DEUXIÈME PARTIE LE SAINT-SANG
'. CHAPITRE I e '.
Histoire de la Relique du Saint-Sang de Notre- Seigneur Jésus-Christ, que l'on honorait, avant la Révolution française, dans fa Cathédrale de Boulogne, et qui est aujourd'hui conservée dans l'église dé Saint-François de Sales, de Bréque-
. reoque.
L'église cathédrale de Notre - D'aine de Boulogne possédait avant la Révolution française, un reliquaire du Saint- Saûg de Notre- Seigneur Jésus- Christ. Tous nos historiens l'attestent ; la tradition le proclame ; et nous avons vu dans le chapitre II de cette notice, que les chanoines portaient chaque année ce reliquaire en procession à la chapelle de Bréquereoque,
La description nous en a été conservée
par l'archidiacre Le Roy, officiai du diocèse, dans des notes manuscrites, qui remontent à la fin du xvn a siècle, et qni de la bibliothèque de M. Abot de Bazinghen sont aujourd'hui passées dans la bibliothèque de Boulogne.
On y lit : c La relique du Saint-Sang est « tenue par deux anges d'argent doré, et au c milieu est un petit cristal où il y a quelque « chose de rouge au-dessous, avec cette « inscription à Pentour : Sanguis Dni Jesu c Ckri(l).* Ce témoignage, écrit de la main du savant et consciencieux historien de Notre-Dame, est de la plus haute valeur, surtout depuis que les inventaires anciens du trésor de la cathédrale n'existent plus.
Un autre document, non signé, écrit par une main inconnue, repose aujourd'hui dans les archives de l'évêché d'Aarras. Le papier est vieux et troué ; l'écriture, selon toutes les apparences date au moins du £VHl°
(1) Notes manusc, et autogr. sur Vhist. de JV.-D. de Boulogne, par Ant. Le Roy, p. 65 > déjà cités dans notre Hist. de Notre-Dame, édit, im, p. 14,
siècle ; et, quoique /l'acte en lpî-f\ênp\e .soft dépourvu de tout caractère de provenance qpi ,en pui#fc fei^e sonp^onnor Vorjgine, il n'en est pas fflçiij? précieux £ citer cqmujp complétant la descript^m dp. reliquaire, c Ce < sont deux anges, d'un pied de yor^eil f 49^? 9W t^enpe (sic) cQjfpft$ une bpette € ronde de vençeil, large comme la paume « dejiam^in, couvert d'im cristaUe où l'oiji je voit au milieux un audroit rouge, et#n-
* dessus est écrit çn Jette gotique: De
* Sanguine Jésus fihriptis. » ï/ortoo^plie est barbare; /çnais ,1e ^texte s'accorde jinerr yeilleusement av$ç celui de ^archidiacre Jje Rçy. Qu'on les relise et qtfoji les compare, on verra que le ^qi^re du Sami-Sfông était une boîte ronde, large cpmme la paume de la ^iain ; que ,çptte Jbo^te étfrit, au m\^ couverte d'u^n crjistal pou^ lequel paraissait quelque chose de rouge ;>et qu'au-dessus se trouvait jine inscription circulaire indiquant en làtiç la présence du Swg de Notre- Seigneur Jésus-Christ. I41 boîte, c'est-à-dire le reliquaire proprement dit, était portée
par deux anges de vermeil tenant à un même pied.
Ce point établi, il est intéressant d'en chercher un autre. Qu'est dévenu le reliquaire du Saint- Sang, à l'époque de la Révolution ?
Le 14 janvier 1791, les délégués de la municipalité vinrent au nom de la loi faire l'inventaire du mobilier de la cathédrale.
Jusque-là tout était intact ; rien n'avait été soustrait, même par précaution. Le chapitre continuait de célébrer l'office divin sans trouble, espérant contre toute espérance.
Les objets les plus précieux, les reliquaires de toute nature, les vases et les ornements sacrés, les statues d'argent et de vermeil, la Vierge de Henri II, la couronne de Godefroi de Bouillon, tout était dans la trésorerie et et tout figure sur l'inventaire municipal.
Le reliquaire du Saint- Sang ne s'y trouve point nommément désigné ; mais on l'y reconnaît facilement à ces mots : « Deux <sr anges de vermeille, portants un reliquaire, <r pezants, avec ledit reliquaire, neuf marcs
<t deux onces, lequel est d'argent étranger « sans poinçon (1). » C'est le seul objet qui ait cette forme : on ne peut s'y tromper.
