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CHAPITRE II

Quelle est la valeur historique des Reliques du Saint-Sang ? En d'autres termes, quels témoignages historiques peut-on apporter, pour prouver qu'une partie quelconque du Sang de Notre-Seigneur a été conservée sur la terre, depuis le temps de la Passion jusqu'à nos jours ?

Nous devons commencer par dire qu'on honore publiquement dans l'Église catholique, sous le nom de Saint-Sang, deux sortes de reliques, qui se rapportent à Notre- Seigneur, savoir : Premièrement, des particules du Sang véritable qui a été versé pour notre salut, pendant le séjour du divin Rédempteur sur la terre ; et, secondement, des particules du Sang miraculeux qui a coulé, à diverses époques, de certaines hosties consacrées ou de certaines statues, particulièrement du Crucifix de Béryte. Nous n'avons à examiner ici que la question de l'authenticité du sa nu véritable.

Voyons donc si l'on a réellement conservé sur la terre quelque reste du Sang précieux de Notre- Seigneur Jésus- Christ.

Quand il s'agit de faits qui concernent les choses du culte, il est nécessaire de rechercher, d'abord, quelle est la croyance de l'Église à l'égard de la possibilité de ces faits. Divinement assistée d'En- Haut, la Mère et la Maîtresse des nations a reçu en tout temps les lumières spéciales, qui lui sont nécessaires pour discerner ce qui est bon de ce qui ne l'est pas. Aussi, est-ce un dogme de foi, c'està-dire une vérité révélée par Dieu lui-même, que l'Église est infaillible dans la canonisation des Saints. Par suite, c'est une vérité théologique, que l'Église est en général éclairée par l'Esprit de Dieu dans l'appréciation des reliques des Saints qu'elle expose à la vénération des fidèles. Que deviendrait la note de sainteté décernée, dans les symboles de la foi, à l'Eglise catholique, si cette Église pouvait n'être pas sainte dans le culte qu'elle rend à Dieu ; si elle pouvait se tromper, en déclarant saint et en traitant publiquement

et officiellement comme saint, quelque chose qui ne le serait pas ?

Or, l'opinion de l'Église, solennellement professée par un Pape dans un concile particulier, après que la question eut été contradictoirement débattue en sa présence, est favorable à l'authenticité des reliques du Saint- Sang. Voici ce que dit à cet égard monseigneur Malou, évêque de Bruges, dans un ouvrage spécial sur le culte du Saint- Sang de Jésus- Christ (1) publié en 1851.

« Les scholastiques anciens ont nié que nous possédions une seule goutte du sang véritable de Notre- Seigneur, non point qu'ils eussent des preuves historiques quelconques à l'appui de cette opinion, mais en vertu de certains axiomes spéculatifs, qu'ils avaient acceptés à

(1) Du Culte du, Saint-Sang de Jésus-Christ et de la relique de ce Sang qui est conservée à Bruges^ avec une courte histoire du Jubilé séculaire célébré à Bruges en Vhonneur du Saint-Sang, Vannée 1850, par V Évêque de Bruges. Bruges, chez VanheV- Waate, 1851, gr. in-16.

priori. Ainsi ils soutenaient que le Verbe incarné n'avait point quitté les parties de son humanité, auxquelles il avait été une fois substantiellement uni. D'où ils concluaient qu'on ne pouvait soutenir, sans hérésie, que nous eussions du vrai sang de Notre- Seigneur sur la terre : car, soutenir cette opinion, c'était, selon eux, séparer le Verbe de son humanité, c'était rompre l'union admirable de l'Incarnation.

Les théologiens les plus célèbres de l'époque se passionnaient sur cette question.

Jean de Turrecremata, François délia Rovere, argumentaient à l'envi pour et contre, dans des traités spéciaux (1). Le pape Pie II, fit justice de leurs exagérations dans le

(1) Roverii Tractatus de Sanguine Christi, Rom», 1471, et Nuremberg, 1473.

