi evangelique, ni la charite des premiers Chretiens, ni la fatigue du scepticisme eclectique et du formalisme juif preparant a un culte philanthropique des triomphes faciles. N'allons pas 1'oublier : Les maximes generales de la morale de Jesus, que les incredules mettent habilement en relief, etaient presque celles de tous les systemes philosophiques. C'est surtout dans ses applications concretes et clans les principes d'incomparable

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grandeur spirituelle qui les dominent et les inspirent que se dessine la physionomie du christianisme : dans les prescriptions du sacrifice, de 1'absolue purete des actes et des desirs, du pardon des fautes, de la regeneration interieure et de Tunion avec Dieu, de 1'amour des pauvres et des petits, de 1'obeissance aux chefs spirituels; enfin, de 1'abandon des biens et du renoncement, pour ceux qui ambitionnent les palmes du Chretien parfait.

Or, pour quiconque connait la societe de ce temps-la, il est evident que depareils preceptes ne .pouvaient que creer a la Bonne nouvelle une repulsion presqu'unanime.

Sans doute ! il n'est pas toujours possible de ramener les grandes crises des peuples aux regies precises des inductions Mstoriques. Mais a moins de renverser toute logique dans les 'causes et toute suite dans les faits, il ne peut etre vrai que la plus difficile des entreprises ait reussi par les moyens qui, irreparablement, devaient engendrer sa ruine. Ce serait lancer

Thistoire dans le domaine de la haute fantaisie

que d'accueillir une pareille conclusion, sous pretextede solliciter les textes ou de deviner les everiements!

Dira-t-on que I'avenement de 1'Evangile fut, en ses debuts, un mouvement de miserables, une reaction de delaisses? Eh! a ceux-ci, Jesus ne permettait que la patience, la resignation. Que pouvaient, du reste, ces miserables pour fonder 1'empire de la Croix dans la societe la plus aristocratique qui fut jamais? A part ces considerations, ce serait connaitre bien nial le cceur humain que de chercher, dans les bienfaits qu'elle repandit, le succes sans rival de la religion de Jesus. Ces motifs interesses peuvent agir sur la foule des mercenaires : ils n'eussent pas entraine les esprits eleves, les ames fieres, genereuses : seuls, ils n'eussent jamais eu la puissance de fonder la religion chretienne, avec sa theologie, sa morale et toute son organisation si opposees a tout ce qu'attendait 1'epoque.

II est tres-vrai que I'ennui du rationalisme a pu, en des cas isoles, conseiller la diversion

d'un symbole net et arrete. Mais cette cause n'eut pas suffi a 1'expansion subite et vaste du christianisme, dans le monde greco-romain.

Le scepticisme desolait surtout les lettres.

S'imagine-t-on de bonne foi que les contemporains de Seneque, d'Adrien, de Marc-Aurele trouvassent un attrait vainqueur a une doctrine s'imposant a leur orgueil a titre d'autorite, proposant a 1'adhesion de 1'esprit des mysteres inaccessibles, et au coeur une loi d'humilite, de renoncement, de chastete: 1 Les penseurs du Portique et de 1'Academie se seraient-ils jamais ranges sous la banniere d'un reformateur supplicie, dans une communaute d'obscurs missionnaires dont le chef s'arrogeait, -de droit divin, une primaute spirituelle d'elle-meme fort repugnaiite aux sentiments naturels de Thomme ? Ce serait pitie de le soutenir. Volontiers, ces hommes auraient consenti a considerer Jesus comnie un sublime moraliste. Quelques-uns d'entre eux auraient plac6 son image dans leur laraire prive, a cote de celles d'Aristote, de Platon et d'Orphee,

comme Dion Cassius le raconte de Tempereur Alexandre Severe. Mais reconnaitre le reformateur hebreu pour Fils de Dieu, pour un revelateur surnaturel, au sens evangelique et precis de ce mot; accueillir les dogmes si positifs de 1'Eglise et son organisation hierarchique; jamais ils ne 1'eussent fait! Ce fondateur n'etait-il pas un Juif ? Ces predicateurs de la foi nouvelle ne sortaient-ils pas de la Judee, et leur doctrine ne passait-elle pas pour un enseignement juif? On sait le mepris qui s'attachait a une pareille origine, au point de vue doctrinal surtout. Quand Tacite nous avertit qu'on accusait les Chretiens de haine du genre humain, il devait etre bien informe! Que se passe-t-il, cependant? Le peuple juif, fascine depuis des siecles par le reve d'un Messie temporal, se convertit en grande partie a la foi du Crucine; il se range a 1'Evangile, qui, par ses principes aussi bien que par ses premiers herauts, etait en opposition complete avec les esperances theocratiques: Le monde pa'ien s'y range a son tour. Ces hommes qui,