Condamné au marteau et à la fonte, en vertu des lois de confiscation, le même reliquaire est mentionné de nouveau, le 5 novembre 1792, lorsqu'on dressa le procèsverbal de la pesée de l'or et de l'argent, provenant des églises de Boulogne ; mais cette fois les anges seuls sont présentés aux agents révolutionnaires; la boîte ronde, ou, pour autrement parler, le reliquaire n'y est plus. Voici le texte : c — Cy- devant cathédrale :
* 1° deux pièces de vermeil tenantes au même « pied, représentantes deux figures avec t des ailes, les agrafes ayant été distraites, c comme étant de cuivre, le surplus pezant « huit marcs, cinq onces, deux gros (2). »
(1) Procès- verbal d'inventaire des effets mobiliers de la ci-devant cathédrale, commencé le
13 janvier et clos le 30 mars 1791 (Vacation du
14 janvier, f°4, Archives de la ville).
(2) Procès- verbal de remise au district, de l'or et de l'argenterie des églises, p. 2 (Archives de la ville).
I}onç qn$ pi&use fift#3 a #9R?trw|i h fl9^nte relire, fivecla faîite ronde qqj la cçntient. Qn pourra la yéfoépçr encore, pi Pfcp en permet Ja çoij^ryatiap. Çj^tte reU^epprtera avec eUe Je f qw&et de sqn ^u1^#f$& On y retrouver^ Je petit pi?ataj, spus ls<jtt$ se voit quelque cfcoqe de rouge ; ,et ffxpcripr tion latine, gr&vée en lettres Jndélébjl% diffi qçe Jà g? ,trouye du ssag de Jîojtre-^eig^e^, $te Sanguine Jeau Cfoifth .ÇteW flui funait 4érobé ça y fmdaliçme sacrilège la r^liqup 4? S#int-Sang, 4tyu$ M- J^anrFrançpfe-J/la^e Ballin, premier grand chapelain et çantuarjen 4e 1^ cat^édraje de J^utogne (1), De { ses ffiains J,e préciau^ dépôt ,était pass$ en
(1) ]|L Ballin, né à Jsques, le 3 novembre J757^ prêtre en 1783, parti pour l'exil avec un passeport du 6 septembre 1792, curé d'Ètaples en 180% de Fruges en 1804, chanoine honoraire d'Arras, . membre de la Société cP Agriculture, Sciences et Arts de Boulogne, est mort *à Fruges, le 14 février 1828 (Voir une notice biographique que M. l'abbé Robitaille lui a consacrée en 1859 dans la Bévue du Pcu-de-Calan, 1» année, 2 e série, no» 7 et 10).
oëlîëô de son ami, M. L oui^^ Marie -Fratiçois ÉWïtf (1), directeur de lia poste atix lettres; ptiisr eû cèHes de mademoiselle Marie- Fi&nçoisë-Luciedù Soulier d'Imbretfaun(2), <#ri l'avait gardé fort peu' de temps . Obligée/ cMnwe M. Ballin 1 , de prendre le chemin de YëiSlj à lâfin de Ï702, elle avait aussitôt retins tëfëli^fcire fcmademoiséHe M&riè*Françoise- Glatfiine- Jo^fHintf Noël (8),' qui l'emporta d&ttlà dbmnreinèrdè Boûrnônvillë, puis dans celle <fe Bourtâ&ëï oit eHe alla fixer sa rési^ débcé. Ces ftite on* été atfeétéà jttridiqtiemeïit ifet mademoiselle Nbël devant l'autorité ec^ c&èîastîcïuty coniine noutf l'àllolis voir.
(1) Né à Boulogne, le 2 août 1744, mort le 8 février lôâtf.
(«) N'^eà Boulogne, le 27 décembre 1769, fille de mesure Charles-François du Soulier, major du régiment d'Artois, et de Françoise-Elisabeth* Claudine Le Poroq d'Imbrethun, décédée à Esqriermes? (LBle!, lé 2? mars 1847.
(8) Née à Boulogne, le 4 avril 1769, fille de Louis-Marie Noël, procureur postulant en la séné*, chaussée de Boulogne, et de Marie-Françoise C&bn, décédée à 1 Bourthëé, le Xftntoè lfc43.