11 existe encore sur le même sujet, et à propos de la même controverse un traité De Sanguine Christi, opus 8ohnwie 9 publié par le vénitien D&menieo de Dominicis évêque de Brescia, mort en 1479. L'ouvrage est dédié au pape Pie II et favorable à notre thèse. In-8° f Venise, 1557, fol. 63 verso. t

concile de Mantoue, célébré en 1459 ; et sans définir officiellement la doctrine, il déclara dans une lettre publique, adressée à l'abbé de Notre-Dame de Saintes, que Ton peut soutenir, sans encourir le soupçon d'hérésie, « que le Sauveur nous a laissé, pour mémoire de sa passion, une partie de son sang véritable sur la terre (1). »

Il importe de dire un mot de l'opinion des scholastiques (2) et des arguments qu'ils apportaient contre la croyance $ux reliques du Saint-Sang, prises en général. Ils alléguaient deux raisons principales. Premièrement , l'union hypostatique du Verbe de Dieu avec son humanité sainfe leur paraissait rendre impossible la distraction d'une partie

(1) Nos igitur, qui de prsedictis certam notitiam habemus, attendentesquod veritati fidei nullatenus répugnât affirmare Redemptorem Nostrum ex Sanguine prœfato, ob ipsius pasaionis inemoriam, aliquam partem in terris reliquisse.... Pi us II apud Collium, De Sanguine Christi, 1. V, c. y, p. 867.

(2) S. Thom. 3, q. 54, a. 2, ad. 3. et quodlib. 5, q. 3, a. 3.

quelconque du corps du Sauveur ; secondement, la résurrection glorieuse n'aurait pu se faire, selon eux, d'une manière complète, si le divin Maître n'avait pas repris avec son corps tout le sang qu'il a répandu dans sa passion. Cela revient à dire que le corps de Notre- Seigneur Jésus-Christ, avant comme après sa mort, doit être un véritable corps d'homme parfait, possédant toutes les parties que possède un corps, par conséquent possédant aujourd'hui, dans le ciel et dans l'Eucharistie, le sang qui est un élément inséparable d'un corps vivant. Cette doctrine est très-exacte et très-assurée ; mais l'argument qu'on en veut tirer, contre la présence sur la terre de quelques particules inanimées de ce même sang, est excessif, et, comme tel, de nulle valeur. « Pourvu, dit monseigneur Malou, que la majeure partie du sang du Sauveur ait été reprise lors de sa résurrection, rien n'a manqué à son humanité sainte pour être parfaite. Le corps le plus sain peut perdre quelques gouttes de sang et conserver toutes ses qualités essentielles. Or, on

pense généralement que Jésus-Ohrilt a repris dans sa résurrection tout le sang qu'il avait versé dans sa passion jusqu'à l'heure de sa mort, et qu'il n'a laissé sur la terre que le sang qui coula de son côté ouvert par la lance après sa mort (1). » Le plus profond théologien du xvi* siècle, le grand Suarez, adopte cette opinion, qui est partagée par Grégoire de Valentia,Vasquez, le cardinal De Lugo, Collius et d'autres auteurs justement estimés (2). * L'autorité de ces savants écrivains, c'est monseigneur Malou qui parle, doit prévaloir contre les arguments des scho-

(1) Pages 44, 45. Les monuments de l'iconographie chrétienne qui représentent l'Eglise, saint Jean, ou même un ange, recevant dans un calice le sang de N.*S. mort sur la croix, autorisent aussi cette opinion.

(2) Voir dans l'ouvrage de monseigneur Malou l'indication des textes de ces théologiens. Le docte prélat aurait pu citer encore l'opinion professée par la Faculté de Paris, le 2 mai 1448 : c Non répugnât pietati fidelium credere quod aliquid de Sanguine Christi, effuso tempore Passionis, remanserit in terris.» (D'Argentré, Collectio judiàorum, 1. 1, p. 250.)

lastiques qui, en cette matière, ont trop peu consulté les faits (1). *

Interrogeons maintenant la tradition universelle de l'Église et cherchons dans son histoire quels sont les textes, les analogies et les inductions sur lesquels repose l'opinion autorisée par le pape Pie IL Nous croyons devoir emprunter cet exposé à un savant prêtre belge, M. l'abbé 0. Carton, de Bruges, qui a fait l'histoire du Saint- Sang depuis les premiers siècles de l'Église jusqu'à nos jours (2), avee une grande sûreté d'érudition.

t Différents documents historiques des onze premiers siècles de l'Eglise attestent, dit-il, l'existence du précieux Sang de Notre- Seigneur.