pour coiivrir leurs debordements d'une excuse sacree, les avaient fait entrer dans les mysteres des Dieux, acceptent la croix du sacrifice et la morale cle la continence et de la fraternite; ces gentils dont le culte n'etait presque plus qu'une affaire d'Etat, et dont le chef tenait autant a son titre de Pontife maxime qu'a celui d'Empereur, reconnaissent maintenant le supreme pouvoir spirituel a des predicateurs illettres et indigents. Et pour qu'on ne put Yoir en ce premier elan des ames un fanatisme amoureux de nouveautes, une fraction importante du peuple hebreu combat jusqu'au martyre pour defendre a Pella les dernier s restes de sa liberte et de ses traditions ; et dix grandes persecutions attestent a leur tour la resistance forcenee de 1' element paien. A coup sur, a juger les choses par la loi des correlations historiques , pour triompher en de pareilles conjonctures, il a fallu a 1'Evangile et a 1'Eglise une vertu superieure a la simple nature : je veux dire, la toutepuissante efficacite d'une oeuvre surhu-

maine. la divinite de son Fondateur enfin.

On pent s'obstiner a rejeter cette divinite de Jesus-Christ, la realite de ses miracles, toute la verite de la foi chretienne, en un mot, dont nos temples, nos ceremonies, nos pelerinages sont 1'expression publique. Dans toute demonstration qui se meut sur le terrain de 1'histoire, 1'esprit humain ne peut etre etreint par 1' evidence despotique propre aux deductions mathematique sou aux preuves d'intuition. Mais, en ce cas,la parole devenue presque banale, si profonde cependant, du grand Augustin, continue a se verifier. Si Ton soutient que 1'Evangile s'est propage sans miracle, qui ne voit que cette propagation-la serait ellememe le plus . grand des miracles ? De fait, alors, on se prend a une autre difficulte, et pour quiconqae a foi a une intelligence supreme, arbitre du monde, celle-ci serait sans issue.

Voici le raisonnement qui invinciblement pese sur 1'esprit de 1'incroyant. De bonne foi, 1'incredulite peut-elle invoquer autant de

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garanties que le catholicisme ? La maxime de Richard de Saint- Victor n'est-elle pas vraie Si nous so mines trompes dans la foi au Christ, c'est Dieu meme qui nous a trompes? Pesons cette consideration : elle resume tout le reste ! Celui qui croit a 1'existence d'un Dieu d'infinie saintete penetre facilement le fond de cette sentence.

Seul, parmi les enfants cles hommes, le Christ s'est acquis dans 1'histoire une place a part. Son r61e, ses affirmations sur sa mission, sur sa divinite et sur celle de son ceuvre sont d'un caractere unique. Quelle doctrine peut rivaliser avec la Bonne nouvelle, pour 1'elevation, I'etendue, le charme, la saintete, 1'intelligence de tous les besoins cle la nature humaine? Quel prophete accomplit des oeuvres comparables aux oeuvres de Jesus ? Qui donna une impulsion pareille aux dmes? DeTaveu de M. Renan, 1'histoire est incomprehensible sans lui; c'est 1'obscur Galileen qui a jete parmi nous le glaive qui nous divise et la parole qui nous unit. Les princes de la pensee, les

plus fermes esprits, ceux-la que 1'habitude de la critique preserve des entrainements irreflechis et des prejuges de Teducation, out same clans le Christ le Fils du Dieu vivant; et ils voient, en cet hommage, un tribut rendu a une verite appuyee sur des titres que dix-huit siecles de controverses n'ont fait qu'affermir. Des lors, voici, a notre avis, 1'argument central de 1'apologetique, et tout son resume.