Un jour (c'était avant 1828), M. Ballin, , devenu curé-doyen de Fruges, étant allé visiter mademoiselle Noël, aperçut le reliquaire que celle-ci conservait avec vénération parmi d'autres objets de piété, et • il s'écria : « Ah ! Mademoiselle, voici donc ce ( « que je cherche depuis longtemps, la relique « du Saint-Sang que j'ai confiée à M. Marmin « avant la Révolution ; je la reconnais et je « la réclame. » Sur les instances de mademoiselle Noël, alors dangereusement malade, qui demandait qu'on voulût bien au moins la lui laisser jusqu'à sa mort, M. Ballin ajouta : « Eh bien ! je vais ajouter aux notes que j'ai déjà sur cette relique, qu'elle est chez vous et qu'on pourra la transporter à Boulogne, quand on le voudra. »
Peu après M. Ballin mourut, et la relique resta encore près de dix ans entre les mains de mademoiselle Noël. u
Cependant, au commencement de l'année 1836, M. l'abbé Dissaux, curé-doyen de Saint- Nicolas de Boulogne, apprit que la relique du Saint- Sang, à l'occasion de la-'
quelle avait été édifiée la chapelle de Bréquerecque, était conservée à Bourthes, et il s'empressa défaire faire, auprès de mademoiselle Noël, les démarches nécessaires pour rentrer en possession d'uni trésor si précieux. Sa demande fut accueillie favorablement ; et, dans.les premiers jours du mois de janvier, MM. Louis- Marie Caboche, curé de Bourthes, et Louis- Marie Cousin, curé d'Herly, vinrent à Boulogne, au nom de la pieuse demoiselle, remettre entre les mains du zélé doyen, le reliquaire destiné à l'antique oratoire de Notre-Dame de Saint- Sang. Le 6 février suivant, monseigneur de la Tour d'Auvergne, évêque d'Arras, chargea M. l'abbé Dissaux de récueillir toutes les informations qui pouvaient servir à constater l'authenticité de la relique. C'est à cette occasion que les deux curés de Bourthes et d'Herly dressèrent un procès-verbal* daté du 20 février, où sont contenus en substance les faits rapportés ci-dessus.
Pour arriver à un résultat satisfaisant, en fait d'authenticité, on avait deux méthodes à
gtffci&'Cta'lfcttj' il feilàtë itàtàrèr ce qu'on àppeUe prb^èfcriérïfc lès atrtftéhffywes, c'està-dire les titres officiel, dressés par l'autorité diocésaine, qtti accompagnent ordinairement les saintes rèliq&és ; ou bien, on avait à $fùèêd&t pat vtàfe dé tradition ; et tout se bornait à constater l'identité de la relique. Qft suivit la première méthode* et l'on ne put condur , &
M. l'aobé Ballîn avait des notes sur la relique du Saint- Sang ; mais ce fat en vain qtt'on les chercha» dans les papiers de sa ftntifie. Une ancienne religieuse Ursuline dé Boulogne, Dttadame de la Nativité, née Marié'- Joseph Régnier, morte à Bourthes le 12 août 1839, avait éfl, disait-elle, entre les mains les pièces qui constataient Fanthen^ tïeibé de la relique ; mai» elles» lés avait prêtées à M< Francis Noël, de Boulogne** qui voulait lfes oèpfer, et- depnis lors ces pièces s'étaient égarées. Que feire? Ne pouvant trouver V authentique^ qm'il poursuit àVéc tant dé persévérance, M. Dissaux attendit. Son successeur dans la cure
de Saint-Nicolas, M. l'abbé Lecomte, vi<»ite général du diocèse, reprit l'affaire. Il fit interroger juridiquement une seconde fois mademoiselle Noël, qui déposa des faits que nous avons rapportés plus haut et qui en signa la relation de sa main, le 6 septeBabre 1839. En outre, il écrivit à mademoiselle du Soulier, qui habitait Lille, Mais ce fut avec peu de succès pour l'instruction de l'affaire, car cette pieuse personne, alors âgée de quatre-vingts ans, ne se rappelait pas avoir eu la relique entre les mains. « On l'a sauvée dans le temps, dit- « elle ; j'en ai eu connaissance et je sais € qu'elle était chez mademoiselle Noël.
« Je ne me rappelle pas du tout l'avoir eue.