(1) Ouvr. cité, p. 46.

(2) Album descriptif des fêtes et cérémonies religieuses à V occasion du jubilé de sept cents ans du Saint-Sang à Bruges^ précédé de V abrégé â! un essai sur l'histoire du Saint-Sang, depuis Us premiers siècles de V Église jusqu'à nos jours 9 par l'abbé 0. 0...., in-4° oblong. Bruges, Daveluy, 1851.

€ Les Évangiles canoniques ne nous apprennent cependant rien sur cette relique ; mais les apocryphes (1), dont la composition remonte aux premiers siècles de l'Église, contiennent des détails circonstanciés qui s'accordent trop bien avec le zèle et le dévouement des premiers disciples, pour qu'on ne leur accorde pas une autorité historique d une certaine valeur. J'emprunte l'analyse de ces documents et la tradition constante des fidèles, à un discours de l'évêque de Lincoln, prononcé dans un concile national tenu en Angleterre, en 1247.

<t Après la mort de Jésus, dit-il, Joseph « demanda sans crainte le corps du Sauveur € et il l'obtint, car on croit qu'il était un « homme puissant. Malgré les murmures des* « Juifs, il détacha de la croix, avec honneur « et vénération, le très saint corps de Jésus,

(1) Ces Évangiles n'ont aucune valeur dogmatique ; ils ont cependant toujours obtenu un grand crédit, parce qu'ils reproduisaient la croyance générale des fidèles de ce temps. — Note de M. Carton.

« couvert de plaies et de blessures. Pour ne <t pas toucher indignement ce vénérable « corps, il s'était ceint d'un linge blanc. Il « essuya ensuite dévotement les plaies, enr « core humides et sanglantes, et les extré- « mités de la croix, où les clous avaient fait « jaillir des pieds et des mains le sang de

* Jésus.... L'ayant porté auprès du sépulcre, « il lava tout le corps et il conserva dans un « vase très pur l'eau dont il s'était servi, et

* qui était rougie par le sang. Il garda ce- « pendant plus religieusement encore le sang « pur, sorti de ses pieds et de ses mains. . . . « Il considéra l'une et l'autre relique comme « un trésor inappréciable pour lui et pour € ses successeurs. »

f Toute cette narration, jusque dans ses moindres détails, n'a rien qui ne soit de la plus grande vraisemblance et tout à fait conforme à la saine critique. Qu'on ait lavé Jésus, on ne peut en douter, c'était là une coutume établie. On allait d'ailleurs envelopper son corps avec des parfums, dans des linges blancs. C'est l'Évangile qui le fait re-

marquer, et la propreté seule aurait exigé qu'on lavât le saint Corps.

« Si nous n'avions aucune autorité positive, qui atteste que les fidèles du Calvaire ont recueilli le sang de Jésus, il nous suffirait de connaître le soin religieux avec lequel les premiers chrétiens ont recherché les instruments de la Passion et les vêtements du Seigneur, pour pouvoir en conclure qu'ils n'ont pas négligé de conserver le précieux Sang, répandu sur la montagne.

«t Saint Jérôme atteste que, de son temps, on montrait la colonne à laquelle le Seigneur avait été attaché durant sa flagellation, et que l'on y conservait avec vénération les taches du sang dont elle était arrosée. Remarquez bien que les disciples de Jésus ont dû acquérir cet objet à prix d'argent, et que cette acquisition a dû être faite peu de jours après la mort de Jésus, car sans cela les traces du sang de Jésus auraient disparu.

L'empressement qu'ils mettent à la conservation du sang qui avait jailli sur la colonne et le soin qu'ils prennent de la colonne, prou-

vont jusqu'à l'évidence qu'ils n'ont pas laissé fouler aux pieds le sang qui avait ooulé en abondance de ses plaies.