Qu'au temps de Jesus, des Juifs aient congu un ideal religieux si parfait que ceux-la memes qui le repoussent avouent qu'il constitue la plus complete synthese morale; que ces Juifs aient popularise en quelques annees cette croyance a la fois si elevee , si hostile aux passions, et battue en breche, des son apparition, par tous les pouvoirs d'ici-bas, voila un fait qui sort de tous les precedents historiques. Jamais Joseph d'Arimathie, Gamaliel ni saint Paul n'auraient trouve Tidee de 1'Evangile et de TEglise; s'ils 1'eussent trouvee, ni les Apotres, ni la Synagogue, ni les Juifs ne 1'eussent acceptee, ni comprise. La doctrine nouvelle a

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ete formulee par quatre ecrivains juifs, et par saint Paul, quelques annees apres la mort du Seigneur. Elle a ete des 1'origine accueillie par d'eminents genies ; aujourd'hui encore, elle leur apparait comme le plus parfait type d'une religion complete, humanitaire, c'est-a-dire populaire et sublime, plus efficace,mieux en harmonie avec les voeux secrets de la raison et du co3ur de l'homme que toutes les autres formes de religion naturelle'et positive. Eh bien ! en face de cette foi des sages si desinteressee, si libre et pourtant persistante, il faut necessairement admettre la divinite de Jesus et celle de son oeuvre. On ose dire que le Christ n'est pas Dieu! En ce cas, s'il existe un Dieu il se devait a lui-meme, il devait a rhumanite de ne pas souffrir, dans le Christ Jesus, la reunion de tous les attributs predestines a produire fatalement, invinciblement, Tidolatrie monstrueuse qui, dans le Fondateur du Christianisme, allait venerer la Divinite meme. Dieu se devait d'empecher dans la personne de Jesus

fut-il un saint sans egal ! le concours de

caracteres ou non-seulement la foule, mais 1' elite de 1'humanite verra toujours le signe, la sanction du Ciel. II n'y a pas de Dieu et il n'y a pas de Providence, ou bien le Christianisme est divin, et le Christ est 1'egal du Pere, de TEsprit eternel. Ou le Catholicisme est la seule Religion vraie, ou Dieu a trompe les hommes en les livrant a une irremediable erreur ! De ce dilemme, nul esprit de bonne foi ne sortira jamais.

Quoi done ! Voici une religion ou 1'incredule ne consent a voir qu'un symbole purement humain ; voici un Evangile dont quatre disciples, trop nai'fs pour etre soupconnes d'imposture, ont ete les compilateurs de hasard. Et les simples d'esprit qui trouverent cette forme nouvelle de 1'adoration auraient reussi a lui donner une perfection sans exemple : des Galileens, si ignorants de Tetat general de la conscience humaine, seraient parvenus a repondre a tous ses desirs, a donner satisfaction a toutes ses aspirations intimes et sociales. Us auraient parle du Pere celeste en

des termes dont la profondeur et 1'eloquence auraient ravi Platon! Us auraient decrit les mysteres de la vie divine, dans un langage qui restera pour to us les siecles la source d'une emotion sans egale ici-bas, de 1'aveu des plus fermes penseurs ! Jamais Epictete ni Marc Aurele, les plus honores entre les anciens sages, n'ont enseigne, avec une telle persuasion, la fraternite humaine, 1'amour de la vertu, 1'absolue purete. Et par un phenomene plus inexplicable encore , la religion de cet Evangile errone aurait apporte aux croyants une paix, une tranquillite qu'en vain, depuis vingt siecles, la philosophie cherche et promet.

C'est ici, a coup sur, un phenomene comme n'en presenta jamais 1'histoire des cultes !

Apres tant de disputes sur les fondements de toute croyance et de toute morale, sur 1'ame, sur la vie future, sur Dieu, la philosophie hesite aformuler ses' theses. Si elle adhere en pratique aces dogmes capitaux, surlatheorie elle sevoit condamnee a des reserves innnies. Dans quelle ecole regne 1'unite, la Concorde des opinions ?

