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CHAPITRE DOUZIÈME

Surpris, le deux d'août 1642, par une bande d'Iroquois, embusqués au dessus des Trois-Rivières, il aurait pu fuir mais il ne voulut pas abandonner ses compagnons prisonniers. Guillaume Couture, qui avait réussi à s'échapper, eut le même héroïsme et revint se joindre au père.

La nouvelle de cette captivité, avec toutes ses sanglantes conséquences, avait consterné la colonie et surtout le cœur des bonnes Hospitalières. Outre leurs charitables soins, leurs exhortations ne furent sans doute pas étrangères à la démarche des Sokokis. L'ambassade ne réussit pas mais prouva qu'un cœur sauvage n'était pas inaccessible à la reconnaissance. (0 Le saint missionnaire avec ses compagnons dut passer par cette effroyable série de supplices, d'une cruauté vraiment diabolique, dont le détail est bien connu. (2) Sorti, comme par miracle, vivant de cet enfer, les Hollandais lui fournirent, au bout d'un an, les moyens de repasser en France. Il devait couronner son martyre un peu plus tard (1646), en retournant prêcher la foi aux Agniers. (3)

Un mois après Jean Nicollet, le quatre décembre 1642, mourait le célèbre cardinal de Richelieu qui avait

1 'Ferland, I, 326.— Relat., 1642, p. 49, ss. ; 1647, p. 17, ss.

2 Relat., 1643, p. 66, ss., 174, ss.

3 Ferland, 1, 342, ss. Son compagnou Goupil, qui était chirurgien, avait été tué d'un coup de hache pendant la première captivité. Voir, sur ce saint jeune homme, Vie du P. Jogues, 4me édit., par le P. Martin, p. 335. Rochemonteix, II, 44.

Quant à Couture, mis plus tard en liberté, et laissé libre de rompre son contrat comme donné, il épousa en 1649, Marie Aymart, s'établit à la Pointe-Lévis, et fut la souche d'une nombreuse famille. Il mourut à quatre-vingt quatorze ans . Ce nom est illustre dans les annales de la bienfaisance de Notre-Dame de L,évis.— Voir Hist. , de la Seigneurie de L,auzon, par M. J. E. Roy.

l68 PREMIÈRE PARTIE, 1541-1670

toujours été un protecteur zélé de la Nouvelle-France et des missionnaires. Cette perte, bientôt suivie de celle de Louis XIII, 1643, était bien sensible pour la colonie aux prises avec un ennemi aussi insaisissable que féroce. Sans parler des païens qui se faisaient instruire, la bourgade de Sillery comptait alors trente-cinq ou quarante familles chrétiennes, réparties en deux groupes : les Montagnais établis, avec leur chef, J.-B. Ekhinechkaouat, autour de la résidence des pères, et les Algonquins, sous Noël Négabamat ou Tékouérimat, (1) près de l'hôpital. (2) Il n'y avait encore que quatre maisons à la française pour les sauvages.

Au commencement de novembre les Attikamègues vinrent sur treize canots grossir la bourgade et bâtirent leurs cabanes du côté des Montagnais, dont le capitaine les avait invités et qui parlaient la même langue.

Le Père Buteux, (3) descendu des Trois-Rivières pour hiverner à Sillery, se consacra à l'instruction des nouveau venus, pendant que les PP. Dequen et Jean de Brébeuf (4) catéchisaient les Algonquins et les Monta-

1 La Relation de 1643 le nomme toujours ainsi.

2 Voir Ibid, p. 8. ss, d'où sont tirés ces détails.

3 On voit par le liber baptisato non qu'il était souvent à Sillery en ce temps-là. Il y fait plusieurs baptêmes en 1642 et 1643, et fait suivre son nom de la formule : Vices agens parochi in ecelesia Stijosep/ii . Les catalogues le donnent pour 1643 et 1644.

4 t^ P. Buteux né à Abbeville en 1600, et entré au noviciat des Jésuites en 1620, après avoir enseigne la rhétorique, fut quelques années professeur de classes de grammaire, surveillant au collé 1 1ermont à Paris et vint au Canada en [634. Dix-huit ans missionnaire des Montagnais, des Algonquins et des Attikamègues, M avait an don tout spécial pour les toucher et les amener à Dieu. Il fut supérieur aux Trois-Rivières deli639 à 1642, où il fut remplacé par le P. Le Jeune

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