‹ Notre=Dame de ProuilleChapitre 27 sur 81 · Visite, fol. 34, col · texte numérisé non relu

Visite, fol. 34, col

EPTRAN E

obéir à l’ordre formel de notre Père saint Dominique qui l’a voulu pour chasser l’oisiveté, la mère de tous les vices.» Les jours de fête on remplaçait le travail manuel par la lecture.

Dégagées de tout soin matériel, les sœurs pouvaient se livrer à l’office choral, à l’oraison, à l’étude. Sous la tutelle et la garde des Frères Prêcheurs, elles obéissaient à des prieures librement élues par elles; celles-ci dépendaient, à leur tour, du Prieur des religieux, du Provincial de Toulouse et du Maïtre général de l'Ordre.

Comment se passaient, dans le cloître de Prouille, les saintes journées qui tissaient la trame d’une vie qu’on peut ne pas comprendre, mais qu'il faut bien admirer? Il est d’autant plus intéressant de le savoir que, de notre temps, au xx® siècle, les moniales de Prouille essayent de revivre cette vie, gardant jalousement, comme un trésor, les vieilles traditions dominicaines du Moyen Age.

Cette vie se réglait par la prière chorale et l’oraison. é

Au premier coup de minuit la cloche du monastère sonnait à toute volée; les moniales quittaient leur dure couche et, rangées en deux chœurs devant l’autel de la Vierge dressé au bout du dortoir, elles récitaient son petit office !. Au dernier Ave Maria de laudes et au second coup de cloche, elles descendaient au chœur pour y chanter matines et laudes

1. L'office de la sainte Vierge est maintenant remplacé par la récitation des mystères joyeux du Rosaire.

du «Grand Office », suivant le ton et les mélodies dominicaines et avec les cérémonies fixées par les Constitutions.

Qui pourrait dire l’exactitude, la suavité et la dévotion de ce chant qui rappelait, au dire des chroniqueurs, le chant des anges du ciel? La « sainte Minuit » était l’objet d’un véritable culte à Prouille, parce qu’on y célébrait les louanges de Celui qui a choisi cette heure pour entrer dans notre misérable monde afin de le racheter et de le sanctifier.

Après matines, les sœurs se livraient à ce que l’on nommait les « oraisons secrètes » et dont l’obéissance réglait toujours la durée; puis elles remontaient au dortoir prendre un temps de repos jusqu’à l'aurore. Comme lit, une planche; comme meubles, un tabouret, un prie-Dieu qui servait aussi de table et de bibliothèque; un simple et pauvre trépied comme lavabo; comme ornements, un crucifix et quelques images pieuses, enfin, le luxe d’une propreté parfaite : telles étaient ces cellules témoins muets des pénitences de ces filles de saint Dominique « cet autre crucifié du Calvaire »; elles ouvraient sur le ciel et sur Dieu!

A l’aurore, la cloche réveillait de nouveau les sœurs pour l'office de prime et l’oraison matutinale. L’oraison ce « commerce d’amitié, cet entretien fréquent, seul à seul avec Celui dont nous savons qu’Il nous aime », fut toujours en honneur à Prouille. Beaucoup, parmi les sœurs, y reçurent de grandes lumières, des grâces extraordinaires et d’ineffables consolations. Et comme cet esprit

d’oraison, favorisé par le silence et se conciliant très bien avec le genre de travail manuel des religieuses, suivait celles-ci partout, c'était la vie avec . Dieu. Dieu devait aimer cette solitude de Prouille comparable aux plus belles solitudes monastiques des premiers siècles de l'Église.

Deux messes étaient célébrées chaque jour : l'une de bonne heure pendant laquelle on communiait, l’autre dans le milieu de la matinée, et chantée : c'était la messe chorale. |

Chaque jour aussi se tenait le chapitre des coulpes, école d’humilité et de sacrifice.

Toutes les religieuses avaient un emploi dans la communauté. En le leur attribuant les supérieures tenaient compte du tempérament et des aptitudes spéciales de chacune. Lestravaux manuels d'utilité commune avaient le pas sur les autres : filer la laine, coudre ou raccommoder de grossiers vêtements, préparer une nourriture plutôt frugale, mettre de l’ordre dans leurs cellules ne rebutaient aucune de ces filles de grande maison.

Certaines, plus habiles, confectionnaient les linges d’autel ou de fines broderies, ou de belles tapisseries destinées à orner les deux églises de Prouille, Notre-Dame et Saint-Martin, la chapelle du Rosaire. C’étaient parfois de vrais chefsd'œuvre selon les vieilles chroniques. D’autres transcrivaient les manuscrits et les ornaient d’enluminures délicates.

Les sœurs employaient, chaque jour, un certain temps à se perfectionner dans le chant d’église, sous

*À\ 2 VOA ARTS rs « à ë

mn É

RAA

la direction de la Sœur chantre, qui devait, au

chœur, régler les offices et diriger les cérémonies. On y appliquait plus spécialement les novices et.

les sœurs qui présentaient des aptitudes plus développées.

Nul doute enfin qu’à Prouille on ne s’inspirât des traditions de l’Ordre et qu’on y lût la sainte Écriture, la vie des saints; qu’on y apprit les éléments de la doctrine sacrée et de la spiritualité.

Tout se faisait en silence à Prouille, car le silence y était considéré comme une loi organique de l’Ordre; une loi fondamentale de cette vie avec Dieu, dont les historiens de saint Dominique nous ont rapporté, d’après ses mœurs, la formule : aut

Deo, aut de Deo, « parler à Dieu ou de Dieu ». Or.

donc le silence était absolu au réfectoire, dans les cellules et au chœur ; après les complies jusqu’après l’heure de prime; de Pâques jusqu’au 14 décembre, pendant l’heure qui précédait les vêpres. On appe-

lait ce silence, « le silence solennel » «et nulle ne”

pouvait l’enfreindre. A d’autres temps de la journée, dans les autres lieux du monastère, les sœurs ne pouvaient parler sans permission : le silence était la règle, la parole, l’exception.

« Les sœurs, disent les constitutions primitives, :

observeront le silence en tous lieux, excepté au parloir, et au chapitre, quand elles feront leur coulpe, accusant leurs manquements à la Règle. Même au parloir les sœurs ne pourront parler que sur une invitation ou avec la permission de la supérieure. »

Page 1