« Un fait incontestable vient singulière* ment corroborer cette supposition. L'année même de la mort de Jésus, les Juifs lapidèrent saint Etienne, et les actes des Apôtres décrivent son enterrement par les chrétiens.

« Dans la relation authentique de l'Inven* tion du tombeau de ce premier martyr, décrite par Lucien, Évode et saint Augustin, il est dit qu'on y trouva une fiole du sang qu'il avait répandu ; et saint Augustin atteste que plusieurs miracles s'opérèrent par la vertu de cette sainte relique.

€ Si, l'année même de la mort de Jésus, les fidèles recueillirent et conservèrent précieusement le sang d'un martyr, peut-on douter que ces mêmes fidèles, qui venaient d'ensevelir Jésus, n'aient conservé plus religieusement encore le sang de Jésus? Le sang d'un martyr était-il plus précieux qu9 le sang du Fils de Dieu ? Pouvaient-ils attacher moins d'importance à la dôiiservation

du sang de Jésus, qu'à celle du sang d'un de ses disciples ?

« L'histoire ecclésiastique des quatre premiers siècles de l'Église atteste que les chrétiens conservaient soigneusement le sang des martyrs. A Rome, les dames le recueillaient souvent au péril de leur vie : sainte Plautille, ramassant celui de saint Paul, est saisie et condamnée au feu ; les femmes de la première famille chrétienne, sainte Pudentienne et sainte Praxède, s'adonnent à ce pieux devoir. A Milan, durant les premières persécutions, les chrétiennes imitent celles de Rome. On trouve les mêmes habitudes dans l'Asie mineure ; à Ancyre, à Carthage, dans les Gaules, partout, les femmes chrétiennes montrent le même zèle pour recueillir le sang ; elles ne reculent devant aucun péril.

« H est bien prouvé par toute l'histoire que les dames chrétiennes s'attachaient religieusement à imiter la vie des femmes du Calvaire ; ce soin donc, pour conserver le sang des martyrs, aura encore son motif, son

prototype, dans le fait des femmes qui recueillent le sang de Jésus.

« Mais ce n'est pas sur des inductions seulement que nous basons la preuve de cette conservation du sang de Jésus sur la terre :

la tradition de toute l'Église d'Orient est là, pour la confirmer par ses docteurs et par ses historiens.

« L'Église d'Orient a inscrit parmi les saints le pieux ermite Barypsabas, « qui, dit € le Mènologe grec, avait reçu le précieux € Sang du Sauveur, qui découla des plaies € du côté de Notre- Seigneur Jésus-Christ, t et avec lequel il guérissait beaucoup de t malades. Il fut traîtreusement tué par des « infidèles, mais le trésor fut conservé par « un de ses disciples. >

t L'abrégé des Vies des saints qu'on lisait dans les églises chaque dimanche, et qu'on nommait le Synaxarium, contient les détails suivants (1) sur le martyre de Barypsabas :

« Ce que voyafrt (les miracles) quelques

\l) Acta SS. f x aeptembrifl, p. 494.

« personnes qui ne craignaient pas Dieu et « qui espéraient qu'en tuant Termite ils ob- « tiendraient le sacré dépôt qui opérait i des miracles, et qu'ils gagneraient beau- « coup d'argent, ils l'ont attaqué et tué c durant la nuit ; mais ils furent trompés « dans leur attente : par une disposition « providentielle, Barypsabas avait déjà confié € son précieux dépôt à la garde de son dis- * ciple, et après un laps de temps, il fat € donné à la grande ville (Constantinople)».

« Ainsi, voilà toute une Église qui confirme l'existence du sang de Notre- Seigneur sur la terre, en lisant aux fidèles la vie du pieux ermite qui en avait été dépositaire, et en honorant d'un culte publie le martyr qui sacrifia sa vie, plutôt que de livrer aux infidèles la relique sainte qui lui était confiée.

* Le Ménologe ne marque point l'année de la mort de Barypsabas, mais le Codex qui contient les actes de ce martyr et qui est conservé à la bibliothèque du Vatican, porte tous les caractères d'une écriture du VI e siècle, de manière que très-probablement Baryp-

sabas fut martrysé dans le courant des quatre premiers siècles.