« C'est plutôt M. Marmin qui l'a remise « à mademoiselle Noël. » M* Lecomte, n'étant pas plus heureux que M. Dissaux dans la recherche de Yauthentique, dut en rester là. Il ne vint à personne l'idée de suivre l'autre méthode, qui était de beaucoup la plus simple et la plus sûre.
L'autorité religieuse, au moment de la
Révolution, regardait la relique du Saint- Sang comme véritable, puisqu'elle l'exposait à la vénération publique, en la portant processionnellement chaque année à la chapelle de Bréquerecque. Nos pères dans la foi avaient la même responsabilité que nous, relativement au culte divin, et ils savaient, tout aussi bien que nous, discerner le vrai du faux. C'est au reste sur leurs jugements que leurs successeurs appuient les décisions qu'ils prononcent, en matière de choses saintes. Peut-être n'avait-on rien, en 1790, dans les archives de la cathédrale, touchant la relique du Saint- Sang \ mais la tradition du culte etla possession immémoriale étaient là, pour donner aux consciences la même certitude qu'un acte écrit sur parchemin.
Cette famille de vingt et un chanoines, ce corps de prêtres savants et pieux, ne mourait jamais tout entier. Toujours les plus vieux étaient mêlés aux plus jeunes, pour dire que de tout temps ils avaient vénéré la relique du Sang de Notre-Seigneur, dans l'état où on la voyait. Il y a là une espèce
de témoignage perpétuel qui n'offre sur aucun point la moindre solution, de continuité. Le reliquaire était ancien, d'ailleurs, et personne n'avait dû y toucher, depuis le jour où l'on y avait déposé les précieuses parcelles, c'est-à-dire au moins depuis le xiir 9 siècle. Les fidèles aussi devaient le connaître ; et le cristal qui le ferme porte la trace des baisers nombreux dont il a été couvert par plusieurs générations. La tradition était éclatante ; et, à défaut d'authentique, il n'y avait à décider que la question d'identité.
On le comprit, à l'heure marquée par la Providence. Quand monseigneur Leuillieux, curé de Saint- François de Sales, eut rétabli le pèlerinage de Notre-Dame de Saint- Sang, il reçut de M. l'abbé Lecomte, granddoyen d'arrondissement et curé de Saint- Nicolas, la sainte relique que M. Dissaux avait réclamée, en 1836, pour la chapelle de Bréquerecque. L'acte de la remise, écrit par M. le grand-doyen et signé de sa main, est du 25 juillet 1858. A cette époque, toutes les personnes qui pouvaient donner un témoignage
personnel de la conservation de cette relique étaient mortes. On ne put même produire les pièces relatives aux informations faites en 1836 et en 1839 par MM.Dissaux et Lecomte.
Mais si ces preuves manquaient, on ne fut pas dépourvu de moyens pour y suppléer.
M. l'abbé Caboche, desservant de Bourthes, certifia de souvenir les faits relatifs à mademoiselle Noël, sans oublier de dire que M. Bal* lin avait reconnu la relique avant sa mort.
Nous avons vu plus haut que c'est M. Caboche lui-même qui apporta le reliquaire à Boulogne, en 1836, et le remit à M. Dissaux.
D'un autre côté, M. l'abbé Flour, desservant de Maninghen<-Wimille, ayant été autrefois vicaire de Bourthes, avait demeuré quelque temps dans la maison de mademoiselle Noël. Il s'empressa, à son tour de donner par écrit et de certifier les détails qu'il avait entendu raconter à son hôtesse, sur la conservation presque miraculeuse de la relique du Saint-Sang (1).
(1) Les faits exposes par M. Flour sont d'aocord avec ceux que nous avons rapportes ci-dessus,
Muni de ces renseignements, le pieux curé de Saint- François de Sales pouvait soumettre avec confiance l'examen de la relique du Saint -Sang à l'appréciation de l'autorité diocésaine.
Quand il s'agit d'une relique qui provient d'une église, surtout d'une église épiscopale, dans laquelle on l'a honorée d'un culte public pendant six siècles, il n'est pas besoin d'acte authentique qui remonte à l'origine des choses ; on constate la tradition, puis on pose la question d'identité. Cette question résolue, tout est dit. Aussi, après avoir procédé de cette manière, la Commission (1), chargée
d'après les documents datés de 1836 et de 1839, sauf l'addition de quelques particularités. Mise en état d'arrestation, mademoiselle Noël, avant de partir pour les prisons d'Abbeville, vers lesquelles on dirigea, en 1793, les victimes d'André Dumont, avait enterré la relique dans son jardin, où elle la retrouva intacte à son retour. Les autres différences qui se trouvent dans la narration de M. Flour sont insignifiantes et n'altèrent point la substance du récit.