Tout pres de nous, des incredules celebres se sont charges de divulguer leurs divergences, leurs doutes impuissants. Pour ne citer que ceux-la, c'est 1'illustre Jouffroy, regrettant, sans pouvoir les ressaisir, les croyances joyeusesde son enfance montagnarde. C'est M. Scherer s'ecriant que 1'homme marche vers un but inconnu par un chemin incertain. C'est M. Renan assurant que rhumanite est la victime de quelque dupeur inconnu, qui se complait a la plonger dans 1'agonie des incertitudes sans fin;

D'ou vient, dans 1'ecole de la raison pure, bornant son systeme religieux a quelques articles en apparence si simples, tant de querelles et tant de schismes ?

Ah ! serait-il done vrai, comme I'affirmait saint Thomas d'Aquin, que sur ces points euxmemes, afin qu'il les croie avec surete, sans melange d'erreurs et d'une foi tout ensemble populaire et serieuse, l'homme appelle, comme d'instinct, une parole superieure, une autorite incapable d'errer et digne d'une absolue creance ?

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Serait-il vrai, ainsi que 1'avoue un des coryphees de la science separee, qu'en pratique la religion naturelle des incredules n'est qu'une chimere ? Mais alors, ne serait-ce pas sagesse que de se tourner, dans la perpetuelle oscillation des principes, vers cettecroyance de Jesus, stable et ferme comme la verite, democratique et sublime, comme ,1'esprit meme de 1'humanite, pleine de calme et de consolation comme doit 1'etre une religion celeste, apportee aux hommes par un Dieu ?

Du moins, devant ces qualites reservees, dans une institution nee de fondateurs si peu riches de delicatesse, de science, de toute grandeur humaine, 1'incredulite devrait cesser ses ricanements, et accorder qu'il y a la un fait qui merite mieux que de Tindifference. Ceux-la, qui vivent de cette Religion peuvent se feliciter de ses bienfaits ! Us se diront, s'ils sont sages, que leur joie interieure est une marque de 1'excellence de leur doctrine, et qu'il y aurait crime et folie a la comparer a des conceptions sans cesse changeantes, et dont le pre-

mier chatiment est de laisser a leurs adeptes une amertume dont rien ne console.

Dans une religion, appuyee sur des preuves comme celles dont se vante le catholicisme, si ce sentiment qiii couronne tout le reste pouvait etre trompeur, ou done serait la verite ? Si Dieu permettait a 1'erreur de cacher a tel point les marques de la faussete, comment 1'erreur serai t-elle imputable a la volonte ? Que deviendraient, enfin, la raison, la conscience et les convictions de's homines ? La verite d'une religion qui, si elle n'etait divine, serait une impossibilite historique et une contradiction surnaturelle, semble suffisamment prouvee !

Ainsi,par une demonstration vivante et accessible a tous, la Religion se revele a celui qui cherche le Seigneur en esprit et en verite.

Ramener a Tame ce vif sentiment de Dieu et des choses eternelles, voila, pour la meilleure part, la destination providentielle des sanctuaires privilegies , dans le plan general de la Redemption. Le Temple de Notre-Dame de

Montaigu occupe a cet eg-ard une place d' elite, dans 1'histoire de 1'Eglise et dans celle des ames.

De ces murs temoins de tant de larmes et de prieres, de tant de graces et de combats, que de lecons de salut surgissent! Ici Jes coeurs innocents goutent, dans la joie de la conscience sans reproche, la premiere recompense de leur fidelite : le coupable retrouve la serenite humble et confiante d'un pardon dont Dieu etait impatient. Le pauvre, aii spectacle de 1'egalite chretienne, porte avec moins d'amertume sa dure destinee ; et 1'ignorant dans les oeuvres eclatantes du ciel, reconnait le triomphant temoignage de sa foi. Ici, loin des argumentations abstraites trop souvent infecondes, le lettre apprend, par une experience personnelle, le charme des communications directes avec rinfini, semblables a la lumiere dont nulle description ne supplee levivant eclat.