« Depuis cette époque, nous rencontrons de temps en temps, dans les écrits des pères et docteurs de l'Église et dans les historiens, des témoignages de cette existence, des preuves de la constance de cette tradition et de sa vérité.

« Une masse de documents de oette époque a péri durant les persécutions et pendant la décadence de l'Empire ; mais il en existe cependant encore assez pour que nous puissions suivre avec certitude les traces de ce dépôt sacré.

« Leur rareté, d'ailleurs, s'expliquerait très facilement ; car la conservation de cette précieuse relique exigea beaucoup de précaution, surtout pendant les guerres provoquées par les hérétiques et par les iconoclastes.

On remarque, en efiet, toujours dans les écrits du temps, une certaine réserve dans l'indication des lieux ou se trouvait déposé le Saint- Sang.

« Germain, archevêque de Constantinople,

de 715 à 730, en parlant du saeer Crater, ou sainte Coupe, c'est, dit-il, « ce vase sacré « dans lequel on reçut le sang qui découlait « de la plaie du oôté percé par la lance. »

« Ce vase est ce qui, dans la suite, fut appelé le Sangraal, par les poëtes, dans les chansons de la race bretonne et dans les romans de la chevalerie, et dont les preux cherchaient à faire la conquête.

c Un siècle plus tard, George, archevêque de Nicomédie, en 867, s'exprime ainsi dans un discours : « Elle (Marie) embrassa ses pieds c sacrés et les plaies produites par les clous... « Le regardant avec une tendre compassion t et affectionnant le Seigneur, elle recueillit « le sang et l'eau qui découlaient de son côté, c et le reçut avec un grand désir et une « grande vénération (1). »

« Ce passage d'un prélat grec, d'une si haute antiquité, mérite une attention spéciale.

c L'exemple de la Vierge a dû stimuler la

(1) Combefis, Bibl. Conc. Patrum, t. III, p. 952.

piété et la tendresse des femmes du Calvaire et des hommes qui procédèrent à l'ensevelissement de Jésus ; ils ont, sans aucun doute, montré le même désir que la Vierge, de posséder le sang du Sauveur. Après la mort de la Vierge, cette relique a dû être conservée avec d'autant plus de vénération qu'elle devenait en même temps un souvenir de l'Homme-Dieu et un héritage de sa mère.

« Métaphraste cite le discours d'un anonyme, plus ancien encore, qui atteste que « la Vierge recueillit avec soin et vénération, € reverenter et diligenter, le sang qui, après « la mort de Jésus, sortait de ses plaies, « comme s'il eût été encore en vie (1). »

c Ces témoignages deviennent de plus en plus nombreux. Léon III, en 804, examine les preuves de l'authenticité de la relique du Saint- Sang conservée à Mantoue. Il réunit à cette occasion les hommes les plus savants, les prélats de toute la contrée ; et, après les discussions les plus profondes, il lança une

(1) lbid., VIII, p. 88.

bulle pour constater la vérité de la tradition qui concernait cette précieuse relique.

« Dans les Monumenta Germanim historica, publiés sous la protection de la Prusse par les hommes les plus versés dans l'histoire, on rencontre (1) le récit de la translation d'une portion du Saint- Sang, de la ville de Jérusalem en Sicile, sous Charlemagnè. Mabillon avait déjà publié une copie de ce document, mais la nouvelle édition est plus exacte et revue sur l'original, écrit vers 950.

t En voici une analyse très sommaire :

« Azan, préfet de la ville de Jérusalem, « ayant entendu les hauts faits de Charle- « magne, entreprit le voyage de l'Europe, « pour voir ce glorieux empereur. Arrivé f devant l'île de Corse, il fut obligé d'y relâ- « cher, à cause d'une maladie grave dont il « fut attaqué.

« Ce préfet destinait à Charles une fiole « faite d'un onyx, contenant du sang de « Notre- Seigneur Jésus-Christ. Charles en-

(1) Script., t IV, p. 445

€ voya des députés au devant d'Azan, dans « l'île de Corse, et tout l'empire fut rempli « du bruit de cette heureuse nouvelle.