(1) Cette Commission était composée de
par monseigneur Parisis d'instruire cette affaire, fut-elle d'avis que la relique étant la même que celle qui avait été possédée par le chapitre de Boulogne, on pouvait lui rendre les mêmes honneurs (1).
Le reliquaire actuel répond avec une précision parfaite à la description que nous en ont donnée les passages de Le Roy et de l'anonyme, cités au début de ce chapitre.
C'est une sorte de boîte ronde, en vermeil, grande comme la paume de la main, couverte d'un émail vert foncé, translucide, finement cloisonné sur or, semé de petites feuilles blanches, jaunes chamois et rouges, opaques, en forme de cœurs et de trèfles, d'un dessin qui rappelle au premier coup d'œil les ouvrage byzantins du XI e ou du xn° siècle. Au centre se trouve une ouverture ronde, fer-
MM. Proyart et Wallon - Capelle , chanoines, vicaires généraux, Van Drivai, chanoine, professeur au Grand-Séminaire et Braure, chanoine, secrétaire intime de Monseigneur. Elle a tenu sa séance le 10 septembre 1858.
(1) On trouvera à la fin de cette notice, l'acte
mée d'un cristal, sous lequel apparaît une substance rouge. Au-dessus de cette ouverture, une inscription semi-circulaire, en lettres onciales du XII e ou du xm e siècle, porte ces mots :
* D6 : SHNffVffîG : fljv : XPI
La face postérieure de la boîte représente une rosace gothique, dans le genre de celles qui flamboient aux pignons des cathédrales, et dont le dessin paraît moins ancien. Le style et la draperie des anges, qui soutenaient ce reliquaire, permettrait sans doute à l'archéologue d'émettre un avis plus certain sur la date précise de ce remarquable morceau d'orfèvrerie ; mais le creuset révolutionnaire en a fait sa proie. Quoi qu'il en soit, les archéologues et les connaisseurs qui l'ont vue, sont d'accord pour reconnaître que cette œuvre date, au moins, du xm e siècle : c'est une antiquité respectable.
épiscopal qui suivit et confirma le jugement prononce par la Commission.
Il y aurait encore une preuve quasi matérielle à donner pour l'identité du reliquaire. Comme on l'a pu remarquer, dans les citations que nous avons tirées des inventaires républicains, le reliquaire, avec les anges et le pied, pesait 9 marcs 2 onces (2 kil.
263 gr. 95 oent.) ; les anges et le pied seuls ne pesaient plus que 8 marcs 5 onces 2 gr >s (2 kil. 118 gr. 63 cent.) ; la différence, pour le poids du reliquaire seul, était donc de 4 onces 6 gros, soit 145 gr. 32 cent. (1). Mais il faut observer que des agrafes en cuivre, servant à attacher le reliquaire aux mains des anges, ont été comprises dans le poids total et distraites lors delà dernière pesée. Eh bien ! vérification faite, le reliquaire, tel qu'il est aujourd'hui, pèse juste 4 onces (122 grammes) ; et l'on conçoit que les agrafes en cuivre, pour valoir la peine d'être mentionnées au procès-verbal,
(1) On sait que le marc vaut 244 gr. 752 ; l'once 30 gr. 594 ; le gros 3 gr. 824 ; et qu'il y a 8 onces dans un marc, comme il y a 8 gros dans une once.
devaient bien peser quelque chose comme 6 gros. On n'y regardait pas toujours de si près.
L'identité matérielle et l'identité morale s'accordent donc merveilleusement. C'est bien là le reliquaire du Chapitre de Boulogne ; on n'en saurait douter.
Ce point éclairci, il nous reste à examiner plusieurs graves questions, relatives au Saint- Sang en général. Différentes églises conservent des reliques de ce genre ; et l'opinion des historiens, non plus que celle des théologiens, n'est point en unanime accord avec la tradition populaire sur la valeur réelle de ces restes vénérés. Nous allons tâcher d'apporter quelque lumière sur ce sujet, à l'aide des ressources dont l'érudition moderne est en possession.