SCENE II CLAUDE FROLLO, puis GRI.NCOIRE
CLAUDE FROLLO entre par la galerie du fon.l.
Depuis que je me suis enfui , depuis que je me suis arraché à cet horrible spectacle, qu'est-ce que j'ai fait? où suis-je allé? Je ne sais pas. Je marchais au hasard, je marchais dans la fièvre, dans la rage, dans le délire. Ah! je soiiiïrais! Je soulTi-iis tant que par instants je m'arrachais des cheveux, pour voir s'ils ne blanchissaient pas. — Mais maintenant, quoi! c'est fini! elle est
morle! (La luno s'est levi^e Dans la (ralerio «lu fond passe la E.meralila, vêtue d'une robe Manche et d'un voile hiane. Claude Frollo ne la
voit pas Kiie disparaît ) J'ai touclié le foud de la diudeiir possible. Le cœur humain ne peut contenir qu'une certaine quantité de désespoir; quand l'éponge est imbibée , la mer peut passer dessus sans y faire entrer une larme lie plus, — Ali! le bréviaire! -- Si je pouvais trouver ilans le saint livre quelque ctmsolalion ou qui'lqiie encouragement ! Le livre de Job m m) "... Et un esprit passa devant ma face,el j'entendis un soiiflb», el mes cheveux se hérissèrent. » (serariani «vee terreur) Oh! je veux ramasser un bAton , je saisis un fer rouge ! — Allons, regagnons ma cellule. — La pauvre morte! elle
doit être froide à présent, l'il .e diri«e ver. la ealerle; au moment on il arrive a la plaee flairée par In lune, il s'arn'<le. el, d'une vois MoulTée ) Dieu! (La E.niemlda. sans le voir dan. l'ombre, «'avaneo lentement dans la elartù, en regardant le eiol; h rhaquo p«a qu'elle fait en avant. Il Tait un pas en nrriiym: quand elle entre sous U voftte, M est tomb^ k genoux , la tète rejette . les bras érartés. Klle passe
TABLEAU X. — LA LOGIiïTE UE ULFLT.E
et rentre <lans la logette. Il répète comme machinalement;) « Ln CS-
prit passa devant ma face, et j'entendis un soufde, et
mes clieVOllX se hérissèrent. » (Gringoiic para» dans la paierie) Ail! 1111 l'Ire vivant!
GKINGOIHR , cherchaiil clos yeux
OÙ diable suis-je"? Je ne retrouve |ias la cellule de l'archidiacre.
CLAUDE FBOLI.O.
Gringoire !
CRIN GO m K, apon-cvant Clau.ln Frollo.
Ces! lui!
CLAL'DK FHOLLO .
Que faites-vous ici? Qui cherchez-vous ?
GRINGOIRE
Qui? eii! mais vous, mon maître. Vous, ou la lismeralda.
CLAUDE FROLLO
La Esineralda!... Que dites-vous?
GRINGOIRE
Oui, la Esmeralda. Où est-elle?
CL \UDE FROLLO
Dieu! est-ce qu'elle vivrait encore?
Sans doute. Ne le saviez-vous pas?
CLAUDE FROLLO
Vivante! — Alors, ce n'est pas son fantôme, c'est elle que je viens de voir passer là , devant mes yeux !
GRINGOIRE
Assurément.
CLAUDE FROLLO
Sauvée! Mais comment? par qui?
GRINGOIRE
Par Quasiiiiodo.
CLAUDE, FROLLO
Par Quasimodo! — .\li! il lui est étrangement dévoué maintenant !
GRINGOIRE
11 l'a emportée entre ses bras jusque dans Notre- Dame, lieu d'asile.
CLAUDE FROLLO
Sauvée! elle est sauvée!
GRINGOIRE
Est-ce que cela vous fiche?
CLAUDE FROLLO
Non! oh! non! La lortnre pour moi va recommencer peul-êlre; mais j'aurai toujours de moins le remords!
Seulement, prenons garde! j'ai bien peur que la pauvre Esmeralda ne soit pas en sûreté ici pour longtemps.
CLAUDE FROLLO
Que voulez-vous dire?
G niNGOIKE.
Quand Quasimodo l'a si bravement enlevée, Torterue, le bourreau, élail contenta peu près comme un dogue à qui on arrache un os. Mais le procureur, maître Charmolue, l'a rassuré, et je l'ai moi-même entendu qui lui disait : Nous obtiendrons demain du parlement un arrêt de réintégration, et après-demain la justice reprendra la condamnée.
CLAUDE FROLLO
Oh! mais alors il faudrait la faire sortir d'ici.
GRINGOIRE
Impossible! l'église est guettée cl gardée, on n'en laisse sortir que ceux qu'an y a vus entrer. Quand je me suis présenté tout à l'heure à la Porle rouge, en demandant après vous, on m'a bien averti d'avoir soin de sortir par la même porte; Imites les autres me seraient fermées.
CLAUDE FROLLO
Ah! eh bien, voil.'i un moyen!
GRINGOIRE
Lequel?
CLAUDE FROLLO
Vous changez d'habits avec la Esmeralda. Vous prenez ses vêtements, elle prend les vôtres.
GRINGOIRE
Cela va bien jusqu'à présent. Et puis?...
CLAUDE FROLLO
Et puis, elle sortira avec vos habits, vous resterez avec les siens.
Mais , alors , c'est moi qu'on pendra !
CLAUDE FROLLO
Peut-être, mais elle sera sauvée.
GRINGOIRE, !>(• grallant l'oreille.
Tieus! voilà une idée qui ne me serait jamais venue toute seule.
L\U1)E FROLLO
Vous dites?...
NOTHK-UAME DFi PARIS. - AC.TI-: OIATUIEME
GRINGOIRE
Je dis, mon niailro, qu'on ni> me penilra pas peutêtre, mais qu'on me pendra indubitablement.
CLAUDE FBOLLO.
Eh! ne vous a-l-elle ]ias sauvé chez les truands? C'est une dette que vous payez.
r. RINGOIRK.
Il y en a bien d'autres que je ne paye pas!