« Les députés obtinrent cet inappréciable « trésor et le transportèrent en Sicile, où c Charles vint au-devant d'eux, pieds nus et « entouré de toute sa cour. »

« Il résulte des temoignages.de l'histoire, que deux villes dans l'Orient possédaient cette relique, Jérusalem et Constantinople.

« Quant à cette dernière ville, il nous a été conservé une preuve qu'il serait impossible de contester : Euthymius, qui avait été chargé par Alexis Commène de réfuter les erreurs des Bogomiles, écrivit son grand ouvrage intitulé : Panoplie de la doctrine orthodoxe. Les Bogomiles, renouvelant en partie les erreurs des Manichéens, soutenaient que le Christ n'avait pas souffert l'ignominie de la mort sur la croix dans sa nature humaine, mais que l'ombre de son humanité s'était seule soumise aux opprobres et à la souffrance.

« En les réfutant, Euthymius dit : « Ce

t n'est pas l'ombre du Christ qui a souffert, « c'est bien réellement le Christ dans sa c nature humaine. Cela est prouvé par le € sang qui découla de ses plaies et que les « chrétiens conservent encore et qui guérit « souvent les malades ; les miracles démon- « trént que c'est bien là le sang de Jésus. t>

« L'argument était décisif, et si un doute quelconque avait été possible, les Bogomiles auraient été trop intéressés à nier l'existence de ce sang, pour que le savant et pieux Euthymius eût osé s'exposer à un déni.»

Ce dernier témoignage appartient au XI e siècle, et nous pouvons clore ici l'exposé de la tradition de l'Église. Godefroi de Bouillon a été à même de trouver en Orient des restes du sang précieux de Notre- Seigneur ; puisque tous les motifs de probabilité, les autorités primitives, le culte public rendu à un martyr dont la vie et la mort glorieuse étaient lues annuellement dans toutes les églises, enfin le témoignage formel des docteurs et des historiens de la

Terre Sainte, attestent qu'on avait recueilli, conservé et honoré ce sang divin, depuis le temps des apôtres jusqu'au moment où les Croisés avaient reconquis le tombeau de Jésus-Christ.

A partir de cette époque la tradition du Saint- Sang devient universelle dans l'Église. Non- seulement Godefroiîde Bouillon en envoie à Boulogne ; mais Thierry d'Alsace en apporte à Bruges ; saint Louis en obtient pour la capitale de la France, et Henri III d'Angleterre pour l'église de Westminster. Il y en avait en Italie : à Mantoue, où l'on croit qu'il fut apporté par saint Longin ; à Rome, dans l'église de Sainte- Croix de Jérusalem, et dans l'église patriarcale de Saint- Jean de Latran ; à Venise, à Lucques, à Sarzana, à Valpolicella ; en Autriche, à Vienne, dans l'église de Sainte- Marie ad scaUxs et dans la chapelle du palais impérial ; en Bavière, à Munich, à Weingarten et à Niederachdorf, où il est l'objet d'un pèlerinage très fréquenté. Il y en avait jadis en Angleterre, dans les églises d'Ashridge et de

Hayles. Mais c'est en France qu'on en trouvait le pins grand nombre : à Billon, en Auvergne, à Sainte- Madeleine dans la ville de Saint-Maximin, à Fécamp» à Neuvy- Saint- Sépulcre, et en d'autres localités moins connues (1).

Cependant, comme il y a deux sortes de Saint- Sang , il nous parait nécessaire de rechercher si la relique de Boulogne provient du Saint- Sang véritable, conservé à Jérusalem, ou du Saint- Sang miraculeux, versé par le crucifix de Béryte.

(1) Pour cette ^numération, voir monseigneur Malou, ouvr. cité, pp. 39, 40 et 41 ; Faber, le Précieux Sang, édit. franc., 1860, pp. 328, 329 ; M. l'abbé Caillaud, Notice sur le Précieux Sang de Neuvy Saint-Sépulcre, in-12, Bourges, 186$, chapitre vin.

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