- Et toi-meme, jeune homme! a 1'heure ou toutes les facultes de ton etre se sentent

transportees , avec une puissance magique,

dans le champ sans bornes des reves et des desirs, toi-meme tu comprends queles seules joies veritables sont celles qu'aucun regret ne deflore, et que n'attriste aucune deception; tu proclames que la lutte pour la vertu est un honneur autant qu'une jouissance, et qu'une croyanceconsolant toutes les tristesses, repondant aux besoins les plus profonds de Tame, ne peut etre que la verite. Tu demandes, dans une priere emue, que la lumiere dont tu jouis eclaire tant de nobles esprits qui la meconnaissent,parce qu'ils n'en ont qu'une vue diminuee, et obscurcie par leurs prejuges ou par les injustices et les exagerations des hommes. Tu te redis, enfin, avec le genie qui comprit peut-etre le mieux son temps, que sil'Eglise n'apastoujours eu dans tous les siens sa transparence divine ; son honneur, du moins, est de ne jamais souffrir que pour la meme cause qui fit souffrir son maitre (i).

(i) Lacordaire, Lettresa un jeuns. Jiomme suv la vie chrltienne.

SANCTU AIRES SURNATURELS ' 257

Heureux les Chretiens qu'a 1'aube de la vie, a conduits dans quelque sanctuaire de Marie une mere, une soear pieuses, et que ramene la, aux heures moins sereines, le meme amour dans la meme foi !

Ces autels pour eux seront eloquents : d'instinct ils y apprendront les vertus de 1'Evangile personnifiees dans laVierge sainte : la purete, I'humilite, la bienveillance envers tous, 1'amour filial pour le Pere qui est dans les cieux, 1'ardente communion, par la pensee et par les oeuvres, avec le Christ Jesus. Ainsi, pour parler avec nos Livres Saints, la montagne ou habite le Seigneur, vers laquelle montent les peuples, leur enseignera jusqu'a la fin, a suivre les voies de la justice, a marcher dans le sentier des commandements, qui est aussi celui du bonheur.

O culte de Marie, s'ecriait un pelerin, sur le seuil d'un temple fameux ! Pieux amour du cceur ! Delices des ames pures! Et en meme temps, premiere esperance des pecheurs, appel du retour, ressource supreme contre Ten-

durcissement, gage de conversion et de

salut (i)- !

Ala pensee des legions de jeunes Chretiens accourant aupres de Notre-Dame-du-Chene, involontairement ces paroles nous reviennent a la.memoire. Un jour, peut-etre, en ces temps de revoke, la contagion du monde jettera une ombre troublante sur les belles annees d'innocence et de lumiere. Peut-etre le ricanement del'impie,le triomphe des pervers feront rou-

gir les fronts auxquels 1'aimable vertu et la croyance des ancetres faisaient un diademe plus beau que celui des rois. Alors, du moins, en quelque repli secret de rame,se reveillera la pensee du bonheur d'autrefois, de la vertu devenue importune, du symbole aujourd'hui meconnu, des sacrements abandonnes maintenant.

Dieu ne rentre dans le coeur, ni par la polemique hautaine, ni par le fracas de la demonstration ; mais il apparaitra de nouveau a la

(i) Ch. Peraerts et Beauvois. La Normandie, p. 23.

conscience obscurcie du jeune homme, comme un ami fidele attendant pour retourner au foyer jadis familier 1'heure des jours mauvais, conseillere de reconciliation et de repentir. Dans la tristesse d'une epreuve, dans la pressure d'une injustice, dans le brisement de quelque affection qu'il revait eternelle, le chretien se rappellera les tabernacles d'ou jadis descendaient sur lui la clarte et le calme, demandes vainement au plaisir frivole, a la negation superbe. La verite et la foi feront retour dans Tame par tine larme, par urie invocation confuse encore, par le souvenir melancolique des jours, evanouis. Ah ! Dieu qui connait I'homme n'egale pas sa colere a nos faiblesses. Au premier effort, si timide, si. vacillant du pecheur gemissant sous une chaine fascinatrice, le Seigneur ajoutera son surnaturel appui. La protection de la plus sainte des creatures achevera, une foisde plus, dans rintimejoiedei'ame, le mystere de la reconciliation et du salut.

Ainsi, dans ses temples privilegies, Marie reste pour tous les Chretiens, suivant la parole

de saint Bernard, la Mere de 1'esperance, une Protectrice toute-puissante, ie type parfait de la vertu evangelique. Ainsi continue a se verifier, a travers les ages, la douce promesse gravee sous la sainte Image de Notre-Damedu-Chene : J'aime ceux qui m'aiment. Ego diligentes me diligo.

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