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en 1789 — suppression des vœux monastiques en février 1790 — religieux et religieuses pouvaient quitter leur cloître après en avoir fait une déclaration préalable devant la municipalité du lieu, et l’on promettait une pension viagère aux religieux en rupture de vœux. Les autres, demeurés fidèles, devraient se retirer dans les maisons qu’on leur indiquerait. Le 22 mai 1790, à la réquisition du Procureur Syndic du district, le Maire et les. officiers municipaux de Fanjeaux descendirent à Prouille pour contrôler l’état des meubles, immeubles, revenus, charges, etc., et arrêter les comptes. A partir de ce jour la gestion des biens du prieuré fut soumise à la surveillance minutieuse de la Nation. La commumauté fut rentée par l’État qui, devenu administrateur, garda les plus gros revenus et réduisit les sœurs à une grande
gêne. Toute réclamation — si juste fût-elle — ne réussit qu'à rendre plus lourd le joug des spoliateurs.
Pas davantage on ne tint compte de la réputation de sainteté du monastère.
Cependant le Conseil départemental de l’Aude, en date du 14 décembre 1790, avait, sur la proposition du citoyen Destrem, émis ce vœu surprenant pour l’époque :
Le conseiller Destrem représenta : « que le Monastère de Prouille est composé d’une maison double de l'Ordre de saint Dominique, qu'il y. existe une communauté de religieux et une de religieuses et que la seconde est composée de plus
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de 40 professes et de 24 converses; que cette maison s’est toujours distinguée pour sa ferveur, son exactitude à observer la Règle de saint Dominique et sa charité pour les pauvres. Que, pour ces motifs et d’après les instances de toute la contrée, il croit devoir proposer au conseil d'émettre un vœu à l'Assemblée Nationale. »
Ce vœu était ainsi conçu : « Que la maison des Religieux et des Religieuses de saint Dominique soit conservée et désignée pour une des maisons de retraite des Religieux et des Religieuses de cet Ordre. »
Le 11 septembre 1792 — en vertu de la loi du 16 août 1792 ordonnant la dissolution des communautés religieuses — le maire de Fanjeaux, trois officiers municipaux et le secrétaire-adjoint se présentèrent à Prouille. Il fallait constater l’état du personnel, obtenir de chaque religieuse la déclaration de ses noms et profession et en dresser un acte officiel.
Toutes les religieuses, depuis la Mère de Bellegarde jusqu’à la dernière sœur converse, déclarèrent vouloir persévérer dans la pratique de leurs vœux, vivre et mourir dans leur saint état.
Cette déclaration les condamnait à la dispersion. La municipalité de Fanjeaux, qui avait reçu l’ordre de signifier sans retard aux moniales de Prouille d’avoir à se séculariser et à quitter le monastère, se présenta le 1er octobre 1792 pour remplir cet odieux mandat. Le noble courage de la prieure Mme de
Montault-Miglos, obtint deux jours de sursis. — Elle les employa à procurer à ses filles des asiles sûrs et des ressources convenables et puis, après avoir chanté une dernière fois les matines — c'était la nuit du 2 au 3 octobre, en l’honneur des saints Anges — la communauté se sépara en silence. On se forma en petits groupes, et sous la garde de serviteurs dévoués et fidèles, les sœurs gagnèrent, l’âme remplie de tristesse, les demeures qu’on leur avait préparées.
Il était temps! Un proconsul, Peyré l’Enragé, partait de Carcassonne avec une escorte, animé des sentiments les plus hostiles. Il s’arrêta à Montréal pour prendre son repas et faire manger ses chevaux. Un membre du chapitre, M. Rivière, vint selon son habitude quotidienne s’asseoir sur un banc de l'hôtel et se permit de gémir sur | cette triste expédition. Peyré l’Enragé s'approche, le fait lever et lui dit : « Monsieur l’Abbé, vous ” n'êtes pas de haute taille, mais si vous parlez ainsi je peux vous faire plus court de toute la tête. » |
Il arriva à Prouille quitté par les #œurs; la. municipalité de Fanjeaux avait constaté leur dé-" part. Il se rencontra aux portes du monastère avec une troupe de malveillants et tous ensemble se. . livrèrent au pillage avec une fureur aveugle et une violence insensée. Les sacs de riz, d’orge, de froment entassés dans les greniers, toutes les denrées con- … servées pour la provision courante de la maison
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et lancés par les fenêtres; les pièces de flanelle destinées à l’usage des religieuses, déchirées. Les
Archives, la bibliothèque qui renfermaient des
. trésors jalousement gardés depuis des siècles, furent
mis au pillage; les objets d’art enlevés, les sacristies dépouillées.
Grâce à la sage prévoyance des supérieures les moniales avaient échappé aux brutalités de ces
renégats.
Le 14 juin 1793 le monastère de Prouille fut mis en adjudication. On y comprenait les terres dépendantes du monastère en dehors du mur de clôture, le parc dans lequel se trouvaient enclos prés, vignes et jardins potagers, enfin les bâtiments et édifices de l’ancien et du nouveau Prouille, y compris les églises « mais sans tableaux, balustres, bénitiers, orgues et tout ce qui pouvait servir au culte divin ou à meubler 1. »
Et le monastère fut vendu à Destrem pour la somme de 165.000 livres qui valaient alors en numéraire 37.125 livres.
Qu'en ferait-on désormais? Le vulgaire croyait que de nouveaux habitants viendraient s’abriter derrière ses murailles, qu’on y établirait quelque manufacture. Il s'élevait alors par la vente des biens nationaux et par l’agiotage sur les assignats